Une Walkyrie de vrai théâtre par Kirill Petrenko

La Scène, Opéra, Opéras

Munich. Nationaltheater. 23-III-2015. Richard Wagner (1813-1883) : La Walkyrie, opéra en trois actes sur un livret du compositeur, première journée de L’Anneau du Nibelung. Mise en scène : Andreas Kriegenburg ; décor : Harald B. Thor ; costumes : Andrea Schraad ; chorégraphie : Zenta Haerter. Avec : Christopher Ventris (Siegmund) ; Günther Groissböck (Hunding) ; Thomas Johannes Mayer (Wotan) ; Anja Kampe (Sieglinde) ; Evelyn Herlitzius (Brünnhilde) ; Elisabeth Kulman (Fricka) ; Orchestre de l’Opéra d’État de Bavière, direction : Kirill Petrenko.

5M1A0147Même si elle a quelques faiblesses (des longueurs dans le 3e acte notamment), la belle mise en scène d’ est un bel écrin pour ce qui fait l’événement de cette reprise du Ring à l’Opéra de Bavière, la direction de Kirill Petrenko.

L’arbre des morts du premier acte ne s’oublie pas aisément, le travail du jeune directeur musical de la maison non plus. Dans la distribution en revanche, tout n’est pas inoubliable : comme en 2012, c’est Thomas J. Mayer qui chante Wotan dans cette Walkyrie, et même, contrairement à 2012, dans l’ensemble du cycle. Ses qualités, solidité et projection, sont certaines, ses limites aussi : on aimerait un peu plus de chaleur dans la voix, un peu plus de variété dans l’approche du texte, et comme sa Fricka n’est pas beaucoup plus vivante leur grande scène du 2e acte passe un peu trop lentement. De même, , qui ne nous avait qu’à moitié convaincu dans cette production en 2012, a une voix somptueuse, mais trop étale, et les mots se perdent souvent dans la matière sonore. Après la pâle en 2012, est une Brünnhilde beaucoup plus intéressante : non seulement son jeu juvénile donne une vie précieuse à son personnage, mais ce dynamisme est aussi présent dans la voix ; le revers de la médaille est une tendance gênante à détimbrer dès que cela peut l’aider à soulager sa voix.

Le Hunding de est sans doute moins marquant qu’Ain Anger en 2012, mais la voix est superbe. Quant à , qui avait déjà chanté le rôle de Siegmund à Munich en 2006 (merveilleux premier acte avec et !), il est toujours au sommet de son art ; on pourra toujours faire les difficiles en pointant une diction pas toujours naturelle, mais la voix est ce soir impressionnante et le personnage émouvant.

Kirill Petrenko, arrivé à la première journée du Ring, choisit des tempi moins rapides que dans L’Or du Rhin ; le prélude du 2e acte et les Hojotoho de Brünnhilde sont même plutôt plus lents qu’à l’accoutumée, mais avec un travail de détail de chaque inflexion qui est bien loin d’en atténuer l’effet. Petrenko est désormais accompagné partout où il va d’une aura qui peut susciter de fausses attentes : rien de spectaculaire dans ses interprétations, simplement un travail pensé dans le moindre détail, qui parvient aussi bien à concevoir des trajectoires d’ensemble admirablement construites qu’à sculpter le détail d’un solo instrumental. Petrenko est tout l’inverse de ces chefs spécialisés dans le répertoire symphonique qui viennent une fois de temps en temps dans une fosse d’opéra : il connaît le théâtre et ses servitudes sur le bout des doigts. On oublie souvent d’admirer son travail pour être happé par le drame cosmique voulu par Wagner : c’est bien le meilleur compliment qu’on puisse lui faire.

Crédits photographiques : et Thomas J.Mayer © Wilfried Hösl

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.