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À Genève, un Destin sans Force

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Genève, Victoria Hall. 2-II-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Forza del Destino, opéra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave, d’après la pièce d’Ángel de Saavedra, Don Álvaro o La Fuerza del sino, avec une scène de la pièce Wallensteins Lager de Schiller (version de concert). Avec : Csilla Boross, Donna Leonora ; Aquiles Machado, Don Alvaro ; Franco Vassallo, Don Carlo di Vargas ; Vitalij Kowaljow, Padre Guardiano ; Ahlima Mhamdi, Preziosilla ; José Fardihla, Fra Melitone ; Alexander Teliga, Il Marchese di Calatrava ; Johanna Ritiner Sermier, Curra ; Nicolas Carré, Alcade ; Seong-Ho Han, Il Chirurgo ; Rémi Garin, Trabuco. Chœur du Grand Théâtre de Genève (chef de chœur : Alan Woodbridge). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Paolo Arrivabeni.

Disparu de la scène genevoise depuis mai 1979, l’opéra de La Forza del Destino revient dans une version concertante où le manque évident de préparation se fait sentir dès l’ouverture, avec un n’apportant pas le support espéré aux chanteurs parce que dirigé par la baguette terriblement imprécise de .

La Forza del Destino de est une œuvre grandiose dont l’intrigue est difficile à raconter. Si on ne peut pas compter sur de « grosses pointures » (chanteurs et chef d’orchestre), la présenter en version de concert est une entreprise vouée sinon à l’échec, du moins à l’impossibilité de prétendre à une élévation de l’éducation artistique du public. Et les bravos accompagnant ce concert ne reflètent pas le « juste prix » récompensant une production du Grand Théâtre de Genève à ajouter au bilan déjà décevant de cette saison.

Ainsi, à peine les cuivres lancent-ils les premiers accents de l’ouverture qu’on subodore que l’orchestre ou le chef, voire les deux, n’ont pas beaucoup travaillé cette musique. En plus de fréquentes imprécisions, tout est plat, non investi. Certes les notes y sont, mais les couleurs manquent à l’appel. On pense à une défaillance passagère mais, rien ne réveille l’orchestre, ni le colore, ni lui donne des impulsions, de l’éclat. C’est un destin sans force qui caractérise cette Force du Destin.

Dans ce désert de nuances, les solistes (généralement peu investis) tentent tant bien que mal de s’adapter aux tempos incertains d’un ne faisant que battre la mesure devant l’orchestre. Pour peu qu’un auditeur averti se soit préparé en écoutant un enregistrement de cet opéra avant la représentation, il aura été surpris par l’insignifiance avérée de ce que l’ lui offre à entendre. L’impression désagréable d’assister à une lecture à vue de la partition. Renseignements pris, seules quatre à cinq répétitions ont été prévues avant le concert. Quand on sait que le Grand Théâtre de Genève programme de quatre à six semaines de répétitions avant la mise sur scène d’un opéra, on est en droit de se demander si en cinq jours de répétitions, la musique a encore droit de cité à l’Opéra de Genève !

Bien évidemment, une direction d’orchestre aussi imprécise et aussi peu à l’écoute des solistes n’aide pas les chanteurs. Seuls les plus aguerris contraignent le chef à les suivre. C’est le cas du baryton (Don Carlo di Vargas) dont l’autorité vocale force le respect quand bien même son « Urna fatale » perd totalement de sa signification tant l’accompagnement orchestral est dramatiquement inexistant. Est-ce une libération, un soulagement ? Dans le meilleur moment du concert, lors du très beau duo final entre Don Alvaro et Don Carlo di Vargas, lance un formidable et intense « Finalmente ! » traduisant plus un « enfin-il-se-passe-quelque-chose-dans-cette-soirée » que le mot d’intention du livret.

À ses côtés, le ténor vénézuélien Aguiles Machado (Don Alvaro) après un début laborieux se libère quelque peu en occultant le volume excessif de l’orchestre pour laisser libre cours à l’expression de sa voix. Capable de belles envolées et de dialoguer avec musicalité, son legato, qui n’est pas sans rappeler (toutes proportions gardées) celui d’un Carlo Bergonzi, séduit dans sa romance « La vita è inferno all’infelice ».

Quoique valeureuse et bien en voix, la soprano (Donna Leonora) n’est pas le personnage du rôle. Connue pour ses interprétations d’Abigaille (Nabucco) et d’Odabella (Attila), les aigus de la soprano hongroise invariablement chantés à pleine voix ne cadrent pas avec le personnage de Leonora dont la musique fait plusieurs fois appel à des aigus filés.

Avec la « nudité » artistique du concert, le chanteur se trouve beaucoup plus exposé que dans une mise en scène. Ainsi la mezzo-soprano (Preziosilla) prend un trop grand risque dans cette production. Malgré un bon matériel vocal, cette artiste de la Troupe des jeunes artistes en résidence est encore trop inexpérimentée pour un rôle aussi lourd (et peut-être à tort considéré comme mineur).

La basse (Padre Guardiano) chante avec noblesse. Malgré une belle ligne de chant, sa palette de couleurs un peu limitée rend vite l’écoute quelque peu lassante. À ses côtés, (Fra Melitone) apporte une note de truculence bienvenue qu’on aurait aimé entendre avec plus de caractère si le chanteur avait pu bénéficier d’un orchestre sans les décalages malheureux déjà notés plus haut.

Quant au , d’habitude si brillant, il semble souffrir d’impréparation. On l’a trouvé monotone, peu enclin aux nuances, presque méconnaissable.

Crédit photographique : © Magali Dougados

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Genève, Victoria Hall. 2-II-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Forza del Destino, opéra en quatre actes sur un livret de Francesco Maria Piave, d’après la pièce d’Ángel de Saavedra, Don Álvaro o La Fuerza del sino, avec une scène de la pièce Wallensteins Lager de Schiller (version de concert). Avec : Csilla Boross, Donna Leonora ; Aquiles Machado, Don Alvaro ; Franco Vassallo, Don Carlo di Vargas ; Vitalij Kowaljow, Padre Guardiano ; Ahlima Mhamdi, Preziosilla ; José Fardihla, Fra Melitone ; Alexander Teliga, Il Marchese di Calatrava ; Johanna Ritiner Sermier, Curra ; Nicolas Carré, Alcade ; Seong-Ho Han, Il Chirurgo ; Rémi Garin, Trabuco. Chœur du Grand Théâtre de Genève (chef de chœur : Alan Woodbridge). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Paolo Arrivabeni.

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