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Les sons, les mots et les images dans le Faust d’Andrea Liberovoci

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Paris. Salle de répétition-Philharmonie. 17-IX-2016. Andrea Liberovici (né en 1962) : Faust’s Box, a transdisciplinary journey ; Andrea Liberovici, musique, texte et mise en scène ; Helga Davis, voix (Faust/Méphisto) ; Robert Wilson, Narrateur de l’ombre (voix off) ; Ennio Ranaboldo, The Gost Writer (voix off); Controluce Teatro d’Ombre, ombres en vidéo ; Jérôme Deschamps, lumières et vidéo ; Ensemble Ars Nova ; direction Philippe Nahon.

ars_nova_022016_photo_arthur_pequin_z1b0827Du monument pour chœurs et orchestre (Scènes de Faust) écrit par Schumann s’attachant à la langue de Goethe, à la Faust’s Box de Liberovici, en passant par le « petit Faust » imaginé par Stravinsky dans l’Histoire du Soldat, la Philharmonie de Paris décline le mythe en un seul week-end et sous tous ses formats.

Dans la Faust’s Box, prend ses distances vis à vis du personnage et de la tradition, concevant à lui seul tout à la fois le texte, la musique et la mise en scène d’un spectacle fascinant autant que singulier. Vénitien d’origine et résidant aujourd’hui à Gênes, cet artiste polyvalent fonde en 1996 avec Edoardo Sanguineti (poète et librettiste de ) il Teatro del Suono consacré à l’expérimentation des relations entre musique, poésie, scène et moyens de diffusion. Autant de dimensions que ce concepteur aventureux maîtrise aujourd’hui en virtuose, considérant l’espace théâtral comme le lieu d’accueil idéal à ses réalisations trans-disciplinaires.

Faust’s Box est l’aboutissement d’un work in progress où toutes les composantes du projet sont aujourd’hui réunies et convergentes pour donner au spectacle son impact visuel et sonore. Au centre de la scène, la boite proprement dite (au-dessus de laquelle les surtitres défilent) est flanquée d’un grand miroir qui renvoie l’image du personnage qui s’y mire, tout en superposant celles de la vidéo. L’ensemble instrumental d’Ars Nova sous la direction de est distribué de part et d’autre du décor : un set important de percussions est déployé à jardin où une petite estrade permettra de visualiser les jeux de scène des interprètes. A cour, les quatre cordes solistes et la clarinette sont réunis autour du chef. Entre partition écrite et sons projetés à travers les haut-parleurs, Liberovici instaure un jeu subtil d’ambiguïté des sources sonores. La même équivoque est entretenue avec la voix de l’unique rôle de ce spectacle – immense – et les voix off – celle de , narrateur de l’ombre et , the Ghost writer. Au sein du livret, rédigé en anglais sur fond d’humour (les 5 épitaphes amoureuses) et de dérision (le Gospel sur l’Hypothalamus), la qualité de la voix, chantée autant que parlée, ses registres et son grain acquiert une dimension musicale autant qu’expressive. En costume gris et chemise blanche, – elle-même dans l’ambiguïté des sexes – incarne à la fois Faust et Méphisto, l’homme et le diable confrontés aux mêmes doutes et interrogations existentielles. Les réflexions multiples sur la condition humaine « dans ce mauvais temps nouveau » suscitent autant d’entrées annoncées par voie d’affichage, dans un jeu de correspondance avec les cinq lettres du mot FAUST – Futur, Amour, Usage, Sexe, Temps…. Elles se succèdent dans un rythme qui ne cesse de s’accélérer et un flot d’informations sonores et visuelles dont les ressources ne sont pas sans évoquer celles d’un Arte povera: le marteau sur la planche de bois, la fréquence insolite d’un mixer, le moulin à eau accompagnant le cheminement introspectif du personnage… A côté des musiciens-acteurs d’Ars Nova – Isabelle Cornelis et particulièrement sollicitées – la performance vocale autant que scénique d’Helga Davis est impressionnante, comme son ombre projetée sur les murs de la salle. Ce voyage interdisciplinaire imaginé par s’achève sur fond d’appeaux et de nature, l’auteur revenant in fine à Goethe avec une citation extraite non pas du Faust mais du roman initiatique que ce sont Les Années d’apprentissage de Wilhelm Meister.

Photo : Ars Nova (c) Arthur Pequin

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Paris. Salle de répétition-Philharmonie. 17-IX-2016. Andrea Liberovici (né en 1962) : Faust’s Box, a transdisciplinary journey ; Andrea Liberovici, musique, texte et mise en scène ; Helga Davis, voix (Faust/Méphisto) ; Robert Wilson, Narrateur de l’ombre (voix off) ; Ennio Ranaboldo, The Gost Writer (voix off); Controluce Teatro d’Ombre, ombres en vidéo ; Jérôme Deschamps, lumières et vidéo ; Ensemble Ars Nova ; direction Philippe Nahon.

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