À Genève, Jonathan Nott trop sage

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Genève. Victoria Hall. 20-I-2017. Maurice Ravel (1875-1937) : Rhapsodie espagnole pour orchestre ; Concerto pour piano et orchestre en sol majeur. Claude Debussy (1862-1918) : Images pour orchestre. Pierre-Laurent Aimard (piano). Orchestre de la Suisse Romande, direction : Jonathan Nott.

Jonathan_Nott_Bild_2__c__Thomas_Mueller_01Ce premier concert de l’ sous la baguette de son nouveau chef d’orchestre titulaire et directeur artistique, montre qu’il reste beaucoup de travail pour que cet ensemble retrouve l’aisance musicale qui lui manque encore.

En octobre 2014, dirigeait brillamment l’ dans une Cinquième Symphonie de Beethoven. Une prestation qui avait certaiment motivé les dirigeants de l’orchestre genevois pour lui proposer sa direction artistique à la suite du départ de Neeme Järvi. Arrivé depuis peu dans la cité de Calvin, il dirigeait vendredi son premier concert à la tête de son nouvel orchestre.

D’emblée, disons que les œuvres choisies n’ont rien de très spectaculaire, sauf peut-être le Concerto pour piano et orchestre en sol majeur de Ravel. Ou plus spécifiquement son Adagio assai si sublime ! Le résultat n’a cependant pas été à la hauteur des attentes. Si les œuvres choisies ont permis à chaque pupitre d’exprimer ses qualités « personnelles », l’orchestre manque sensiblement de musicalité d’ensemble pour qu’on sente l’unité de jeu. Parfois le chef anglais exhale de belles couleurs orchestrales, mais le soufflé retombe rapidement dans une lecture sans grand relief. Trop sage, semblant ne pas oser l’éclat qui suscite l’émotion, semble retenir ses chevaux !

À l’image de la Rhapsodie espagnole pour orchestre de Ravel qui manque d’hispanité même si les premières mesures du Prélude à la nuit laissent apparaître une approche sensible et un soin particulier au pianissimo initial. En revanche, les passages forte sont exécutés avec une brusquerie si soudaine qu’ils effacent toute mélodie. Dans les mouvements suivants, une certaine timidité orchestrale fait perdre l’esprit espagnol de la partition. Une impression qui se confirme dans la Feria finale où les contrastes s’apparentent plus souvent à des envolées bruyantes qu’à une stricte observance du discours mélodique.

Dans le Concerto pour piano et orchestre, le pianiste semble imposer une conception inhabituelle par rapport à une tradition (?) peut-être erronée. Avec une belle autorité, il attaque le premier mouvement dans un souci du tempo qui frise la sécheresse tout en gardant une sonorité faite de belles rondeurs. Techniquement impeccable, le pianiste français possède admirablement cette partition, se propulsant en maître des lieux sans pour autant imprimer une empreinte personnelle à l’œuvre. En conservant un jeu très analytique, son interprétation de l’adagio en perd son sublime, son aspect émotionnel. Le final est cependant pianistiquement enlevé avec beaucoup de brio. Toujours extrêmement timide, l’orchestre semble ne pas apporter le soutien espéré dans la mesure où il donne l’impression de confondre force avec agressivité. Tout cela manque de lyrisme.

En deuxième partie de concert, l’Orchestre de la Suisse Romande offre les Images pour orchestre de Debussy, une œuvre rarement donnée. L’intérêt apparent de cette partition réside dans la recherche de couleurs orchestrale. À ce travail, Jonathan Nott réussit bien son entreprise. Reste que l’œuvre manque de brio et, avec un chef s’appliquant plus à donner les départs à ses musiciens qu’à rendre la partition intéressante, on se surprend à regarder le plafond pour voir s’il s’y passe quelque chose.

Certes, il faut laisser à Jonathan Nott le temps de prendre ses marques avec un Orchestre de la Suisse Romande délaissé pendant de trop longs mois. Toutefois, il est à espérer que le chef anglais se donne les moyens de choisir des répertoires peut-être plus détonants pendant le temps de reconstruction de son orchestre, de manière à ce que les musiciens trouvent le plaisir de briller et le public celui de s’enthousiasmer.

Crédit photographique : © Thomas Müller

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