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Metz, transposition réussie par Dieter Kaegi pour Capriccio

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Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 2-II-2016. Richard Strauss (1864-1949) : Capriccio, conversation musicale en un acte sur un livret de Clemens Krauss et Richard Strauss. Mise en scène : Dieter Kaegi. Décors et costumes : Dirk Hofacker. Lumières : Thomas Märker. Chorégraphie : Pénélope Bergeret. Avec : Soula Parassidis, La Comtesse Madeleine ; Stephan Genz, Le Comte ; Johannes Chum, Flamand ; Jean-Luc Ballestra, Olivier ; Horst Lamnek, La Roche ; Marie Gautrot, Clairon ; Osvaldo Peroni, Monsieur Taupe ; Aline Maalouf, Une Cantatrice italienne ; Matteo Mezzaro, Un Ténor italien ; Thomas Roediger, Le Majordome. Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Nathalie Marmeuse). Orchestre national de Lorraine, direction : Benjamin Pionnier

1M2A4080Transposé  dans un cadre XXe siècle, le débat sur la primauté du son ou du verbe dans la France de l’Ancien Régime ne perd rien de sa force et de sa pertinence. Plateau un peu faible, malheureusement, pour une mise en scène originale, inventive et d’une rare fluidité de .

En lieu et place du château rococo des environs de Paris, l’action se déroule dans une élégante brasserie style « Art déco » des années 1930-40. Si le cadre temporel renvoie à l’époque contemporaine par l’emploi de tablettes, écouteurs et autres CD, il rappelle également celle de Strauss et de la création de Capriccio par les costumes et par le style du mobilier. De la même manière, le lieu relèverait autant de la sphère du privé – la comtesse Madeleine, apparemment une « habituée » du lieu, y semble bien installée – que du domaine du public. L’endroit, où l’on va et l’on vient, semble être avant tout fréquenté par la population du théâtre attenant : danseurs, chanteurs, artistes de tout poil entrent et sortent au gré de leur volonté, ou bien des nécessités de l’action. Tous les éléments du décor – le bar sur la gauche, le canapé et les fauteuils sur la droite, les rangées de table sur le milieu et le fond de la scène – se prêtent donc à cette conversation en musique/conversation sur la musique dont le texte ne perd rien, en dépit du changement de cadre, de sa pertinence. La fluidité des gestes, le naturel des mouvements et la qualité de la direction d’acteurs font que pour une fois on s’intéresse moins au contenu du texte et à la brillance de sa rhétorique et de sa démonstration qu’aux destinées d’une brochette de personnages plus attachants les uns que les autres, et dont la recherche de l’idéal esthétique ne serait finalement que le versant de la quête amoureuse ou de la quête de soi. L’utilisation, pour la fameuse scène finale, d’images filmées projetées sur un écran de tulle, participe efficacement de cette problématique. Y aurait-il finalement une action dans Capriccio ? La non résolution de l’intrigue est ici habilement suggérée par l’extinction progressive des lumières, créant en fin de spectacle une série d’images d’une rare beauté.

1M2A4673Le succès d’une telle mise en scène est évidemment rendu possible par le jeu parfaitement contrôlé et mesuré de quelques acteurs investis corps et âme dans leur rôle de bobo tendance intello. On aurait souhaité que la qualité vocale eût été à l’avenant, mais dans ce domaine la soirée est restée plutôt en-deçà des espérances même si, globalement, le niveau musical reste tout à fait honorable. Stephen Genz, c’est peu de le dire, n’a plus les splendeurs vocales d’antan, ce qui ne l’empêche pas d’incarner un comte haut en couleurs et au jeu peut-être un tantinet exagéré. La Clairon qu’il courtise, , donne en revanche à entendre un mezzo plein de promesses. Parmi les deux soupirants de Madeleine, le public n’aura eu aucun mal, lui, à préférer au ténor certes héroïque mais sec et sans charme de le chaleureux baryton de , Olivier bien chantant quoiqu’en délicatesse avec la langue de Goethe. Belles prestations de la part de , convaincant La Roche, et surtout de , Monsieur Taupe plus vrai que nature. Passage remarqué lui aussi, celui des deux chanteurs italiens, et . La seule déception de taille provient finalement de la cantatrice , belle à damner un saint mais dont la voix aride et parfois criarde conviendrait davantage à Salomé ou à Chrysothemis – rôles dramatiques qui figurent d’ailleurs au répertoire de la jeune chanteuse – qu’à cet emploi de soprano lyrique pour lequel une délicatesse toute mozartienne se doit d’être doublée du talent de diseuse d’une chanteuse de lied.

À la tête de l’, le chef parvient à donner à l’œuvre de Strauss toute la finesse nostalgique d’une écriture orchestrale du plus grand raffinement. Il est dommage que l’acoustique assez ingrate du lieu ne permette pas à cette partition de résonner tout à fait comme il le faudrait.

Crédit photographique : © Arnaud Hussenot – Metz Métropole

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Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 2-II-2016. Richard Strauss (1864-1949) : Capriccio, conversation musicale en un acte sur un livret de Clemens Krauss et Richard Strauss. Mise en scène : Dieter Kaegi. Décors et costumes : Dirk Hofacker. Lumières : Thomas Märker. Chorégraphie : Pénélope Bergeret. Avec : Soula Parassidis, La Comtesse Madeleine ; Stephan Genz, Le Comte ; Johannes Chum, Flamand ; Jean-Luc Ballestra, Olivier ; Horst Lamnek, La Roche ; Marie Gautrot, Clairon ; Osvaldo Peroni, Monsieur Taupe ; Aline Maalouf, Une Cantatrice italienne ; Matteo Mezzaro, Un Ténor italien ; Thomas Roediger, Le Majordome. Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Nathalie Marmeuse). Orchestre national de Lorraine, direction : Benjamin Pionnier

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