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Anna Netrebko brille dans un Trouvère qui cherche son chemin

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Paris. Opéra Bastille. 3-I-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Il Trovatore, opéra en quatre parties sur un livret de Salvatore Cammarano. Mise en scène : Àlex Ollé ; décors : Alfons Flores ; costumes : Lluc Castells. Avec : Ludovic Tézier (Il Conte di Luna) ; Anna Netrebko (Leonora) ; Ekaterina Semenchuk (Azucena) ; Marcelo Álvarez (Manrico) ; Roberto Tagliavini (Ferrando) ; Marion Lebègue (Inès) ; Oleksiy Palchykov (Ruiz). Chœur de l’Opéra National de Paris (chef des choeurs : José Luis Basso) ; Orchestre de l’Opéra national de Paris ; direction : Daniele Callegari.

Le-Trouvere-photo-Charles-Duprat-ONP_exact783x587_lSi l’on admet que Le Trouvère de Verdi culmine au Panthéon des œuvres les plus brillamment complexes et dramatiques du répertoire lyrique, est-ce une raison suffisante pour multiplier dans la mise en scène la densité des effets que contient déjà la partition ?

Issu de la désormais très politiquement bien rangée Fura dels Baus, propose d’ajouter à un livret déjà hérissé de complexité, des allusions assez brouillonnes aux deux guerres mondiales… s’inscrivant dans la longue liste des scénographies qui exploitent la rivalité entre le camp d’Aragon et Urgel comme autant de repères trans-historiques. D’un côté, le camp des oppresseurs avec le Comte di Luna à leur tête – uniformes noir de jais, stahlhelm et masques à gaz – de l’autre, les troupes de Manrico, arborant les costumes dépareillés d’une armée de résistants composée de civils.

Le décor d’Alfons Flores se présente sous la forme d’un dispositif modulable composé d’énormes monolithes qui s’élèvent et disparaissent dans des fosses creusées dans la scène. L’ensemble tient à la fois du mémorial berlinois pour la Shoah et des tranchées de 1914-18. Le glissement des blocs permet de segmenter la scène en plusieurs espaces, au gré des tableaux et des changements de lieux. Tout autour du dispositif, des pans de murs faits de miroirs flottants renvoient des reflets liquides avec le chef d’orchestre qui reste visible en point de fuite. Ce systématisme de bon aloi refroidit les allergiques à la postmodernité mais répond efficacement aux sceptiques qui défendent la position qu’il n’existe pas de mise en scène « idéale » du Trouvère.

Rien de très inspirant en définitive… Comme par exemple, ce chœur des bohémiens qui chante comme si « la grande voûte du ciel » était tombée sur eux; ils errent parmi les blocs changés en cimetière comme un sinistre cortège fuyant le bruit des armes. On chercherait en vain les flammes du bûcher, à l’exception de la scène d’ouverture où elles se confondent avec un feu de camp. Manrico est d’ailleurs abattu de sang froid par le Comte et Azucena choisit d’écourter son supplice en profitant d’un moment d’inattention pour lui prendre son arme et la retourner contre elle…

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Si l’œil ne trouve que très peu d’occasion de se réjouir, l’oreille doit se satisfaire d’un plateau inégal dans lequel le Manrico de se disqualifie d’emblée par des aigus très courts et un timbre uniformément rêche et sans épaisseur. Sa cabalette Di quella pira est impossible de tenue et bâclée avec les moyens du bord. Aux antipodes de ces négligences, fait briller très haut le soleil noir de sa magnifique ligne vocale. Le centre de gravité, décidément bien bas et sombre à la fois, inscrit la voix dans une opulence et une densité qui ralentit les montées à l’aigu et fait entendre tous les pleins et les déliés des figures vocales, comme dans Tacea la notte ou Di Tale amor.

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est une Azucena de qualité, enchaînant des graves quasi gutturaux avec des aigus dramatiques (Stride la vampa). La seconde partie la trouve un rien plus prudente dans la projection et les invectives à ses geôliers. Triomphe mérité pour , Conte di Luna à la noirceur à la fois racée et sensible. Il sait faire entendre la fêlure intime qui le traverse de part en part dans Il balen del suo sorriso. Incontournable et éminent interprète verdien, il domine son rôle avec une économie d’effets confondante de subtilité, propre à concentrer l’écoute comme jamais. Enfin, le Ferrando de n’a aucun mal à se faire remarquer parmi un plateau de seconds rôles assez terne.

Nette déception dans la fosse : dirige par des gestes allusifs des chanteurs réduits à lui indiquer leurs tempi. Si le chœur parvient tant bien que mal à éviter la sortie de route, malgré les décalages, les bonheurs sont variables d’un interprète à un autre, l’orchestre jouant en mode routine et multipliant tunnels et approximations.

Crédits photographiques : Charles Duprat

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Paris. Opéra Bastille. 3-I-2016. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Il Trovatore, opéra en quatre parties sur un livret de Salvatore Cammarano. Mise en scène : Àlex Ollé ; décors : Alfons Flores ; costumes : Lluc Castells. Avec : Ludovic Tézier (Il Conte di Luna) ; Anna Netrebko (Leonora) ; Ekaterina Semenchuk (Azucena) ; Marcelo Álvarez (Manrico) ; Roberto Tagliavini (Ferrando) ; Marion Lebègue (Inès) ; Oleksiy Palchykov (Ruiz). Chœur de l’Opéra National de Paris (chef des choeurs : José Luis Basso) ; Orchestre de l’Opéra national de Paris ; direction : Daniele Callegari.

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