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Emmanuelle Haïm, Patricia Petibon et les monstres anglais

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Dijon. Auditorium. 15-X-2015. Monstres, sorcières et magiciens anglais ; Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : ouverture et airs de Rinaldo (1711) ; Henry Purcell (1659-1695), air de King Arthur (1691), airs et chaconne de The Fairy Queen (1692) ; G.-F. Haendel : ouverture d’Amadigi (1715), air d’Aci, Galatea e Polifemo (1708), air de Riccardo Primo (1727) et extraits d’Alcina (1735). Patricia Petibon, soprano, Nahuel di Pierro, basse ; Le Concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm.

Emmanuelle-Haim_7749r-v2 c Marianne RosenstiehlÀ Dijon, un concert « Monstres, sorcières et magiciens » : cette évocation spirituelle du monde des êtres hors normes, maléfiques et touchants tour à tour, que l’on rencontre dans les opéras baroques anglais, est un régal pour les yeux et les oreilles.

La réputation d’ n’est décidément pas usurpée. On retrouve avec plaisir le son rond du Concert d’Astrée, qui donne toute son énergie avec maîtrise ; le phrasé est toujours juste et élégant, la dynamique est diversifiée à bon escient et l’instrumentation est délicieusement variée. Les tutti incisifs sont menés tambour battant par la crinière rousse de leur chef, comme dans l’ouverture de Rinaldo, et, tout aussi bien, de subtils pianos ouatent l’évocation de la nuit de The Fairy Queen, interprétée par les cordes aiguës auxquelles on a ajouté la flute à bec ténor. On est frappé par la connivence qui s’établit entre l’orchestre et les chanteurs, comme dans le dialogue incessant qui s’échange entre les deux parties dans l’air d’Armida, « Molto voglio ».

On comparerait volontiers à la magicienne Circé : souvent dévoreuse, qui ne ferait qu’une bouchée de son partenaire mâle, elle sait être mutine et charmeuse. Pourtant elle joue magnifiquement les amoureuses blessées, comme dans l’air d’Alcina « Ah, mio core », ou encore les sorcières troublées par la perte de leur pouvoir dans « Ombre pallide ». Elle nous interroge par son jeu corporel si expressif, et elle n’a pas peur d’utiliser des procédés vocaux un peu tabous : glissandi, attaques par en dessous, nuances outrées pour souligner le texte. L’époque baroque n’a pas peur de mêler tragique et comique, et dans ce registre, elle est drôle à souhait ! Le récit et l’air de la Sirène, « Per raccore » d’Armida, est un pur régal : deux accessoires utilisés par les deux chanteurs, et la magie opère…

est pour nous une révélation. Dès son premier air tiré de Rinaldo, « Sibillar gl’angui d’Aletto », il enchaîne avec maestria les vocalises et montre la fureur de l’amant délaissé. Il obtient un succès largement mérité avec le fameux air du froid de King Arthur, mais là où il est le plus « bluffant » c’est dans l’air « Fra l’ombre et gli orrori » de Aci, Galatea e Polifemo ; l’aisance avec laquelle il passe de l’extrême grave à l’aigu de la tessiture est stupéfiante par l’apparente facilité avec laquelle il opère ces changements. En même temps, il montre un Polyphème si peu monstre, en somme si proche de nous dans sa solitude…

« Il était une fois » : par magie, cette soirée a passé comme un songe…

Crédit photographique : (c) Marianne Rosenstiehl

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Dijon. Auditorium. 15-X-2015. Monstres, sorcières et magiciens anglais ; Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : ouverture et airs de Rinaldo (1711) ; Henry Purcell (1659-1695), air de King Arthur (1691), airs et chaconne de The Fairy Queen (1692) ; G.-F. Haendel : ouverture d’Amadigi (1715), air d’Aci, Galatea e Polifemo (1708), air de Riccardo Primo (1727) et extraits d’Alcina (1735). Patricia Petibon, soprano, Nahuel di Pierro, basse ; Le Concert d’Astrée, direction : Emmanuelle Haïm.

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