Un Freischütz lourd d’ennui à Limoges

La Scène, Opéra, Opéras

Limoges. Opéra-Théâtre. 8-III-2015. Carl Maria von Weber(1786-1826) Der Freischütz, opéra romantique en trois actes sur un poème de Johann Friedrich Kind. Mise en scène : David Gauchard. Costumes : Joël Viala. Lumières : Christophe Chaupin. Avec : Andriy Maslakov, Kaspar, Samiel, l’Ermite ; Martin Homrich, Max ; Ileana Montalbetti, Agathe ; Anna Patalong, Annchen ; Frédéric Caton, Kuno ; Andreas Scheibner, Ottokar ; Boris Grappe, Killian ; Nicolas Petisoff, l’Ombre. Chœur de l’Opéra-Théâtre de Limoges, chef de chœur Jacques Maresch. Orchestre de Limoges et du Limousin. Direction Robert Tuohy.

3_-_thierry_laporte-opera_limogesCette nouvelle production du  Freischütz déçoit scéniquement mais satisfait en partie musicalement ! 

Il est très difficile de monter une mise en scène crédible du Freischütz. La dimension onirique, les scènes fantastiques, l’omniprésence de la nature, semblent condamner les productions modernes à se réfugier soit dans un kitsch premier degré à base de chapeaux à plumes, chaussettes montantes et cerfs empaillés, soit dans un faux moderne d’effets spéciaux à mi-chemin entre Bioman (pour les costumes) et Starwars (pour les effets laser). On attendait donc beaucoup de Limoges, maison connue pour une certaine audace dans sa programmation et ses choix souvent futés de metteurs en scène.

Hélas, pour sa première réalisation d’opéra, nous a offert le pire: le néant. Un fond de scène en sorte de vitrail dans lequel certains carreaux s’illuminent de temps à autre sans raison apparente, des costumes uniformément noirs, aucun éclairage, peu d’accessoires à part de grands chiens en porcelaine (de Limoges ?) et des acteurs pour la plupart atoniques. Il ne se passe rien, même dans la scène de la Gorge aux Loups, réputée être le clou du spectacle. Max se contente de regarder la fosse d’orchestre comme s’il y voyait des choses terrifiantes, tandis que les choristes se tortillent tels des réchappés du dernier film gore de zombis, et que Kaspar se vautre par terre en roulant des yeux. Pauvre Andriy Maslakov, d’ailleurs, qui se voit attribuer trois rôles à lui tout seul, enchainant dans des mêmes phrases les répliques de Kaspar et de Samiel, ce qui sans doute est censé produire un effet schizophénique, qui ne fonctionne pas du tout, et une fois mort, se relève sur ses deux jambes afin de gagner les coulisses pour pouvoir revenir en Ermite ! Pendant ce temps, une « ombre », personnage ajouté, ne convaint pas de son utilité. Bref, à la fin du spectacle, on se demande si en fin de compte on préfère Bioman ou les chaussettes montantes…

La réalisation musicale offre néanmoins quelques satisfactions, avec en tout premier lieu un orchestre et un choeur très investis, et la direction probe et exacte dans la palette et les tempi de .

possède exactement la couleur de Max, et parvient sobrement à faire passer les tourments de cet anti-héros. Sauvé par son investissement scénique, Andriy Maslakov, plus à l’aise dans la tessiture grave de l’Ermite que dans le baryton de Kaspar, se débat comme il peut dans le challenge vocal qu’on lui a imposé, d’incarner trois personnages différents qui ne possèdent pas les même tessitures, et de passer dans le même souffle de la voix chantée à la voix parlée. En Agathe, tente de son mieux d’introduire de la transparence poétique dans sa ligne de chant, au prix malheureusement de la délicatesse avec la justesse, et d’une absence de présence scénique, qui lui est ravie par la délicieuse Annchen d’, au timbre plus corsé que celui de sa soeur – un comble ! , et  complètent le distribution avec savoir-faire.

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