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Douleurs sacrées par Vox Luminis à Metz

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Metz. Arsenal. 13-III-2018. Heinrich Schütz (1585-1672) : Les Sept dernières paroles du Christ en croix SWV 478 ; Johann Kaspar Kerll (1627-1693) : Requiem ; Dietrich Buxtehude (1637-1707) : Mit Fried und Freud et Klaglied, BuxWV 76 ; Agostino Steffani (1654-1728) : Stabat Mater. Vox Luminis (direction : Lionel Meunier) ; L’Achéron

Press_Photo, un des meilleurs ensembles vocaux d’aujourd’hui, défend avec éclat un répertoire sacré toujours trop méconnu.

Fondé en 2004 par son directeur artistique , l’ensemble vocal a acquis une réputation sans pareille dans le répertoire qui est le sien (la musique vocale de la Renaissance à l’époque de Bach), avec une prédilection pour le répertoire a cappella, ou accompagné du simple continuo. Pour ses débuts à l’Arsenal de Metz, est accompagné d’un orgue et des violes de L’Achéron, en nombre variable selon les pièces (jusqu’à six) : il n’y a pas de mal à profiter des libertés que laissent les partitions baroques en matière d’accompagnement, et la qualité des instrumentistes est sans reproche, mais il faut avouer que ce choix ne va pas sans une certaine monotonie.

Le concert suit, sur plusieurs générations, une chronologie qui alterne compositeurs protestants (Vox Luminis s’en est fait une spécialité) et catholiques. Le plus ancien, Schütz, donne l’occasion à l’ensemble de mettre en avant ses solistes, la force de la parole chantée comptant ici visiblement plus que la mise en avant de personnalités vocales – l’introduction et la conclusion polyphoniques suffisant à donner une idée de la haute qualité de l’ensemble. Chez le catholique Kerll, écrivant pour la cour impériale, la force des mots ne suffit pas, et la virtuosité est de rigueur – non pas celle d’un soliste, mais celle de l’écriture chorale, et c’est là que Vox Luminis est à son meilleur : ce qu’on entend, avant tout, c’est la partition, avec une clarté dans les textures et les délicatesses harmoniques que cette sobriété ne fait que mettre en évidence, confirmant l’excellente impression laissée par l’enregistrement de cette œuvre.

Après l’entracte, les musiciens interprètent le double chant funèbre de Buxtehude : la première pièce (dévolue habituellement à une voix soliste) est interprétée par le chœur à l’unisson, tandis que la seconde est prise en charge par une soprano seule, qui manque d’ampleur pour une pièce où les qualités instrumentales de la voix ne suffisent pas.

Enfin, retour à la sphère catholique pour le Stabat Mater d’, qui apporte d’Italie des séductions plus immédiates, ne serait-ce que par le jeu d’oppositions entre voix soliste et chœur : Vox Luminis, et c’est là ce qui fait la force de cet ensemble, ne se préoccupe pas de briller par l’opulence sonore ; ici comme chez Kerll, des interprétations plus émotionnelles, plus chaleureuses, ne seraient pas nécessairement hors de propos, mais la retenue de Vox Luminis, jointe à la parfaite homogénéité des voix et à une musicalité d’une remarquable précision, est peut-être la preuve la plus aboutie de la haute qualité musicale, sensuelle, émotionnelle et intellectuelle, d’une musique encore aujourd’hui trop méconnue. Sensuelle, oui : si rigoureuse qu’en soit l’écriture, si austère que puisse en être le contenu religieux, c’est bien aux sens que parle cette si savante musique sacrée.

Crédit photographique : © David Samyn

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Metz. Arsenal. 13-III-2018. Heinrich Schütz (1585-1672) : Les Sept dernières paroles du Christ en croix SWV 478 ; Johann Kaspar Kerll (1627-1693) : Requiem ; Dietrich Buxtehude (1637-1707) : Mit Fried und Freud et Klaglied, BuxWV 76 ; Agostino Steffani (1654-1728) : Stabat Mater. Vox Luminis (direction : Lionel Meunier) ; L’Achéron

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