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Diptyque Menotti avec Le Téléphone et Amélia va au bal

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 7-III-2017. Gian Carlo Menotti (1911-2007) : The Telephone et Amelia goes to the Ball, opéras bouffes en un acte sur un livret du compositeur. Mise en scène et mouvements chorégraphiques : Sylvie Laligne. Décors : Jeanne Artous, Cassandra Bizzini, Benjamin Brangé, Joana Henni, sous la coordination de Tommy Laszlo /ÉSAL. Vidéo : Cassandra Bizzini. Costumes : Giovanna Fiorentini. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Norma Nahoun, Lucy et Amelia ; Guillaume Andrieux, Ben et Le Mari ; Thomas Bettinger, L’Amant ; Julie Robard-Gendre, L’Amie ; Thomas Roediger, Le Commissaire de police ; Sylvie Bichebois, Première Femme de chambre ; Cécile Dumas-Thiollet, Deuxième Femme de chambre. Chœur de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef de chœur : Nathalie Marmeuse). Orchestre national de Lorraine, direction : Cyril Diederich.

Le Téléphone © Arnaud Hussenot - Opéra de MetzDu talent, de l’idée et un peu d’imagination, point n’est besoin de gros moyens pour proposer une soirée lyrique réussie. Le couplage de deux opéras bouffes, Le Téléphone et Amélia va au bal de Menotti, aura une fois de plus fait la démonstration de cette vérité fondamentale.

L’année 2017 aura été marquée par trois anniversaires liés à la vie et à la carrière de : les dix ans de sa disparition, les soixante-dix ans de la création mondiale du Téléphone (1947) et les quatre-vingts ans de la création mondiale d’Amélia va au bal (1937). Est-ce la raison pour laquelle l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole a choisi de mettre à l’honneur ces deux opéras du compositeur italo-américain ? Rajoutons que le deuxième des deux ouvrages cités, Amélia, a également vu sa création française in loco il y a tout juste cinquante ans… Mais arrêtons là les coïncidences.

Le grand mérite de la production messine de la metteur en scène et chorégraphe est d’avoir associé deux ouvrages que l’on n’a jamais eu l’occasion de voir représentés ensemble. On se souvient que Le Téléphone avait accompagné la première production professionnelle du Médium, et qu’il était d’usage dans les années trente, du moins au Metropolitan, de coupler Amélia avec Salomé ou Elektra. Toute une époque ! L’idée du spectacle proposé à Metz consiste à inscrire les deux ouvrages dans une continuité thématique et chronologique. Ben et Lucy, les deux amants du Téléphone, se retrouvent ainsi dix ans plus tard sous les traits d’Amélia et de son riche mari. Ben Timento – anagramme de Menotti – est devenu un sportif célébrissime et la presse « people » nous apprend que Lucy a changé de prénom suite au décès de sa mère. La vie sentimentale du couple défraye la chronique, de même que le luxe tapageur dans lequel vivent les deux époux en 2017, dans leur superbe appartement de Dubaï. Les démêlés conjugaux qui font l’objet d’Amélie sont annoncés par la bande-annonce projetée pendant l’ouverture, de même qu’on peut les anticiper à partir de certains éléments du Téléphone. Les deux œuvres se rejoignent dans leur traitement commun de la frivolité et de l’incommunicabilité entre les êtres. Ainsi, si Le Téléphone met en exergue, sur le mode comique, l’addiction actuelle aux moyens de communication factices (téléphone portables, textos, skype, tweets et autres…), Amélie traite sur le mode vaudevillesque de l’infidélité, de la trahison et, au final, de l’amour. Le décor clinquant du deuxième ouvrage, le dépouillement presque désarmant du premier se font ainsi écho pour finalement signaler un certain nombre de parallèles : aux étagères dégarnies et aux vêtements passe-partout du Téléphone font suite les somptueuses tenues et l’opulente garde-robe d’Amélie dans le deuxième. Si le temps a passé, les goûts, les usages et les addictions sont restés les mêmes. À une direction d’acteurs finement agencée – et quel talent chez les comédiens ! – se mêlent quelques éléments de chorégraphie qui s’inscrivent parfaitement bien dans l’esthétique quelque peu « comédie musicale » de cette double intrigue à tout moment drôle, légère, quelque peu fantasque, mais non dénuée de profondeur.

Amelia va au Bal 5 © Arnaud Hussenot - Opéra de MetzLa réalisation musicale est à la hauteur du succès de la mise en scène et de la réalisation visuelle. L’, sous la baguette experte de , ne fait qu’une bouchée de la partition de Menotti, et les chœurs et les solistes n’ont aucun mal à faire vivre leurs personnages hauts en couleurs. Une bonne part de l’action repose il est vrai sur les épaules du couple soprano/baryton – une fois n’est pas coutume – et les deux interprètes font tous deux merveille. brûle les planches par le naturel de son jeu scénique, et son chant se révèle plus stylé et mieux conduit qu’à l’accoutumée. Un jeune baryton à suivre. Dans le double rôle de Lucy et d’Amélie, fait valoir un soprano au timbre joliment fruité. Elle compense des moyens encore modestes pour les grands rôles du répertoire par une musicalité sans faille et une ligne savamment maîtrisée. Parmi les autres solistes, on distinguera le ténor vaillant de , ainsi que la basse , parfaitement intégrés dans une équipe visiblement très investie.

Crédit photographique : et (photo 1) ; , et (photo 2) © Arnaud Hussenot – Metz Métropole

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