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La puissance d’Anita Rachvelishvili dans son premier album

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Georges Bizet (1838-1875) : « Près des remparts de Séville », « L’amour est un oiseau rebelle » extraits de Carmen. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : « Printemps qui commence », « Mon cœur s’ouvre à ta voix » extraits de Samson et Dalila. Giuseppe Verdi (1813-1901) : « Condotta ell’era in ceppi » extrait d’Il Trovatore, « Ah ! più non vedrò… O don fatale » et « Nei giardin del bello » extraits de Don Carlo. Jules Massenet (1842-1912) : « Werther… Je vous écris de ma petite chambre » extrait de Werther. Dimitri Arakishvili (1873-1953) : « The Legend of Shota Rustaveli » extrait de Misi sakheli Tinatin. Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : « Lyubasha’s Song » extrait de The Tsar’s Bridge. Pietro Mascagni (1863-1945) : « Voi lo sapete, o mamma » extrait de Cavalleria rusticana. Charles Gounod (1818-1893) : « Où suis-je ? O ma lyre immortelle » extrait de Sapho. Anita Rachvelishvili, mezzo-soprano. Barbara Massaro, soprano. Chœur del teatro municipale di Piacenza (chef de chœur : Corrado Casati). Orchestra sinfonica nazionale della Rai, direction : Giacomo Sagripanti. 1 CD Sony Classical. Enregistré entre le 26 et le 29 avril 2017 à l’Auditorium Rai de Turin et le 30 juin 2017 au Palais Garnier. Notice trilingue. Durée : 53:59

 

Ce premier album de la géorgienne atteste, s’il y en avait encore besoin, que la mezzo-soprano a tout d’une grande voix. Entre les rôles qui ont construit sa notoriété, une belle découverte « locale » et une possible orientation vers l’opéra romantique français, c’est une programmation riche et variée que la chanteuse a elle-même sélectionnée.

CD_Anita RachvelishviliLa puissance vocale et expressive de la mezzo-soprano voyage aujourd’hui sur les plus belles scènes lyriques internationales. Ce premier album permet ainsi de retrouver les rôles qui ont fait sa carrière et sa notoriété : ses débuts en 2009 à la Scala en Carmen avec à ses côtés Jonas Kaufmann, découverte par Daniel Barenboim à la baguette dans cette production (« Près des remparts de Séville », « L’amour est un oiseau rebelle »), un rôle majeur qu’elle interpréta par la suite plus de trois cents fois ; sa Lioubacha dans La fiancée du Tsar de Rimsky-Korsakov où la chanteuse a fait preuve à Berlin en 2013 d’une intensité dramatique hors norme (« Lyubasha’s Song ») ; sa Dalila qui lui permet d’exposer à Bastille en 2016 une présence éminemment souveraine (« Printemps qui commence » et « Nei giardin del bello » avec Barbara Massaro) ; et enfin son Azucena attendue par les parisiens en juin prochain alors que l’artiste a littéralement brûlé les planches avec cette incarnation, que ce soit à Londres comme à New-York (« Condotta ell’era in ceppi »). Il est étonnant toutefois que la chanteuse n’ait pas sélectionné son Amneris pour cet enregistrement, car que ce soit à Turin en 2015 où plus récemment à Orange l’année dernière, c’était bien le talent électrisant de la chanteuse qui sauvait les spectateurs de l’ennui, alors que sa puissance de feu dans ce rôle se matérialisait dans la mise en scène d’Olivier Py à Bastille en 2016.

Un disque, que ce soit le premier ou non, donne aussi l’occasion aux chanteurs lyriques d’exprimer leurs envies : les rôles dans lesquels ils souhaiteraient évoluer dans les années à venir. Pour Anita Rachvelishvili, apparemment, c’est l’opéra romantique français qui la tenterait le plus : entre la Charlotte de Massenet (« Werther… Je vous écris de ma petite chambre ») et la Sapho de Gounod (« Où suis-je… Ô ma lyre immortelle »), la mezzo reste dans la tonalité des incarnations dramatiques dans laquelle elle se distingue. La diction reste encore à perfectionner (surtout les voyelles), mais ceci paraît bien anecdotique au regard de la qualité du chant et de la singulière interprétation de ces airs. Ce disque est aussi l’occasion pour la chanteuse de mettre en lumière ses racines géorgiennes à travers l’air envoûtant de Dimitri Arakishvili, extrait de La Légende de Chota Roustaveli, considéré comme le chef-d’œuvre lyrique national dans le pays.

Anita Rachvelishvili enchaîne ici les tubes et démontre que l’on a à faire à l’une des plus grandes voix actuelles. C’est avec toute la force et la conviction qu’on lui connaît, que son timbre cuivré se déploie, porté par une intelligence interprétative manifeste. Le chant suprême de la mezzo jaillit sans détour, non pas par la démonstration d’une technique vocale exemplaire, mais bien par une profondeur et une intériorité expressives, l’artiste excellant particulièrement dans des piani aériens. Il est dommage malgré tout que la prise de son ne soit pas toujours à l’avantage de cette grande musicienne, le micro positionné trop près grossissant quelques défauts certainement anodins dans une salle. Ce constat prouve surtout que la meilleure expérience qu’il soit est de retrouver, pour les plus chanceux, Anita Rachvelishvili sur scène.

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Georges Bizet (1838-1875) : « Près des remparts de Séville », « L’amour est un oiseau rebelle » extraits de Carmen. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : « Printemps qui commence », « Mon cœur s’ouvre à ta voix » extraits de Samson et Dalila. Giuseppe Verdi (1813-1901) : « Condotta ell’era in ceppi » extrait d’Il Trovatore, « Ah ! più non vedrò… O don fatale » et « Nei giardin del bello » extraits de Don Carlo. Jules Massenet (1842-1912) : « Werther… Je vous écris de ma petite chambre » extrait de Werther. Dimitri Arakishvili (1873-1953) : « The Legend of Shota Rustaveli » extrait de Misi sakheli Tinatin. Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : « Lyubasha’s Song » extrait de The Tsar’s Bridge. Pietro Mascagni (1863-1945) : « Voi lo sapete, o mamma » extrait de Cavalleria rusticana. Charles Gounod (1818-1893) : « Où suis-je ? O ma lyre immortelle » extrait de Sapho. Anita Rachvelishvili, mezzo-soprano. Barbara Massaro, soprano. Chœur del teatro municipale di Piacenza (chef de chœur : Corrado Casati). Orchestra sinfonica nazionale della Rai, direction : Giacomo Sagripanti. 1 CD Sony Classical. Enregistré entre le 26 et le 29 avril 2017 à l’Auditorium Rai de Turin et le 30 juin 2017 au Palais Garnier. Notice trilingue. Durée : 53:59

 
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