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Anna Karénine par Christian Spuck à Munich

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Munich. Nationaltheater. 22-IV-2018. Anna Karenina, ballet de Christian Spuck d’après le roman de Tolstoi. Chorégraphie : Christian Spuck ; musique : Rachmaninov, Lutosławski… Décor : Jörg Zielinski, Christian Spuck. Costumes : Emma Ryott. Avec : Erik Murzagaliyev, Alexei Karénine ; Ksenia Ryzhkova, Anna Karénine ; Matthew Golding, Alexei Wronski ; Javier Amo, Stepan Oblonski ; Ivy Amista, Dolly ; Jonah Cook, Konstantin Lévine ; Laurretta Summerscales, Kitty ; Prisca Zeisel, Betsy Tverskaia. Orchestre national de Bavière, direction : Robertas Šervenikas

PB_09_Anna_Karenina__K.Ryzhkova__M.Golding_c_W.HoeslLa pièce est efficace, les danseurs engagés et élégants : il n’y manque au fond qu’un peu de créativité chorégraphique.

Dans les années 1960 et 1970, le ballet narratif a connu une nouvelle jeunesse grâce à des chorégraphes comme John Cranko, Kenneth McMillan ou John Neumeier. Il s’agissait d’abord d’intégrer directement la narration à la danse, au détriment du décoratif et de la géométrie à la Petipa. Et depuis ?

, directeur du ballet de Zurich, a choisi comme eux de partir d’une source littéraire (et quelle source !) pour créer en 2014 un grand ballet narratif dans cette lignée, rien moins qu’Anna Karénine de Tolstoï, mille pages de roman en cent minutes de danse, que le Ballet de Bavière intègre cette saison à son répertoire. La continuité avec les maîtres d’il y a un demi-siècle est patente : même si Spuck ne craint pas de multiplier les rôles sans trop perdre en clarté de narration, la succession de scènes brèves et la concentration sur quelques moments forts de la narration sont très familières, de même que ces grandes scènes de bal qui, à vrai dire, si nécessaires qu’elles soient dans l’intrigue, n’ont pas grand-chose à dire en matière de danse. Spuck, cependant, a un style chorégraphique qui lui est propre : moins tournée vers des morceaux de bravoure à la façon des grands pas de deux de la Dame aux camélias de Neumeier, son écriture cherche d’abord la fluidité : il lui faut d’abord raconter, ce qu’il sait parfaitement faire, en donnant au jeu d’acteur une place plus grande que ses devanciers ; le scénario croisant l’histoire des trois couples principaux est habilement construit pour accommoder l’ample histoire qu’il embrasse, au risque de laisser peu de place à l’intériorité des personnages.

Le plus beau moment, cependant, est justement une scène intime, le solo mélancolique de Lévine, à la fois d’une légèreté de rêve et dansé en bonne partie au sol, jambes et bras se croisant dans des configurations toujours nouvelles : , qui est entré dans la troupe comme stagiaire en 2012 et a gravi les échelons au point de devenir premier soliste dès le début de cette saison, n’est plus un espoir de la troupe, mais un de ses atouts majeurs ; il en fait un moment de poésie dansée qui vaut à lui seul la soirée. Mais ce ballet, avant tout, demande une troupe : la distribution étoilée de ce soir, dominée par l’étoile invitée , frappe moins pour ses personnalités que pour la cohérence et la qualité du jeu d’ensemble. La fraîcheur de jeu de contraste ainsi efficacement avec le grand format tragique de : que demander de plus ?

Est-ce donc cela, la danse narrative au XXI siècle ? Peut-être pas, tant l’ancrage dans une tradition du reste louable reste patent. Au-delà du choix même du sujet, choisir comme contrepoint contemporain à Rachmaninov des œuvres de Lutosławski trop plates pour créer un contraste créatif ne fait pas avancer les choses, et le lien entre musique et danse est particulièrement peu créatif. Mais, dans le sur-place artistique dont se contentent les grandes troupes de danse d’aujourd’hui, réalise du moins une adaptation probe, efficace et prenante.

Crédits photographiques : © Wilfried Hösl

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Munich. Nationaltheater. 22-IV-2018. Anna Karenina, ballet de Christian Spuck d’après le roman de Tolstoi. Chorégraphie : Christian Spuck ; musique : Rachmaninov, Lutosławski… Décor : Jörg Zielinski, Christian Spuck. Costumes : Emma Ryott. Avec : Erik Murzagaliyev, Alexei Karénine ; Ksenia Ryzhkova, Anna Karénine ; Matthew Golding, Alexei Wronski ; Javier Amo, Stepan Oblonski ; Ivy Amista, Dolly ; Jonah Cook, Konstantin Lévine ; Laurretta Summerscales, Kitty ; Prisca Zeisel, Betsy Tverskaia. Orchestre national de Bavière, direction : Robertas Šervenikas

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