Le duo Lorenzo Gatto – Julien Libeer sur les cimes beethovéniennes

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Abbaye d’Aulne. 8-VII-2017. Juillet Musical d’Aulne. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : sonates pour violon et piano n°1 en ré majeur op. 12 n°1, n°5 en fa majeur op. 24 « le Printemps », n°10 en sol majeur op. 96. Lorenzo Gatto, violon ; Julien Libeer, piano.

gatto libeerC’est un immense plaisir que de retrouver ce samedi le duo violon-piano belge formé par et , assez unique par la complicité et la complémentarité des artistes en cette 34e édition du Juillet musical d’Aulne.

Dans un cadre assez enchanteur, au milieu de trois cirques boisés, à proximité immédiate de la Sambre, se dressent les impressionnantes ruines de l’abbaye d’Aulne, partiellement détruite par les Révolutionnaires en 1794, sise dans l’entité de Thuin-Gozée, à proximité immédiate de la métropole hennuyère de Charleroi. Après une année sabbatique, le Juillet musical local reprend vigueur en ce début d’été, avec une équipe rajeunie et redynamisée. La formule est désormais concentrée sur un seul week-end (au lieu de deux, par le passé). L’église paroissiale du site, où se tenaient les éditions précédentes, avec ses contingences acoustiques et matérielles (de nombreuses places presque aveugles), est pour de multiples raisons délaissée cette année. Les organisateurs, ont préféré opter pour un podium sous chapiteau élevé au beau milieu de la cour d’honneur. Ils ont été bénis par les dieux de la météo en ce bel été ! Une discrète et habile sonorisation permet d’éviter la déperdition des fréquences (surtout graves) liée à la superstructure en bois et à l’acoustique de plein air, dans une mise en espace des plus agréables et conviviales.

Le récital de ce soir convie un duo bien belge et déjà fêté partout : un habitué du lieu dont c’est au bas mot la troisième venue : , deuxième lauréat et prix du public du Concours musical et international Reine Elisabeth de Belgique 2009, violoniste déjà célébré sur de nombreuses scènes européennes, heureux détenteur du superbe Stradivarius « Joachim » de 1698 et son partenaire complice le pianiste , attachant musicien d’un grand raffinement, disciple de Jean Fassina et de Maria João Pires ; ils nous  proposent ainsi la suite de leur périple beethovénien. Il y a quelques mois au terme d’une série de concerts, notamment à Flagey (Bruxelles) le duo enregistrait magistralement pour Alpha un premier disque consacré à trois sonates du Grand Sourd, dont la célèbre n°9 « à Kreutzer ». Aujourd’hui, ils nous proposent la suite du cycle avec  les n°1, n°5 « le Printemps » et n°10. L’enregistrement en studio de ce programme est planifié d’ici quelques semaines pour une parution sur disque l’an prochain.

La connivence entre les deux artistes tient d’emblée du miracle par cette fusion de deux personnalités en une seule entité musicale. Dès les premiers accords et arpèges de la première sonate opus 12 n°1 le dialogue s’installe naturellement sans le moindre nuage : une vraie complicité s’établit, dans des tempi vifs mais jamais précipités. Les œuvres sont prises à bras le corps, mais avec une aisance soufflante, un port quasi aristocratique, un ton franc et subtil à la fois par une souple articulation des phrasés et un panel très travaillé de nuances variées. Le discours musical se veut énergique mais ductile, d’un abord souriant, ce qui n’exclut pas le drame latent dans la variation centrale de l’andante con moto de la première sonate, la poésie enchanteresse dans l’adagio molto espressivo de la sonate le Printemps, un cantabile enchanteur dans l’allegro moderato initial de la dixième, l’humour piquant des scherzi de l’opus 24 ou 96, ou encore une douce ironie décalée lors de la conclusion plusieurs fois différée de l’ultime sonate, donnée en conclusion du programme.

À n’en pas douter le duo Gatto-Libeer constitue un des plus passionnants tandem violon-piano de la génération montante, par ce sens inouï de l’écoute mutuelle, par la communion effervescente des options musicales, et par le respect absolu des intentions du compositeur. Une telle fusion n’est pas sans évoquer les noms de plusieurs duos de légende. Le public ne s’y trompe pas et réserve un triomphe mérité à ces deux jeunes et déjà grands artistes. Ils nous gratifient, en bis, de deux sucreries viennoises dues à l’irrésistible , les célèbres Liebseleid et Schön Rosmarin, jouées avec une décontraction déboutonnée et un chic fou ; une agréable conclusion pour un très grand récital qui restera gravé dans la mémoire du public et les annales du Festival.

Crédit photographique :  Lorenzo Gatto, Julien Libeer © OUTHERE

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