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À Genève, en voiture Simone Kermes

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Genève. Victoria Hall. 14-I-2017. Carlo Francesco Pollarolo (c. 1653-1723) : ouverture d’Ariodante. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Fermati (Rinaldo), Piangerò la sorte mia (Giulio Cesare), Io t’abbraccio (Rosalinda), Scoglio d’immota fronte (Scipione), Vivo in te (Tamerlano), Caro bella (Giulio Cesare). Johann Adolf Hasse (1699-1783) : Priva del caro bene (Dalisa), Impallidisce in campo (Issipile), Padre ingiusto (Cajo Fabricio). Attilio Ariosti (1666-1729) : Vorreste o mio pupille (Lucio Vero). Nicola Porpora (1686-1768) : Nobil onda (Adelaide), ouverture d’Orfeo. Geminiano Giacomelli (1692-1740) : Villanella nube estiva (Scipione in Cartagine nuova). Pietro Torri (1650-1737) : Ferma crudel… Son costretta esser crudel (Amadis di Grecia). Simone Kermes (soprano), Vivica Genaux (mezzosoprano). Ensemble Capella Gabetta (Andrès Gabetta, direction et violon).

Rival-Queens.01Après ses premières armes à Luxembourg en 2014, après Istamboul, la tournée spectacle « Rival Queens » se fait suisse avec une halte à Genève. Malgré l’enthousiasme d’un public impressionné par les excès scéniques et vocaux de la soprano allemande , le spectacle manque partiellement l’esprit qu’il se proposait de montrer.

L’idée de porter en scène l’expression de la rivalité entre deux divas de l’ère baroque, en l’occurrence celle qui divisa au début du XVIIIe siècle, la soprano Francesca Cuzzoni et la mezzo soprano Faustina Bordoni, est excellente. L’histoire de l’opéra a toujours été friande de ces antagonismes entre divas qui, à défaut d’être réels, alimente généreusement les fantasmes des lyricomanes. Et ce n’est pas ceux qui opposaient Maria Callas et Renata Tebaldi qui démentiront ce qui précède. Rien à voir pourtant avec la réalité de la jalousie qui rongeait les deux cantatrices italiennes qui, au soir du 10 juin 1727, en vinrent à s’insulter, à se crêper le chignon et à s’entredéchirer les costumes sur la scène du Théâtre Royal de Londres. La représentation fut interrompue. L’affaire fit grand bruit. Le public s’en mêla. Pour souligner leurs préférences aux deux antagonistes, certaines Londonniennes allèrent jusqu’à s’habiller comme l’une ou comme l’autre pour marquer sa différence.

Certes Faustina Bordoni était plus jeune et physiquement insolemmment plus attractive que Francesca Cuzzoni. Nul doute que ces différences physiques influençèrent le jugement sur la voix des deux chanteuses. Ainsi aujourd’hui, alors qu’il est tabou de parler du physique des cantatrices, on imagine qu’un tel spectacle puisse trouver sa réalisation dans une joute vocale plus que dans une comparaison de physiques. Or dans ce que la soprano et la mezzo nous montrent, la rivalité vocale est absente. Pas de comparaison possible entre le phrasé subtil et convaincant de et la vocalité brutale de .

Parce que Simone Kermes confond grossièreté avec vulgarité. Alors, allons-y ! En voiture, Simone ! Ce doigt d’honneur qu’envoie la soprano allemande vers sa compagne de scène est d’une rare vulgarité et n’est certainement pas nécessaire pour théâtraliser la situation. Etonamment ce geste semble naturel à une soprano dont le chant, certes utilisant avec audace les facilités d’une voix approximative, se retrouve souvent à la limite du diapason. Et ce ne sont pas les gesticulations plus proches de celles d’une chanteuse de saloon que de celles d’une cantatrice d’opéra qui font oublier la dureté de certains aigus ou l’abscence de vibrato.

Rival-Queens.02A contrario la mezzo , quoique exprimant tout aussi violemment l’éventuelle détestation de sa compagne de scène, reste, même dans l’excès, au plus près de l’intention théâtrale. Avec une voix aux graves impressionnants et à la technique admirablement contrôlée, elle reste dans l’esprit de ce spectacle sans jamais franchir les frontières d’un théâtre probant. Jouant parfois avec une légère gêne le jeu déjanté et incontrôlable de sa compagne, elle fait des moments où elle est seule en scène les meilleurs de la soirée. C’est ainsi qu’elle capte l’émotion dans un magnifique Padre ingiusto tiré de l’opéra Cajo Fabricio de Johann Adolph Hasse.

Pour accompagner ces deux « rivales », l’ suit si attentivement les facéties de ses solistes qu’il semble freiné dans une expression musicale qu’on aurait aimé plus colorée et vivante.

Crédit photographique : © G.Maillot/point-of-view.ch

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Genève. Victoria Hall. 14-I-2017. Carlo Francesco Pollarolo (c. 1653-1723) : ouverture d’Ariodante. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Fermati (Rinaldo), Piangerò la sorte mia (Giulio Cesare), Io t’abbraccio (Rosalinda), Scoglio d’immota fronte (Scipione), Vivo in te (Tamerlano), Caro bella (Giulio Cesare). Johann Adolf Hasse (1699-1783) : Priva del caro bene (Dalisa), Impallidisce in campo (Issipile), Padre ingiusto (Cajo Fabricio). Attilio Ariosti (1666-1729) : Vorreste o mio pupille (Lucio Vero). Nicola Porpora (1686-1768) : Nobil onda (Adelaide), ouverture d’Orfeo. Geminiano Giacomelli (1692-1740) : Villanella nube estiva (Scipione in Cartagine nuova). Pietro Torri (1650-1737) : Ferma crudel… Son costretta esser crudel (Amadis di Grecia). Simone Kermes (soprano), Vivica Genaux (mezzosoprano). Ensemble Capella Gabetta (Andrès Gabetta, direction et violon).

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