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Philippe Hattat en concert à l’auditorium du CRR de Rueil-Malmaison

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Rueil- Malmaison. Auditorium du Conservatoire à Rayonnement Régional. 16-I-2017. André Boucourechliev (1925-1997) : Orion III pour piano ; Philippe Manoury (né en 1952) : Deux nouvelles études pour piano ; Philippe Hattat (né en 1993) : Causa Pulchritudinis pour piano ; Alberto Ginastera (1916-1983) : Sonate n° 2 pour piano. Philippe Hattat, piano.

Philippe-Hattat-©-Etienne-Gaume_2Les jeunes élèves musiciens étaient venus nombreux dans l’auditorium du CRR de Rueil-Malmaison pour écouter le récital du pianiste – tout juste 24 ans ! – donné en collaboration avec Orléans Concours International. est en effet l’un des brillants lauréats du 12e Concours International de piano d’Orléans et invité à ce tire, l’année durant, à se produire sur la scène internationale. Artiste polyvalent, avait inscrit, au nombre des pièces particulièrement virtuoses de son programme, une œuvre de sa composition.

Redoutable en effet est la partie de piano d’Orion III d’, compositeur et musicographe essentiel de la génération 25, qui restera, au côté de Boulez, attaché à l’écriture sérielle et à la problématique de l’œuvre ouverte. La fulgurance du geste et la digitalité prodigieuse du pianiste impressionnent dès les premières pages de la partition dûment numérisée sur la tablette bordée de rouge du jeune interprète. Il fait valoir avec beaucoup de séduction sonore le travail du compositeur sur la résonance via la pédale tonale du piano. L’embrasement sonore du clavier obtenu in fine sous l’effet de trilles obstinés laisse l’auditoire sans voix.

Sympathique et généreux, Philippe Hattat prend la parole entre chaque pièce, louvoyant librement entre clés d’écoute et anecdotes. Il faut savoir en effet que c’est lui qui, remplaçant au pied levé son maître souffrant – – a créé en août 2016 les Deux nouvelles études de qu’il a mises à son programme : deux chefs d’œuvre assurément, d’une complexité folle dont il s’acquitte avec une aisance presque insolente ! Dans la première, Vitesse paradoxale, le rythme s’accélère au sein d’un tempo qui ralentit… soit des couches de temporalités variables que conduisent les deux mains du pianiste en totale autonomie. La seconde, Suspension et effondrement, est une étude pour les accords et les sonorités, comme l’aurait dit Debussy. Le même travail sur les couches de tempi différents se fait sentir, avec une exploration obstinée du clavier dont les sonorités semblent parfois à la croisée du monde acoustique et électronique. Pour le titre de sa propre pièce, Philippe Hattat convoque le latin et la musique ancienne : Causa Pulchritudinis (Raison de beauté) fait en effet référence aux règles d’écriture du contrepoint Renaissance. Aucun rapport cependant, précise-t-il, avec la musique de sa propre partition mettant à l’œuvre le geste puissant et rhapsode de ce jeune trublion du clavier. Invoquant l’Américain George Crumb, Philippe Hattat explore les possibilités micro-intervalliques du piano en cherchant dans les cordes de l’instrument les harmoniques détempérés qu’il confronte aux notes du clavier. La pièce un brin labyrinthique n’en est pas moins flamboyante voire extravagante au regard de l’énergie et de la virtuosité déployées. La Sonate n° 2 de l’Argentin , écrite deux ans avant sa mort, ne l’est pas moins, qui emprunte ses thèmes et sa rythmique aux musiques de tambours des tribus amérindiennes. Rappelons que le pianiste Philippe Hattat est aussi violoncelliste, organiste, improvisateur et… passionné d’ethnomusicologie ! Il aborde le premier mouvement de la Sonate avec un toucher éblouissant et une énergie parfaitement canalisée. Superbe, le second mouvement, Harawi, n’est pas sans évoquer Messiaen bien sûr, mais aussi Bartók et ses musiques nocturnes. La rythmique aussi libre qu’obstinée de la Toccata du troisième mouvement achève l’œuvre dans la jubilation sonore où s’entendent les influences de Messiaen toujours et de Stravinsky. Philippe Hattat y déploie une fougue phénoménale qui n’entrave ni la clarté des textures ni la précision des attaques. « Chapeau bas, Messieurs […] », ce jeune pianiste n’a pas fini de nous surprendre !

Crédit photographique : Philippe Hattat © Etienne Gaume

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