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Le Bach profane des Arts Florissants

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Paris. Philharmonie 2 – salle des concerts. 27-IX-2016. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : cantates « Weichet nur, betrübte Schatten » BWV 202, « Ich armer Mensch, ich Sündenknecht » BWV 55 et « Schweigt stille, plaudert nicht » BWV 211 ; sonate en sol majeur BWV 1039 ; suite en si mineur BWV 1067. Rachel Redmond, soprano ; Reinoud Van Mechelen, ténor ; André Morsch, basse. Les Arts Florissants, William Christie : clavecin, orgue et direction.

reinoud-anna-web-28 entament leur saison à la Philharmonie, dans la salle des concerts, avec un programme autour de deux cantates profanes de .

Dans l’œuvre de Bach, la musique profane instrumentale tient à peu près une part aussi grande que la musique sacrée, si tant est qu’on puisse toujours faire une différence aussi nette. Mais les quelques cantates profanes qui nous sont parvenues occupent une place singulière, et ont pu par exemple faire dire à Nikolaus Harnoncourt que, s’il avait évolué dans un autre contexte, Bach aurait pu passer à la postérité comme un formidable compositeur d’opéra.

La cantate BWV 202, sûrement écrite pour un mariage, ouvre le concert en célébrant l’amour et le printemps. La symbolique des instruments est habituelle : le violon pour les noces et le hautbois pour l’aspect pastoral. Mais ce que ne prescrit pas Bach et qui se révèle pour tout le concert une bonne idée, est l’emploi d’une contrebasse pour la basse continue, toujours bien assortie avec le violoncelle et le clavecin où siège . en soprano solo a une voix plaisante, bien portée, sans fioritures sauf pour quelques affèteries discrètes (esquisses de trilles, légers ports de voix). Mis à part pour l’air « Sich üben im Lieben », pris de manière un peu précipitée, l’ensemble reste uni et convaincant.

La cantate BWV 211, dite « du café », qui clôt le concert, fait quant à elle intervenir en Herr Schlendrian, pour une saynète amusante dans laquelle il tente de dissuader sa fille Liesgen de boire du café. Le noir complet dans lequel est plongé le public et l’absence de surtitrage font que les effets tombent un peu à plat, d’autant que la prononciation allemande de est alors un peu moins bonne. Mais la qualité musicale est au rendez-vous, et le trio final avec le narrateur () offre un moment rare chez Bach, typique de la musique profane.

Les intermèdes instrumentaux s’allient bien aux œuvres vocales. Placée après la première cantate, la sonate pour deux flûtes BWV 1039, transcrite ici pour deux violons, fait se dérouler des motifs beaux et recherchés, en un dialogue permanent, volontiers sensuel, qui tourne par moment au trio avec la basse. Les violonistes Emmanuel Resche et Théotime Langlois de Swarte font preuve de l’engagement et de la précision requis, mais les tempi élevés et l’énergie parfois un peu sèche (notamment dans le Presto fugué final) réduisent le plaisir que cette musique peut procurer, et n’aident pas à remplir le volume d’une salle somme toute fort spacieuse. Quant à la célèbre Suite en si mineur, elle met en valeur le traverso, présent dans la cantate du café qui suit. Le soliste, Serge Saitta, mène l’orchestre minimal qui l’accompagne. Quelques bonnes idées sont à signaler (un moment sans contrebasse et sans clavecin dans la Sarabande, des ornements audacieux à la flûte) mais l’ensemble n’émeut ni n’enthousiasme particulièrement.

Le meilleur moment du concert aura peut-être été la cantate sacrée BWV 55, qui permet de vérifier la continuité de style avec les cantates profanes, et de mettre en valeur la voix de . Cette œuvre rappelle par son dispositif (hautbois et violon, chanteur solo) et par son écriture la célèbre cantate BWV 82 « Ich habe genug ». La pâte musicale est savoureuse, et la voix claire, bien timbrée et hautement intelligible du ténor est une merveille.

Crédits photographiques : Reinoud Van Mechelen © Senne Van der Ven

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Paris. Philharmonie 2 – salle des concerts. 27-IX-2016. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : cantates « Weichet nur, betrübte Schatten » BWV 202, « Ich armer Mensch, ich Sündenknecht » BWV 55 et « Schweigt stille, plaudert nicht » BWV 211 ; sonate en sol majeur BWV 1039 ; suite en si mineur BWV 1067. Rachel Redmond, soprano ; Reinoud Van Mechelen, ténor ; André Morsch, basse. Les Arts Florissants, William Christie : clavecin, orgue et direction.

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