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Jommelli à Stuttgart, passions et clichés

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Stuttgart. 22-V-2015. Opernhaus. Niccolò Jommelli (1714-1774) : Il Vologeso (Berenike), dramma per musica en trois actes sur un livret d’après Apostolo Zeno. Mise en scène : Jossi Wieler, Sergio Morabito. Décors et costumes : Anna Viebrock. Avec : Sebastian Kohlhepp (Lucio Vero) ; Sophie Marilley (Vologeso) ; Ana Durlovski (Berenice) ; Helene Schneidermann (Lucilla) ; Catriona Smith (Flavio) ; Igor Durlovski (Aniceto) ; Orchestre national de Stuttgart ; direction : Gabriele Ferro.

Berenike, Königin von Armenienvon Niccolò Jommelliin italienischer Sprache mit deutschen Übertiteln15. Februar 2015Musikalische Leitung: Gabriele  FerroRegie und Dramaturgie: Jossi Wieler, Sergio MorabitoBühne und Kostüme: Anna ViebrockLicht: Reinhard TraubSprachcoach: Rita de LetteriisAuf dem Bild: Ana Durlovski (Berenice),  Sebastian Kohlhepp (Lucio Vero)Foto: A.T. SchaeferEfficace travail de direction d’acteurs pour cette première mise en scène moderne d’Il Vologeso, mais il aurait fallu une approche plus volontaire et moins attendue pour convaincre de l’actualité persistante de .

Stuttgart est l’une des principales étapes de la carrière européenne du Napolitain , au service de l’un des plus puissants des très nombreux princes régnants du Saint-Empire ; l’Opéra de Stuttgart a donc souhaité fêter le tricentenaire de sa naissance par plusieurs concerts, mais aussi par la première mise en scène moderne d’un des opéras composés pour le théâtre de Ludwigsburg, le Versailles des ducs de Wurtemberg. Jommelli, pour beaucoup de lecteurs, ce sera peut-être surtout le souvenir cuisant du Demofoonte monté à Salzbourg et Paris par Riccardo Muti, par la faute de ce dernier et celle de son metteur en scène l’un des spectacles les plus exsangues qu’il nous ait été donné de voir.

Heureusement, le travail de montre qu’on peut tirer beaucoup plus des opéras de Jommelli, sans même se soumettre à l’influence baroqueuse. Ferro a choisi de jouer la partition dans son intégralité, et on peut l’en remercier là où tant de théâtres croient « sauver » ce répertoire en le charcutant pour en faire ressortir « l’essentiel » ; sa seule intervention sur la partition consiste en un jeu avec les cordes, réparties en trois groupes qui se répondent et se partagent les richesses de l’écriture orchestrale de Jommelli : l’expérience fonctionne plutôt bien, et Ferro lui-même dirige avec l’attention aux enjeux dramatiques et avec le sens des couleurs qui manquait si cruellement à Muti.

À vrai dire, cette richesse orchestrale est aussi le meilleur de la partition, dont l’écriture vocale manque de variété, si bien que les personnages sont loin d’avoir la consistance de ceux de Haendel ou même de Hasse. Quelques exceptions, heureusement, viennent animer la soirée, la belle séquence à la fin du premier acte, constituée d’un accompagnato suivi d’un quatuor débouchant sur un duo qui clôt l’acte ; dans beaucoup des autres airs, la peinture des sentiments qui faisait pour ses contemporains le prix de la musique de Jommelli paraît aujourd’hui se limiter à des stéréotypes très loin de toute réalité humaine.

Berenike, Königin von Armenienvon Niccolò Jommelliin italienischer Sprache mit deutschen Übertiteln15. Februar 2015Musikalische Leitung: Gabriele  FerroRegie und Dramaturgie: Jossi Wieler, Sergio MorabitoBühne und Kostüme: Anna ViebrockLicht: Reinhard TraubSprachcoach: Rita de LetteriisAuf dem Bild: Sophie Marilley (Vologeso)Foto: A.T. Schaefer

La distribution réunie à Stuttgart n’arrange à vrai dire pas le problème : rôles de castrats et rôles féminins semblent presque chantés d’une seule voix, d’ailleurs agréables avec son timbre opulent nuancé d’une légère acidité, mais c’est naturellement au détriment de la variété et de la crédibilité dramatique ; seule apporte ici un supplément d’émotion. Le ténor est un excellent choix pour l’inévitable tyran de l’histoire : sa voix est suffisamment souple et légère pour le tirer de l’abîme de raideur prétendument majestueuse dans lequel s’enferrent, par exemple, tant de Titus mozartiens.

Le décor d’ unit oripeaux antiques et paysage urbain décati, tout comme ses costumes ; les éléments d’un tableau de Tintoret viennent animer la scène. Dans ce contexte, les metteurs en scène ont visiblement eu à cœur de garder le plus de lisibilité possible à une action qui, sans être particulièrement complexe, est totalement inconnue du public. Ils y ont réussi, grâce à un efficace travail de direction d’acteurs, mais il aurait fallu une approche plus volontaire et moins attendue pour convaincre de l’actualité persistante de l’esthétique de Zeno et Jommelli.

Crédits photographiques : (c) A. T. Schaefer

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Stuttgart. 22-V-2015. Opernhaus. Niccolò Jommelli (1714-1774) : Il Vologeso (Berenike), dramma per musica en trois actes sur un livret d’après Apostolo Zeno. Mise en scène : Jossi Wieler, Sergio Morabito. Décors et costumes : Anna Viebrock. Avec : Sebastian Kohlhepp (Lucio Vero) ; Sophie Marilley (Vologeso) ; Ana Durlovski (Berenice) ; Helene Schneidermann (Lucilla) ; Catriona Smith (Flavio) ; Igor Durlovski (Aniceto) ; Orchestre national de Stuttgart ; direction : Gabriele Ferro.

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