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Au Verbier Festival, Gergiev et Ravel, en hommage à Maïa Plissetskaïa

Danse , Festivals, La Scène

Verbier. Salle des Combins. 23-VII-2015. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour 3 pianos et orchestre em fa majeur KV 242 ; Maurice Ravel (1875-1937) : Boléro ; Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Symphonie n° 6 en si mineur op. 74 « Pathétique ». Denis Matsuev, Daniil Trifonov, Valery Gergiev (pianos). Verbier Festival Orchestra, direction : Valery Gergiev.

Gergiev_VFO©AlinePaley-7892Rarement le chef d’orchestre est apparu aussi investi et aussi émouvant que dans cet énorme concert en hommage à la danseuse russe .

Salle archi comble. Et si le seul nom de suffit à remplir un auditorium, la présence au programme du populairissime Boléro de Ravel n’est pas étranger à ce succès public. Après une spectaculaire mais insignifiante ouverture du concert avec le Concerto pour 3 pianos de Mozart (où on a quand même pu apprécier le toucher subtil de ), on s’affaire pour mettre en place l’écran sur lequel sera projeté le Boléro de Ravel dansé par (1925-2015), sur la chorégraphie désormais fameuse de . La proximité de Valery Gergiev avec la danseuse, femme de son ami compositeur Rodion Shchedrin, est la raison de cet hommage posthume à celle qu’on appelait la « prima ballerina assoluta ».

Dès les premières mesures du Boléro, Valery Gergiev domine le au grand complet dans un pianissimo d’une incroyable tension. Sur l’écran, la figure longiligne de Maïa Plissetkaïa envahit l’atmosphère. Un étrange climat s’installe entre l’obsédant leitmotiv musical et l’image de la danseuse. Il n’y a plus d’écran, plus de film, la symbiose entre la musique et la danse est totale. A travers l’évidente émotion de Valery Gergiev, l’orchestre se pare de couleurs que l’on ne lui avait pas entendues jusqu’ici. Au fur et à mesure que s’amplifie l’obsédant motif ravélien, le chef s’anime. Avec ce geste si connu de sa main gauche tremblant, il insuffle les variations de modulation des pupitres. C’est une conscience impressionniste qui, du bout de ses doigts, pétrit la musique pour construire un immense et glorieux édifice de sonorités. Serrant sa minuscule baguette, sa main droite martèle le temps. Son bras soudain s’élève pour s’abattre brusquement, accompagné par son regard, vers les violoncelles, dont il sollicite l’impulsion.

Gergiev_VFO©AlinePaley-7775Le son de l’orchestre enfle, le volume sonore submerge tout, coupe le souffle. Comme une marée retentissante. On s’arrime à son siège. Comme une drogue, on a la peur au ventre et, comme une drogue, on en espère encore. La conjonction de la grandeur plastique et enflammée de Maïa Plissetskaïa transportée par la danse et de l’ébouriffant transcendé par la direction de Valery Gergiev agit comme un envahissement passionnel. Quand le tonitruant accord final retentit, le public, enfin libéré du carcan de l’émotion, exulte. Valery Gergiev, ému, sollicite le salut de l’orchestre avant de se retourner pour saluer le public. Alors qu’un portrait de Maïa Plissetskaïa est projeté sur l’écran, les applaudissements du public redoublent, rejoints par ceux de Valery Gergiev et des musiciens de l’orchestre, vibrant et sincère hommage à la danseuse récemment disparue.

Après un long entracte pour évacuer l’émotion de cette interprétation bouleversante du Boléro de Ravel, Valery Gergiev remonte sur l’estrade pour diriger la Symphonie Pathétique de Tchaïkovski, autre œuvre chargée de sentiment. Ici encore, on assiste à du grand, du très grand Gergiev. Avec les quatre mouvements de la symphonie enchaînés sans interruption, selon la volonté du compositeur, on saisit mieux l’unité de l’œuvre. Extraordinairement attentif et prompt à répondre aux injonctions du chef, le Verbier Festival Orchestra ravit par sa ductilité. Que de nuances, que de silences contrôlés, que de lyrisme dans la direction du chef russe. Soignant particulièrement les pupitres, il réussit une formidable peinture sonore. Passant des bois aux cuivres, puis des cuivres aux cordes dans un moelleux tapis musical, il peint cette symphonie avec des images mélodiques, sans qu’aucun heurt ne vienne troubler la ligne musicale.

Après que les dernières notes aient retenti, le public, bouleversé, n’ose applaudir. Ce ne seront qu’après de longues minutes qu’il offre une ovation aux protagonistes de ce miraculeux concert. Merci Monsieur Gergiev !

Crédits photographiques : © Aline Paley

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