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Extension, le festival des musiques indisciplinaires

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Maisons des Arts de Créteil. 03-V-2016. Aurelia Ivan / eRIKM : AM [eR+Ai] = T/LAB [5.16] [ESSAI]; Kasper Toeplitz / Myriam Gourfink : Data_Noise; Laurent Gaudé & Franck Vigroux : Tombeau pour Palerme.
Nouveau Théâtre de Montreuil 04-V-2016
Cécile Mont-Reynaud, Laurence Vielle, Wilfried Wendling : Fileuse; Wilfried Wendling, Hélène Breschand : Hors temps – cycle Etienne Klein.
Confluences, lieu d’engagement artistique 06-V-2016
Judith Depaule, Julien Fezans, Laurent Golon, Tanguy Nédélec : Les siècles obscurs, machine pour quatre opérateurs; installation / concert – performance.

03maiComme son nom l’indique, Extension est un festival des arts sonores qui repousse les frontières, explore la limite des genres et décloisonne les disciplines.

En investissant d’abord toutes sortes de lieux – théâtres, maisons de la culture, scènes alternatives – à Paris et dans ses environs, qui favorisent la transdisciplinarité et le mélange des publics. En risquant ensuite de nouvelles propositions artistiques relevant tout à la fois de l’installation, de la performance et du concert, qui bouleversent les dispositifs d’écoute et mettent l’électricité au centre du projet créatif. Tel est l’enjeu d’Extension défendu par , artiste sonore, metteur en scène, vidéaste, interprète et maître d’œuvre de la manifestation.

Le coup d’envoi est donné à la Maison des Arts de Créteil où le public, déambulant d’une salle à l’autre, est convié à trois situations de concert différentes. Si AM [eR+Ai] = T/LAB [5.16] [ESSAI] d’Aurelia Ivan et eRikm, performance aussi insolite qu’énigmatique, n’a guère laissé de trace dans notre mémoire, ce théâtre éphémère (un édifice bleu qui se construit sous nos yeux, une voiture rouge accidentée….) et ce cinéma auriculaire font librement voyager l’imagination. Plus conventionnel, Tombeau pour Palerme associe la voix de Laurent Gaudé et la partie électronique de . Le texte de la main de Gaudé fait le récit de l’assassinat par les hommes de la mafia des deux juges Falcone et Borsellino en Sicile. qui en assure l’enveloppe sonore depuis son ordinateur, joue également avec son vieux magnétophone Revox au cours d’une des séquences les plus réussies.

Plus puissante, voire hallucinatoire, est la performance de et Kasper Toeplitz dans Data_Noise liant le corps de la danseuse – subjuguante Gourfink – au flux sonore à évolution lente généré par l’ordinateur de Toeplitz. La trame sonore, sensible à l’action des capteurs dont est munie la danseuse, enregistre des fluctuations infimes et continues qui la parasitent. Ainsi la tension du geste toujours très lent rejoint-t-elle l’univers de la noise dans un total saturé d’une intensité prodigieuse et comme décuplée.

Le Nouveau Théâtre de Montreuil propose le lendemain une soirée en deux temps. Fileuse est un spectacle total conjuguant les talents de l’acrobate performeuse Cécile Mont-Renaud, l’écrivaine et actrice Laurence Vielle et le compositeur . Sur la scène circulaire une masse de cordes en coton blanc est accrochée à un agrès aérien. C’est au sein des ses « cordes fileuses » que l’acrobate évolue, dans une fluidité de mouvements et une beauté plastique qui émerveillent. A fleur de souffle, Laurence Vielle jongle avec les mots, à côté des exploits physiques de sa partenaire, tandis que le souffle de cette dernière, capté par un micro, est traité en direct et spatialisé par Thomas Mirgaine. Émotion, humour et tension participent de ce « journal intime » d’une femme dialoguant avec son double, dans un ample mouvement scénique et poétique qui relie les corps et la musique.

04maiLe dispositif d’écoute est autre pour Hors temps, troisième projet du cycle – imaginé et conçu par Wilfried Wendling et Hélène Breschand (harpiste et compositrice). Le projet gravite autour de l’œuvre et de la pensée du physicien Étienne Klein qui pose la question du temps et de sa mesure. Hors temps est un voyage interstellaire où l’auditeur est immergé dans un espace où la magie opère grâce aux machines à fumée et un système vidéo-lumière très sophistiqué. Émergent de cette brume psychédélique les silhouettes des deux performers, et surtout celui de la harpe tel « un vaisseau lancé vers le ciel » pour paraphraser Stockhausen à qui la proposition n’aurait pas déplu. La prestation d’Hélène Breschand est à cette hauteur, très engagée et augmentée par l’amplification et les transformations en temps réel pilotées par l’ordinateur de son partenaire.

Sur la scène de Confluences, lieu d’engagement artistique, Les siècles obscurs, machine pour quatre opérateurs, donnent à voir un objet artistique fort étonnant conçu par de très fins « bricoleurs » (Judith Depaule, Julien Fezans, Laurent Golon et Tanguy Nédélec) pour défier l’obsolescence technologique. Ce prototype animé par nos quatre « geeks », tous en aube blanche et capuche monacale, recycle de vieilles machines des années 70 (cartes MIDI, radiocassette, imprimante, consoles de jeu, amplificateur…) dûment citées dans la « fiche technique » au début de la performance. Les appareils largement dépassés aujourd’hui et nécessitant des mètres de câblage, (érigés ici en oeuvre d’art) sont relayés par une technologie informatique avancée pour assurer le bon fonctionnant de cet « orgue machinique ». Le projet est de faire interagir technologie et dramaturgie en pointant les risques d’une perte de mémoire due à une constante restructuration des données. Ainsi entre humour, nostalgie et poésie, les quatre opérateurs en mode litanique énumèrent-ils la liste de tous les ordinateurs apparus jusqu’en 2000 (chant de l’obsolescence) ou s’appliquent-ils à traduire une phrase (Je ne pense pas mais je suis tant qu’on me met à jour) en langage binaire (Chant de la binarité). Autant de séquences ludiques et comiques parfois, qui s’inscrivent sur une trame sonore atteignant parfois des paroxysmes fort inquiétants.

Crédits photographiques : Festival Extension / La Muse en circuit

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