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Marius Petipa, un chorégraphe français trop longtemps oublié

On célèbre en 2018 le bicentenaire de la naissance de (1818-1910), le chorégraphe des ballets aussi légendaires et intemporels que le Lac des cygnes, La Belle au bois dormant, La Bayadère ou encore Don Quichotte. Malgré son apport essentiel à la danse académique, l’œuvre de Petipa est restée longtemps méconnue en France. Une occasion de la redécouvrir alors qu’une exposition lui a été consacrée récemment au Centre national de la danse.

Les pérégrinations de jeunesse

est né à Marseille en 1818, dans une famille d’artistes. Son père, Jean-Antoine est danseur et maître de ballet, sa mère actrice. Son frère aîné, Lucien, mènera une brillante carrière de danseur à l’Opéra de Paris où il sera le partenaire de l’illustre . Le jeune Marius commence la danse à sept ans. Son parcours l’entraîne, au gré des engagements paternels, à Bruxelles où il se forme au Conservatoire de la danse et débute au Théâtre de la Monnaie dans La Dansomanie, ballet chorégraphié par son père en 1827. On le retrouve ensuite à Bordeaux (1834), Nantes (1838) où il devient danseur étoile, New-York (1839) et Paris où il suit les cours d’Auguste Vestris et danse aux côtés de dans La Péri. Son périple se poursuit, de 1843 à 1846, au Théâtre royal de Madrid où il est chorégraphe pour la compagnie. Cet épisode espagnol tourne court dans des conditions rocambolesques : Marius Petipa est contraint de quitter précipitamment l’Espagne, après avoir été provoqué en duel par le mari d’une femme noble qu’il courtisait.

Après un bref retour à Paris, Petipa est invité en 1847 par le directeur du Théâtre impérial de Saint-Pétersbourg, qui lui propose un contrat de Premier danseur d’un an. C’est ainsi que commence une longue et brillante aventure russe qui durera près de soixante années.

Le triomphe à Saint-Pétersbourg

Petipa fait ses débuts au Théâtre impérial comme danseur – il se produira notamment dans Paquita – et contribue d’emblée à la mise en scène de ballets de ses compatriotes et . En 1862, le succès chorégraphique de la Fille du pharaon, sur une musique de et un argument tiré du Roman de la Momie de Théophile Gautier, lance la carrière de Petipa, qui devient chorégraphe en chef du Théâtre impérial de Saint-Pétersbourg. Il doit néanmoins attendre 1869 pour être nommé Premier maître de ballet, à la suite d’Arthur Saint-Léon, et diriger une troupe de deux-cent-cinquante danseurs. En parallèle, de 1855 à 1887, il dirige l’École impériale de danse qui compte quatre-vingts élèves.

De sa collaboration avec Léon Minkus naîtront des succès comme Don Quichotte, créé au Bolshoï en 1869 ou La Bayadère, ballet exotique créé au théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg en 1877. Après le départ de Minkus en 1886, commence la fructueuse collaboration avec Tchaïkovski, qui produira des chefs-d’œuvre tels que La Belle au bois dormant (1890), Casse-Noisette (1892) et Le Lac des cygnes (1895) chorégraphiés avec , et Raymonda (1898).

Les années 1880 et 1890 sont considérées comme « l’âge d’or du ballet russe », aussi bien du point de vue de la qualité des ballets créés que des danseurs d’exception qui les ont interprétés : Pierina Legnani, Olga Preobrajenska, Nikolai et Sergeï Legat, Matilda Kschessinska et Enrico Cecchetti.

A partir de 1891, toutes les œuvres de Petipa sont notées selon la méthode élaborée par Vladimir Stepanov. Petipa adapte également à l’évolution de la technique du ballet des œuvres de , Philippe Taglioni (La Sylphide, 1892), (Paquita, 1881, Le Corsaire, 1899) et Arthur Saint-Léon (Coppélia, 1884). Il monte enfin plusieurs versions de Giselle en 1884, 1887 et 1899, lui donnant la structure que l’on connaît aujourd’hui. Pour sa dernière œuvre, La Romance du bouton de rose et du papillon, chorégraphiée en 1903, Petipa confiera un rôle à un jeune danseur de 14 ans qui n’est autre que Vaslav Nijinski.

