Les rares Brigands de Verdi à l’Opéra de Monte-Carlo

La Scène, Opéra, Opéras

Monaco. Opéra de Monte Carlo. 24-V-2018. Giuseppe Verdi (1813-1901) : I Masnadieri, opéra en 4 actes sur un livret d’Andrea Maffei d’après Les Brigands de Friedrich von Schiller .Mise en scène : Leo Muscato. Décors : Federica Parolini. Costumes : Silvia Aymonino. Lumières : Alessandro Verazzi. Avec : Ramón Vargas, Carlo ; Roberta Mantegna, Amalia ; Nicola Alaimo, Francesco ; Alexey Tikhomirov, Massimiliano ; Reinaldo Macias, Arminio ; Mikhail Timoshenko, Moser ; Christophe Berry, Rolla. Chœur (chef de chœur : Stefano Visconti) et Orchestre philharmonique de Monte-Carlo, direction : Daniele Callegari

112-i-masnadieri-piano-g-n--e1524555462915[1]I Masnadieri est une œuvre verdienne suffisamment rare pour saisir l’opportunité offerte par l’Opéra de Monte-Carlo de redécouvrir cette partition de jeunesse. Une mise en scène efficace et une distribution de belle facture de laquelle se distingue le baryton portent l’initiative au succès.

Composée en 1847 pendant « les années de galère » de Verdi, I Masnadieri regarde encore vers Bellini et Donizetti, avec une division classique entre scènes et arias mais elle comprend des pages beaucoup plus originales et d’une expressivité incroyable qui ne sont pas sans annoncer les grandes scènes de Macbeth, Otello ou Don Carlo.

La mise en scène de – ce dernier est devenu célèbre cette saison depuis qu’il a réécrit Carmen à Florence pour qu’elle assassine Don José au lieu de mourir sous ses coups –  n’innove pas mais son efficacité dans l’évocation d’un univers lugubre, violent et cauchemardesque est à saluer. Aucun temps mort, les décors s’enchaînent avec une grande rapidité laissant aux superbes lumières le soin d’établir une atmosphère angoissante à souhait. Nul espoir ici. Chaque protagoniste est enfermé dans ses désirs et les pièges qu’ils recouvrent. Malgré une certaine vacuité du livret, le metteur en scène réussit à bien cerner les contours des personnages tous en quête d’un bonheur qui se dérobe constamment, faute d’aller le chercher là où il se trouve.

À l’appui de ce travail, la distribution est solide mais révèle surtout l’incroyable Francesco de , en très grande forme. Voix sombre et profonde, puissante et large, le baryton distille un phrasé mordant et bénéficie en outre d’un beau jeu scénique qui impose un personnage sans foi ni loi, à la recherche d’une reconnaissance que même Dieu semble lui refuser. Sa scène de folie où le monstre se fissure sous des accents pathétiques est un moment particulièrement intense et son duo avec le père Moser, étonnamment en retrait, de , nous porte sur les mêmes cimes que la confrontation entre Philippe II et le Grand Inquisiteur de Don Carlo.

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Le personnage de Carlo est plus difficile à défendre. Plus traditionnel, il ne bénéficie pas de la même originalité que Francesco. s’y attelle pourtant avec beaucoup de vaillance. Le legato est superbe, la voix reste homogène sur l’ensemble de la tessiture et l’on admire la ligne de chant et le souffle tenu du ténor qui ne cède jamais à l’histrionisme ou à la facilité, malgré la succession meurtrière des morceaux de bravoure.

est une surprise dans le rôle d’Amalia. La voix, un peu métallique, semble surdimensionnée et la soprano ne prodigue pas toujours les couleurs et nuances indispensables à l’émotion. Toutefois, sa technique relève d’une mécanique précise et assez ébouriffante qui lui permet d’affronter crânement trilles et vocalises. Au final, c’est une ovation pour une prestation de haute tenue. La superbe voix profonde, dense et ténébreuse de la basse impressionne d’emblée dans le personnage du Comte Moor, auquel il apporte une grande vérité par l’attention accordée aux mots et au phrasé. Là encore, une performance de haute volée. Enfin, la prestation de en Rolla est aussi courte que marquante par la clarté et la franchise de l’émission et par la présence scénique incontestable.

Le chœur est comme souvent très sollicité chez Verdi, au point de devenir un personnage, sinon central, en tout cas déterminant. Le chœur de l’Opéra de Monte-Carlo apparaît très investi scéniquement pour rendre palpable la marginalité et la dangerosité de ces brigands. Puissant, précis et homogène, il impressionne jusque dans la scène finale où le piège des choix antérieurs se referme sur Carlo.

La musique de Verdi est ce soir brillamment défendue par et l’ qui émeut dès l’ouverture, exposant un solo de violoncelle d’une immense tendresse. Le chef soigne les contrastes entre la vivacité des scènes de groupes et de bravoure, la noirceur et le mordant des introductions consacrées à Francesco et les langueurs d’un lyrisme quasiment bellinien dans les pages d’Amalia. Vibrante, sa direction rend enfin justice à cette partition trop souvent laissée de côté.

Crédit photographique : © Alain Hanel

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