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À Verbier, l’extatique violoncelle de Gautier Capuçon

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Verbier. Église. 29-VII-2016. Robert Schumann (1810-1856) : Fantasiestücke pour violoncelle et piano op. 73. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur op. 19. Bedřich Smetana (1824-1884) : Trio pour piano, violon et violoncelle en sol mineur op. 15. Leonidas Kavakos (violon), Gautier Capuçon (violoncelle), Daniil Trifonov (piano).

capucon.trifonov.01Dans l’église de Verbier bondée, , , , trois des plus grands solistes actuels, subliment Schumann, Rachmaninov et Smetana dans une interprétation d’un niveau exceptionnel.

Après les tintamarres vocaux de l’opéra, les sonneries symphoniques, le contraste de la musique de chambre est déstabilisant. C’est le propre de la diversité des grands festivals. Comment deux ou trois musiciens, en tout petit comité, peuvent-ils se mesurer à la musique de si grands ensembles ? L’amateur non averti peut être troublé par l’expérience même s’il sait que la musique de chambre est la quintessence de la symphonie. Il le sait, mais…

Avec , le choc émotionnel est immédiat. Dans la Fantasiestücke pour violoncelle et piano de Schumann, dès le premier coup d’archet on est envahi par le phrasé d’une densité profonde. On ne voit, on n’entend que la voix du violoncelle. Il occupe l’espace, relayant l’indispensable piano au rôle d’accompagnateur de son chant. Rejetant la tête sur le côté comme s’il voulait laisser son seul corps et ses seuls bras en compagnie de l’instrument, Gautier Capuçon est à l’écoute. De la seule musique. Il vit à l’intérieur de la musique de Schumann à laquelle il associe peu à peu le piano de . Le pianiste russe, droit, le corps immobile, les yeux planté sur la partition, est comme étranger au majestueux du violoncelle. Extrêmement concentré, comme absent, il offre cependant un soutien tout en subtilité. Passé le premier mouvement, il s’anime soudain pour prendre part à la fête musicale. Il offre alors un contrechant pianistique admirablement intégré.

On pense avoir alors touché à des sommets, mais c’est sans compter sur l’interprétation de la Sonate pour violoncelle et piano de Rachmaninov. Plus à l’aise avec un compositeur qu’il affectionne, Daniil Trifonov (toujours les yeux rivés sur la partition) vit cette musique avec introspection. Étrange ! Quel parcours depuis ses yeux fixes, presque exorbités, lisant une partition, jusqu’à ses doigts touchant ou frappant le clavier ? Quel parcours pour que, finalement, résonne une musique céleste ? De son côté, Gautier Capuçon, extatique, délivre la maîtrise de son instrument dans un son d’une plénitude émouvante, modulant les piano ou les forte avec une musicalité extrême. L’Andante, joué dans une tension musicale totale, révèle la pénétrante nostalgie de Rachmaninov et prélude à l’emballement final de l’Allegro, joué avec une énergie débordante.

capucon.trifonov.kavakos.02Est-ce l’émotion trop fortement ressentie ? L’engagement des deux musiciens dans la sonate de Rachmaninov ? Le Trio pour piano, violon et violoncelle en sol mineur de Smetana, pièce maîtresse de ce concert, n’apporte pas l’intérêt artistique que cette superbe partition abrite. L’arrivée, pourtant célébrée par le public, du violoniste ne parvient pas à galvaniser l’ensemble, ni à lui redonner vigueur. Jugement peut-être sévère mais si le son du violoncelle de Gautier Capuçon demeure, si la clarté du piano de Daniil Trofonov est présente, si le violon de Leaonidas Kavakos est brillant, il manque ce « je-ne-sais-quoi » dans leur interprétation pour soulever l’âme.

Le public a pourtant ovationné très chaleureusement (et judicieusement) ce trio d’interprètes au niveau exceptionnel. Une ovation qui les a amené à redonner en guise de bis, le dernier mouvement de ce trio de .

Crédit photographique : © Nicolas Brodard

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Verbier. Église. 29-VII-2016. Robert Schumann (1810-1856) : Fantasiestücke pour violoncelle et piano op. 73. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Sonate pour violoncelle et piano en sol mineur op. 19. Bedřich Smetana (1824-1884) : Trio pour piano, violon et violoncelle en sol mineur op. 15. Leonidas Kavakos (violon), Gautier Capuçon (violoncelle), Daniil Trifonov (piano).

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