L’arrivée de Vladimir Telyakovsky à la tête du Théâtre impérial en 1901 sonne le glas de l’ère Petipa. Décidé à se débarrasser du vieux maître, Telyakovsky annule brutalement la première de La Romance du bouton de rose et du papillon, prévue début 1904. Fortement marqué par cet affront, Petipa prend sa retraite en 1904 et rédige ses Mémoires. Il s’éteint le 2 juin 1910 en Crimée, laissant une soixantaine de ballets ainsi que les danses d’une trentaine d’opéras.

La révolution chorégraphique introduite par Marius Petipa

Les innovations apportées par Marius Petipa ont contribué à faire évoluer la danse classique vers la forme qu’on lui connait aujourd’hui. Petipa développe le ballet à grand spectacle, composé de trois ou quatre actes et où l’ensemble du corps du ballet est présent sur scène. Lors de la première de La Bayadère le 4 février 1877, il n’hésite pas à faire monter son danseur étoile à dos d’éléphant et exhiber un tigre sur scène. Si les séquences dansées alternent avec des scènes de pantomimes, Petipa n’en accroît pas moins la technicité des variations des solistes. On peut citer à cet égard la redoutable série de fouettés d’Odile à l’acte III du Lac des cygnes. Néanmoins, Petipa tient compte des aptitudes de ses interprètes, qu’il cherche à mettre en valeur. C’est à Petipa également que l’on doit la structure du pas-de-deux en quatre parties : adage, variations masculine et féminine et coda ainsi qu’un premier développement des rôles masculins.

Une reconnaissance tardive en France

Malgré l’immense renommée dont jouit Marius Petipa dans toute l’Europe et la vénération dont il fait l’objet en Russie, il faut attendre 1960 pour que l’Opéra de Paris présente son premier ballet intégral d’après Petipa. C’est sous l’influence russe que l’oeuvre de Petipa est diffusée progressivement en France. La première étape est initiée par les Ballets russes de , qui présentent des extraits du Lac des cygnes, de La Belle au bois dormant et de Casse-Noisette en France ; la seconde est liée aux tournées en Europe du Bolshoï et du Kirov dans la seconde moitié des années 1950, qui font connaître La Bayadère, Don Quichotte, Le Corsaire et Raymonda.

Enfin, l’action de Rudolph Noureev a été décisive pour faire connaître l’oeuvre de Petipa en France. S’insurgeant devant l’oubli du maître dans sa patrie natale (« Vous, en France, n’avez même pas conservé Petipa au répertoire ! » s’exclame-t-il dans une interview donnée à France Soir en 1969), Rudolph Noureev se donne pour mission de transmettre les oeuvres de Petipa, dont il a interprété tous les grands rôles au Kirov. Il produit ainsi six grands ballets d’après Marius Petipa pour l’Opéra de Paris. Raymonda (1983), Le Lac des cygnes (1984), Casse-Noisette (1985), La Belle au bois dormant (1989), Don Quichotte (1983) et La Bayadère (1992) voient à nouveau le jour dans une version qui réduit la part de la pantomime et développe les rôles masculins. Ce sont ces versions, que nous pouvons encore voir aujourd’hui sur les scènes de l’Opéra national de Paris.

Bibliographie

  • Dictionnaire de la danse, sous la direction de Philippe Le Moal, Larousse, 2008
  • Programme de l’Opéra national de Paris, La Bayadère, Noureev, 2010
  • The Marius Petipa society : https://petipasociety.com/about/
  • Sylvie Jacq-Mioche, « De quoi Petipa est-il le nom ? », Centre national de la danse, 2018
  • Aurélie Bergerot, « Un Pont déterminant entre Petipa et l’Opéra de Paris : la figure de Rudolph Noureev », Centre national de la danse, 2018

Crédit photographique : 1. Marius Petipa ; 2. Olga Preobrajenska et Alfred Bekefi dans Le Corsaire, 1899, photographies libres de droits.

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