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Soirée Thierrée/Shechter/Pérez/Pite à Garnier

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Paris. Palais Garnier. 22-V-2018. Frôlons. Chorégraphie, musique originale, scénographie et costumes : James Thierrée. Assistant(e) chorégraphie : Thi Mai Nguyen.
The Art of Not Looking Back (entrée au répertoire). Chorégraphie : Hofesh Shechter. Musique enregistrée : Hofesh Shechter, John Zorn, Johann Sebastian Bach, Nitin Sawhney. Costumes : Becs Andrews.
The Male Dancer. Chorégraphie : Iván Pérez. Musique : Arvo Pärt. Costumes : Alejandro Gómez Palomo.
The Seasons’ Canon. Chorégraphie : Crystal Pite. Musique : Max Richter, Recomposed : Antonio Vivaldi The Four Seasons. Décors : Jay Gower Taylor. Costumes : Nancy Bryant. Lumières : Tom Visser. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris.

Cette soirée présentant un panel de la création contemporaine marque aussi le retour attendu du chef-d’œuvre de , The Seasons’ Canon, sur la scène de Garnier. La première partie de la soirée a pu en revanche laisser dubitatif.

Il aura fallu attendre le dernier volet de ce quatuor pour assister à la pièce maîtresse de la soirée, The Seasons’ Canon de la chorégraphe canadienne de génie, . Créée en 2016 pour le Ballet de l’Opéra de Paris, cette pièce a connu un succès immédiat. Il faut dire que tout contribue à en faire une réussite : la musique de qui revisite les Quatre saisons de Vivaldi, l’imagination débordante de la chorégraphe qui nous plonge dans un univers à la fois organique et tellurique, l’ensemble de cinquante-quatre danseurs à l’unisson, et des solistes habités, comme , , ou .

La chorégraphe réussit l’exploit de faire se mouvoir un groupe de danseurs comme un seul être, à fondre ces individualités en un tout organique. Les parties les plus réussies sont ces canons humains, où le geste de l’un entraîne celui du suivant et ainsi de suite à l’infini, comme une seule respiration. Les canons de bras sont époustouflants de précision, en harmonie avec le canon musical. Le rythme, parfois, ralentit et des duos onctueux ou à l’énergie brute, viennent s’intercaler dans ces mouvements d’ensemble. Le seul reproche que l’on pourrait faire à cette pièce est le séquencement en tableaux qui casse le rythme et fait perdre à la pièce un peu de son souffle.

En ouverture de la soirée, la dimension animale s’est retrouvée aussi dans la pièce de . Inspiré par l’univers du cirque et du cinéma, Thierrée a conçu Frôlons comme une circulation dans les espaces de l’Opéra Garnier. Inclusive, quasi participative, la pièce parvient à faire interagir le public qui n’aura jamais été aussi proche des danseurs. Ceux-ci déambulent, en combinaisons dorées, dans l’escalier, le foyer ou les étages du Palais, au beau milieu des spectateurs. Des bêtes étranges, à dos écaillé et carapace, frôlent les jambes des spectateurs, qui reculent, effrayés ou amusés. Caméléons, les danseurs se transforment en insectes, à une ou deux têtes, corps entremêlés comme dans un accouplement d’insectes. Étonnante, surprenante, démocratique, car, peu importe le prix de sa place, chacun peut se retrouver aux premières loges, cette pièce de Thierrée remplit son rôle d’ouverture de la soirée, sans aller au-delà.

Après ce préambule, les deux pièces suivantes se font écho. Toutes deux d’une durée de 20 minutes, la première est conçue pour neuf danseuses, la seconde pour dix danseurs.

The Art of Not Looking Back, du chorégraphe israélien , a été créé en 2009 par l’ : il ne s’agit donc pas d’une nouvelle création mais d’une entrée au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. La pièce s’ouvre dans un fracas, un grésillement à un volume sonore tel que les ouvreuses distribuent des boules Quiès avant le début du spectacle. Dans un décor minimaliste, plateau blanc seulement orné de deux cubes blancs de part et d’autre de la scène, les danseuses évoluent en un groupe anonyme.

Autobiographique, la pièce exprime le traumatisme causé par l’abandon du chorégraphe par sa mère, à l’âge de deux ans. Une certaine poésie se dégage dans le dernier tableau avec les accents délicats de dans Fragile Wind. Mais l’ensemble, peu adapté aux dimensions de la scène et de la salle, reste éprouvant pour le spectateur.

The Male Dancer, du chorégraphe espagnol de 35 ans , est une nouvelle création pour l’Opéra de Paris. Si la musique mystique du Stabat mater d’ crée un contraste reposant avec la bande son d’, la pièce provoque vite un sentiment d’ennui, face au manque de rythme, à la lenteur de la progression des danseurs et à la pauvreté technique. Inspiré par le livre de Ramsay Burt, The Male Dancer, écrit en 1995, Pérez  s’interroge sur l’image et la place de l’homme-danseur. Il évoque la figure de grands danseurs de légende, comme Vaslav Nijinski, à travers la figure du Faune, interprété par . se voit attribuer un joli solo où le mouvement du corps est tout entier guidé par le bras, sur lequel semble ruisseler une goutte d’eau. Les costumes d’Alejandro Gómez Palomo, bariolés et loufoques, créent un contraste incongru avec la sobriété de la chorégraphie. L’apparition finale d’un danseur – Yvon Demol – seul sur scène et attifé d’une spectaculaire robe de chambre orange à col en fourrure, confine au ridicule.

Cette soirée inégale a le mérite de présenter des chorégraphes venus d’horizons très divers, mais excepté The Seasons’ Canon, ces pièces ne donnent pas matière aux danseurs du Ballet de l’Opéra à faire montre de l’étendue de leur talent. Seule Crystal Pite parvient à provoquer une véritable émotion et connexion avec le public.

 Crédits photographiques : © Agathe Poupeney/ONP

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Paris. Palais Garnier. 22-V-2018. Frôlons. Chorégraphie, musique originale, scénographie et costumes : James Thierrée. Assistant(e) chorégraphie : Thi Mai Nguyen.
The Art of Not Looking Back (entrée au répertoire). Chorégraphie : Hofesh Shechter. Musique enregistrée : Hofesh Shechter, John Zorn, Johann Sebastian Bach, Nitin Sawhney. Costumes : Becs Andrews.
The Male Dancer. Chorégraphie : Iván Pérez. Musique : Arvo Pärt. Costumes : Alejandro Gómez Palomo.
The Seasons’ Canon. Chorégraphie : Crystal Pite. Musique : Max Richter, Recomposed : Antonio Vivaldi The Four Seasons. Décors : Jay Gower Taylor. Costumes : Nancy Bryant. Lumières : Tom Visser. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris.

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