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La révolution des œillets par Pina Bausch

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Paris. Théâtre du Châtelet (production Théâtre de la Ville). 12/V/15. Tanztheater Wuppertal. Nelken, une pièce de Pina Bausch. Mise en scène et chorégraphie : Pina Bausch. Décor : Peter Pabst. Costumes : Marion Cito. Dramaturgie : Raimund Hogue. Collaboration : Matthias Burkert, Hans Pop. Avec les danseurs du Tanztheater Wuppertal.

nelken2013-2Nelken, ce portrait de groupe sur un lit d’œillets, créé en 1982 par à Wuppertal, et repris aujourd’hui par de jeunes danseurs, est l’une des pièces cultes du Tanztheater Wuppertal.

Au début du spectacle, les danseurs marchent précautionneusement, enjambant une mer d’œillets roses (Nelken, en allemand), plantés sur la scène, à perte de vue. Ils font le maximum pour ne pas écraser ces fleurs piquées là, comme une armée en ordre de bataille. Le scénographe a eu l’idée de ce décor extraordinaire en discutant avec de la beauté des champs de… tulipes, en Hollande. Les œillets, fleurs raides et bourgeoises dans les années 70-80, lui semblaient un support intéressant pour faire pousser tous les chromos ou les images les plus absurdes – manger une orange, plonger son visage dans des oignons émincés, imiter l’aboiement d’un chien, ces saynètes qui allaient devenir la marque de fabrique Tanztheater Wuppertal.

Aujourd’hui, la chorégraphe n’est plus là, mais la pièce culte est reprise avec beaucoup de nouveaux danseurs ou de danseurs invités. Des femmes en robe du soir, des hommes en costumes trois pièces, c’est tout l’univers de Pina Bausch, dont l’accent nostalgique et moqueur s’épanouit dans ce décor d’œillets faussement romantique et faussement tendre. La dimension enchanteresse du décor est propice aux contes de fées, aux lapins qui gambadent, aux parties de 1, 2, 3 soleil ou aux rondes enfantines.

Ce parfum nostalgique est exalté par les robes un peu trop grandes et les standards de jazz (The man I love) témoignant d’un monde disparu, suranné, effacé dans lequel règne une sourde inquiétude : un maître de cérémonie demande continuellement les passeports, sous la garde de bergers allemands, donne le top départ aux attractions ou diffuse une brume d’ambiance.

Il y a aussi dans le spectacle des moments très lyriques (sur une musique de Schubert) comme l’extraordinaire unisson des danseurs se balançant sans fin sur leurs fauteuils années 50. Ils forment une vague vivante, dans laquelle plongent dramatiquement quatre hommes en costumes noirs, du haut d’échafaudages géants. C’est une partie très physique, ce qui explique que nombre des danseurs a dû être renouvelé. ou Lutz Förster sont, pour la reprise de cette production, restés de l’autre côté de la rampe. Mais leurs rôles ont été repris avec brio par de plus jeunes danseurs, qui se fondent naturellement dans cet univers d’étrangeté.

Photos © Olivier Look / Jochen Viehoff

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Paris. Théâtre du Châtelet (production Théâtre de la Ville). 12/V/15. Tanztheater Wuppertal. Nelken, une pièce de Pina Bausch. Mise en scène et chorégraphie : Pina Bausch. Décor : Peter Pabst. Costumes : Marion Cito. Dramaturgie : Raimund Hogue. Collaboration : Matthias Burkert, Hans Pop. Avec les danseurs du Tanztheater Wuppertal.

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