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Les Dissonances se la jouent romantique à Dijon

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Dijon. Auditorium. 29-III-2018. Richard Strauss (1864-1949) : Le chevalier à la rose, suite de danses tirée de l’opéra op. 59. Alban Berg (1885-1935) : Concerto pour violon et orchestre « À la mémoire d’un ange ». Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n° 4 en mi mineur. David Grimal, violon. Orchestre Les Dissonances

IMG_6855© Gilles Abegg Opéra de Dijon, orchestre sans chef animé par le très charismatique , est toujours très apprécié par le public dijonnais, à cause de sa jeunesse et des élans qui rendent ses interprétations très visuelles et en chassent tout ennui. Le programme de ce soir, savamment dosé, encadre une œuvre difficile par deux autres qui sont plus séduisantes : ainsi l’audition du Concerto de Berg est en quelque sorte adoucie par Strauss et par Brahms.

L’appel de cor qui débute la suite tirée de l’opéra Le Chevalier à la Rose en a surpris plus d’un, et il a fallu quelques mesures pour que le gros de la troupe (importante pour l’occasion) retrouve sa cohésion. Comme on le constatera lors de la symphonie de Brahms, « quand le patron n’est pas là, les souris dansent moins facilement » : la présence de semble donc importante sinon nécessaire à la parfaite mise en place des danses de Strauss. Cependant, on apprécie de beaux moments dans cette première œuvre, notamment le joli son du hautbois et celui du premier violon dans leurs solos respectifs.

Le travail effectué pour la mise en place du Concerto pour violon et orchestre « À la mémoire d’un ange » est assez fabuleux : tout est conduit d’une façon admirable, que ce soit la progression dramatique, le dosage des nuances, la balance entre les pupitres comme celle entre le soliste et l’orchestre. David Grimal sait transmettre l’émotion qui imprègne ce concerto, et ainsi il touche le public malgré sa difficulté d’appréhension. Il est à l’aise dans les cadences du mouvement central comme dans la délicatesse que demandent le début ou la valse du premier mouvement. L’orchestre sait lui aussi jouer tout en finesse, que ce soit dans l’évocation de la tyrolienne ou dans le magnifique choral « Es ist genug« . Et toute la coda traduit magnifiquement l’abandon à une sorte de tristesse empreinte, malgré tout, de sérénité. Le silence qui suit la dernière note en dit long sur l’émotion qui étreint le public.

L’exécution de la Symphonie n° 4 de Brahms (déjà enregistrée par Les Dissonances il y a quelques années) laisse tout un chacun absolument admiratif ; tout est réglé comme dans un ballet classique, rien n’est laissé au hasard. Les coups d’archet se font avec un ensemble confondant, le phrasé est ressenti par tous de la même façon, les réponses entre les pupitres s’enchaînent sans heurts. On est « scotchés » par le travail que cela révèle, d’autant plus que tout se fait avec une aisance qui ne le rend pas pesant, et la mise en place du troisième mouvement abordé avec panache en témoigne. Malgré cette technicité, la musicalité est toujours là, et la perfection du solo de flûte du dernier mouvement n’en est qu’un exemple.

Cette interprétation demande un engagement absolu de la part des musiciens, et visiblement il est nécessaire à ce choix pour cet orchestre auto-géré. Elle pose bien évidemment la question : un chef d’orchestre est-il utile ? Dans ce concert, on peut répondre « oui » pour la Suite de Strauss. Mais on peut aussi se demander si ce choix n’induit pas une certaine outrance dans l’interprétation, option qui serait nécessaire à la cohésion d’un groupe aussi important. En tout cas, elle donne l’impression d’un combat que chacun doit mener, une sorte de corps à corps avec la musique, combat qui est bien dans l’air du temps d’ailleurs. L’aspect visuel est réjouissant, la technique éblouissante mais cela ne prend-il pas le pas sur la spontanéité, et donc, sur le vivant ?

Crédits photographiques : © Gilles Abegg ; David Grimal © Jean-Louis Atlan

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