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Don Giovanni, un banquet d’outre-tombe à Spolète

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Spolète. Teatro nuovo. 30-VI-2017. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, drame joyeux en deux actes, sur un livret de Lorenzo da Ponte. Mise en scène : Giorgio Ferrara et René de Ceccatty. Décors et costumes : Dante Ferretti et Francesca Lo Schiavo. Lumières, Giorgio Ferrara, Fiammetta Baldiserri. Avec : Don Giovanni, Dimitris Tiliakos ; le Commandeur, Antonio Di Matteo ; Donna Anna, Lucia Cesaroni ; Don Ottavio, Brian Michael Moore ; Donna Elvira, Davinia Rodriguez ; Leporello, Andrea Concetti ; Masetto, Daniel Giulianini ; Zerlina, Arianna Vendittelli. Orchestre Cherubini, direction : James Conlon.

Festival de Spolète, Don GiovanniEn ouverture du Festival de Spolète, Don Giovanni met un terme à un projet artistique sur trois ans autour de la trilogie Mozart / Da Ponte.

Le Don Giovanni de cette soixantième édition du Festival de Spolète, réalisée en collaboration avec la Rai, le Teatro Coccia di Novara et le Festival di Cartagena, commence sous le signe de la philosophie de Kierkegaard, avec des citations de son texte sur Don Juan, projetées sur un rideau de scène. On y trouve quelques fulgurances fertiles : fuite éperdue, turbines de la séduction, délices éperdues du plaisir… Au lever de rideau, tous les personnages sont déjà là, blottis comme dans son cerveau, nimbés chacun d’un linceul blanc. Comme nous, ils assisteront à tout, au meurtre lamentable qui va avoir lieu d’un coup de pistolet, aux scènes intimes de séduction… Nous sommes tous dans la même marmite.

Les deux premiers accords de la partition, à peine lancés par , majestueux et inquiétants, froids et vertigineux, installent une distance qui se vérifie par la suite. Fureur contenue, irrésistible mécanique linéaire, mais aussi décalages, hiatus, superpositions des jeux de scène et de l’action avec une sensation de discontinuité étrange. Nous sommes dans un rêve : celui de Søren Kierkegaard, qui va et vient sur la scène, pendant l’ouverture, imperturbable, chapeau haut de forme et redingote.

La mise en scène de , directeur artistique du festival, inspirée par les visions de René Ceccaty, se démarque des interprétations habituelles, puisqu’elle se veut interne aux visions personnelles de Kierkegaard. Les décors de Dante Ferretti et Francesca Lo Schiavo restent dans la lignée classique des deux premiers opéras Mozart / da Ponte, montés par le festival, en 2015 et 2016. Ils évoquent ici la chapelle d’un cimetière qui pourrait se trouver à Gènes, avec des personnages que Maurizio Galante a volés à Gainsborough, comme ce Don Ottavio en Garçon bleu, qu’on reconnaît soudain à l’étrange mèche noire qui lui descend sur le front. explique ce choix de l’habiller en enfant, par une « volonté de faire ressortir le côté poltron du personnage » Pauvre , hiératique comme une silhouette de théâtre et dont l’incertitude de la voix, ce soir-là, ajoutait encore à la faiblesse de Don Ottavio.

(Leporello), costume de serpent mordoré, a une belle présence, des mouvements justes et sa voix fluide met son rôle en valeur.  (Don Giovanni), un Grec de Rhodes, tue le Commandeur comme on se débarrasse d’une mouche, puis butine gaiement chaque occasion qui s’offre. La sombre voix de Lucia Cesaroni, la Suzanne des Noces de l’an dernier, est parfaite pour Donna Anna, et les couleurs de celle de Davinia Rodriguez vont parfaitement à Elvira.

La mise en scène, mécanique rigoureuse et implacable, privilégie le chant, les personnages chantent toujours de face. L’accompagnement ciselé de Conlon encadre les airs, celui de Zerlina “Vedrai, carino” dans l’acte II, par exemple, avec une tendresse légère porteuse d’un flottement opportun. Son choix du clavecin pour accompagner les récitatifs accentue la distance du rêve.

Pour , Don Giovanni est une « grande messe de requiem, un dialogue entre un athée et la mort, » annoncé dès l’ouverture, un ballet de spectres, ou de zombies, comme dit aussi . L’Orchestre Cherubini de Conlon ouvre des profondeurs, nimbant les chanteurs, jusqu’au coup de théâtre final, l’enfer s’élargissant jusqu’à absorber la salle et le public lui-même.

Crédit photographique : © ML Antonelli

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Spolète. Teatro nuovo. 30-VI-2017. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Don Giovanni, drame joyeux en deux actes, sur un livret de Lorenzo da Ponte. Mise en scène : Giorgio Ferrara et René de Ceccatty. Décors et costumes : Dante Ferretti et Francesca Lo Schiavo. Lumières, Giorgio Ferrara, Fiammetta Baldiserri. Avec : Don Giovanni, Dimitris Tiliakos ; le Commandeur, Antonio Di Matteo ; Donna Anna, Lucia Cesaroni ; Don Ottavio, Brian Michael Moore ; Donna Elvira, Davinia Rodriguez ; Leporello, Andrea Concetti ; Masetto, Daniel Giulianini ; Zerlina, Arianna Vendittelli. Orchestre Cherubini, direction : James Conlon.

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