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Le Rigoletto du Met, pas bling-bling pour un sou

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New-York. The Metropolitan Opera. 19-IV-2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, opéra en 3 actes et 4 tableaux sur un livret de Francesco Maria Piave d’après la pièce de Victor Hugo « Le roi s’amuse. » Mise en scène : Michael Mayer. Décors : Christine Jones. Costumes : Susan Hilferty. Lumières : Kevin Adams. Chorégraphes : Steven Hoggett. Avec : Željko Lučić, Rigoletto ; Olga Peretyatko, Gilda ; Joseph Calleja, Duc de Mantoue ; Štefan Kocán, Sparafucile ; Scott Scully, Matteo Borsa ; Paul Corona, le comte Ceprano ; Clarissa Lyons, la comtesse Ceprano ; Jeff Mattsey, Marullo ; Robert Pomakov, Monterone ; Maria Zifchak, Giovanna ; Nancy Fabiola Herrera, Maddalena ; Catherine MiEun Choi-Steckmeyer, un page ; Earle Patrirco, un huissier. Metropolitan Orchestra, direction : Pier Giorgio Morandi.

Rigoletto-richard_termine_1La mise en scène de qui transpose Rigoletto dans le Las Vegas des années 60 avait fait grand bruit lors des premières représentations au Metropolitan Opera en 2013. Cela s’avère être une transposition assez superficielle de l’œuvre de Verdi et plutôt conventionnelle en réalité. Avec une distribution vocale principalement composée de ceux d’il y a 4 ans, dans le rôle-titre en tête, mais agrémentée d’une particulièrement juste dans son incarnation de Gilda, la musique est élégamment conduite sous la baguette de .

Pour , l’un des metteurs en scène les plus respectés du théâtre américain et grand habitué dans la création de shows à Broadway, Rigoletto correspondait à ses débuts au Metropolitan Opera. Cette nouvelle production avait d’ailleurs fait l’objet d’une captation proposée par Deutsche Grammophon. Mais l’exubérance visuelle de Mayer n’offre en réalité aucun nouvel éclairage particulier sur l’œuvre malgré la profusion des néons de la salle des machines à sous au premier acte, plus kitchs les uns que les autres. C’est en vérité un travail assez ordinaire où l’intensité dramatique de l’ouvrage y perd malgré tout. Ce premier tableau faisant place rapidement à une scénographie bien plus sage, cela nous laisse à penser qu’il n’a été composé qu’avec pour principal objectif une opération de communication pour faire croire à un Met moins conservateur. Les ascenseurs souvent utilisés pour les entrées et sorties, l’acte II un peu brouillon situé dans le salon du Duc, ou bien encore la stripteaseuse qui se dandine autour de sa barre (sifflée gentiment par le public du soir), ne nous fera pas changer d’avis sur l’impression d’une mise en scène en réalité très convenue et globalement assez futile malgré quelques instants plaisants.

Quand (le duc de Mantoue est ici le propriétaire du casino) chante Questa o quella per me pari sono tel le nouveau Frank Sinatra : costume blanc, micro à la main, et danseuses tout en plumes autour de lui, il faut avouer que le numéro de revue de cabaret chorégraphié par Steven Hoggett, est plutôt réussi. Lorsque la violence de l’assassinat de Gilda est exhibée sur scène sous fond d’éclairs dans le ciel (toujours grâce à des néons particulièrement efficaces à ce moment de la soirée), le rendu est clairement appréciable en se terminant en apothéose lorsque Gilda meurt dans les bras de son père, à moitié insérée dans le coffre de la voiture qui devait amener son corps dans le désert de Mojave. Mais lorsque Monterone arrive affublé d’un cheikh pour prononcer sa malédiction, on note une certaine incohérence. Dans les années 60, un sage musulman dans un casino américain vraiment ? Bâclée, cette scène manque cruellement de tension dramatique alors qu’une grande partie de la profondeur de cet opéra provient de la marche inéluctable des personnages vers cette fatalité proclamée par Monterone. Cette malédiction, annoncée musicalement dès le prélude, reste le fil rouge de la déchéance de Rigoletto. Dommage que cette scène soit devenue ici plus comique que tragique…

Quelques détails dans les costumes de sont intéressants dont le gilet de Rigoletto. Transformé en simple employé (peut-être le comptable du casino vu sa tenue), le héros garde toutefois de ses origines de bouffon de cour, quelques losanges multicolores d’Arlequin sur son cardigan, motifs qui disparaissent totalement au deuxième acte, le gilet devenant vert (symbole de malheur au théâtre) au troisième acte.

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tenait déjà le rôle-titre lors de la création de cette production. Son chant est particulièrement magnifié lors des moments les plus attendrissants que vit son personnage avec Gilda, révélant à merveille les émotions d’un Rigoletto paternel. Ses duos avec sont particulièrement aboutis alors que la fraicheur et la douceur de la soprano font mouche tout au long de la soirée. L’artiste a l’intelligence de ne pas tomber dans la niaiserie que son personnage pourrait susciter, tout en gardant une certaine candeur indispensable au rôle. Dans une parfaite technique, elle sait parfaitement émouvoir lorsqu’elle expire dans les bras de son père.

Malgré une entrée ratée avec Della mia bella incognita borghese, dérouté certainement par un déséquilibre avec l’orchestre qui a exposé sa voix bien trop à nue, a vocalement du style en duc de Mantoue grâce à une voix solaire et flexible. Judicieusement, il évite les clichés dans son La donna e mobile grâce à un chant sombre voire presque menaçant. Les seconds rôles sont également bien assurés par une qui tenait déjà le rôle de Giovanna en 2013 et par qui propose une Maddalena somme toute assez ordinaire. La belle surprise reste dont la sublime voix de basse sonore donne à son Sparafucile tout l’aura nécessaire au spadassin, voire même plus : formidable note tenue durant plusieurs secondes à la fin de son duo avec Rigoletto qui a d’ailleurs suscité des Oh ! d’admiration de plusieurs spectateurs dans la salle.

Dans la fosse, exploite intelligemment la nervosité comme la douceur de la musique de Verdi même si l’équilibre entre le plateau et l’orchestre au premier acte reste perfectible, déstabilisant même Joseph Calleja lors de son entrée sur scène. Le chef sait toutefois combiner les lignes vocales et orchestrales, sans être gêné par les chuchotements du public américain durant le prélude ou par les applaudissements après chaque air qui n’attendent pas la cadence orchestrale (tout comme les premiers départs en fin de spectacle, assez habituels au Met). Comme si la performance du Metropolitan Orchestra était secondaire…

Crédits photographiques : Premier acte de « Rigoletto » au Met © Marty Sohl/Metropolitan Opera – Olga Peretyatko dans le rôle de Gilda © Metropolitan Opera

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New-York. The Metropolitan Opera. 19-IV-2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Rigoletto, opéra en 3 actes et 4 tableaux sur un livret de Francesco Maria Piave d’après la pièce de Victor Hugo « Le roi s’amuse. » Mise en scène : Michael Mayer. Décors : Christine Jones. Costumes : Susan Hilferty. Lumières : Kevin Adams. Chorégraphes : Steven Hoggett. Avec : Željko Lučić, Rigoletto ; Olga Peretyatko, Gilda ; Joseph Calleja, Duc de Mantoue ; Štefan Kocán, Sparafucile ; Scott Scully, Matteo Borsa ; Paul Corona, le comte Ceprano ; Clarissa Lyons, la comtesse Ceprano ; Jeff Mattsey, Marullo ; Robert Pomakov, Monterone ; Maria Zifchak, Giovanna ; Nancy Fabiola Herrera, Maddalena ; Catherine MiEun Choi-Steckmeyer, un page ; Earle Patrirco, un huissier. Metropolitan Orchestra, direction : Pier Giorgio Morandi.

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