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Beatrice Rana séduit dans Beethoven au Festival Radio France

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Montpellier. Le Corum, Opéra Berlioz. 16-VII-2018. Guillaume Lekeu (1870-1894) : Adagio pour quatuor à cordes et orchestre à cordes. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Concerto pour piano et orchestre n° 4 en sol majeur op. 58. Claude Debussy (1862-1918) : Ibéria, extrait des Images pour orchestre. Manuel De Falla (1876-1946) : Le Tricorne, extraits des Suites 1 et 2. Beatrice Rana, piano. Orchestre Philharmonique Royal de Liège, direction : Christian Arming

thumbnail_1607_Iberia_2L’ se produisait au Festival Radio France sous la direction de avec en soliste la pianiste . Le programme, aussi éclectique qu’original, a enthousiasmé un public nombreux, touché par le talent de la jeune artiste mais aussi par l’atmosphère festive de la deuxième partie de soirée.

L’Adagio pour cordes de Lekeu constitue une entrée en matière de choix. D’une beauté pénétrante, son thème initial porte la couleur du deuil. Cette interprétation fait ressortir la pureté des lignes jouées par chaque soliste et la gravité poignante des violoncelles plongés dans le recueillement, envahis par une mélancolie douloureuse. Les cordes et son premier violon cristallin parviennent toutefois à faire apparaître un bref éclat de lumière.

Changement de tonalité avec le Concerto n° 4 de Beethoven. a inscrit depuis peu de temps cette œuvre à son répertoire. On connaissait son amour inconditionnel pour Bach, ses affinités profondes avec Prokofiev et Brahms. Dans Beethoven, l’alchimie opère pleinement avec un naturel déconcertant et une lecture très fouillée d’une rare finesse. ‎ Les tous premiers accords, joués de manière droite à un tempo plutôt allant, nous rappellent que cette œuvre est un trait d’union entre le classicisme et le romantisme. L’approche du point de vue du style trouve le bon compromis entre un héritage classique et un regard tourné vers l’avenir. Mené par un attentif et très précis, l’orchestre est à la hauteur de ce qui proposé par la soliste. Majestueuses, les lignes directrices chantent tandis que les tutti résonnent avec conviction. Variant à merveille les textures et les contrastes, la jeune pianiste fait entendre sa propre voix portée par un sens opératique de premier plan. Poétique dans les plages intimistes, son jeu semble dévaler sur du velours dans les traits enlevés. De même, il sait être autoritaire. notamment dans les cadences, modèles du genre où on retrouve ce caractère rageur inhérent à Beethoven. Après un Adagio déchirant et bouleversant de vérité, le Rondo libère côté clavier un jeu rhapsodique des plus nuancés. Galvanisé par une énergie lumineuse, il est en accord avec les intentions orchestrales d’une grande clarté architecturale. Beatrice Rana revient offrir en bis la transcription par Liszt de Widmung, un lied de Robert Schumann. À cœur ouvert, les voix soulignent avec amour des harmonies passionnées.

Après l’entracte, la suite du programme met à l’honneur la culture ibérique. Tout d’abord avec les Images pour orchestre de . Son écriture est ici extrêmement détaillée tel le peintre pointilliste qui use d’une multitude de points. Ibéria est conçue en trois tableaux. Le premier se distingue par son rythme de danse populaire, la Sevillana, joué aux castagnettes et par le tambour de basque. L’orchestre trouve un équilibre de jeu idéal, parfaitement en place. Avec une touche sensuelle, chaque pupitre (dont des bois magnifiques) instaure un climat animé. Puis, les Parfums de la nuit s’ouvrent sur un jardin suggestif aux sonorités subtiles tel un tableau impressionniste. Poésie enchantée, nuances tamisées… On est frappé par la transparence de ces motifs complexes. Le rythme d’habanera est irrésistible et c’est un sentiment fluide d’exaltation qui s’élève. Le thème de marche du dernier volet, Le matin d’un jour de fête, est un flamboyant épisode empreint d’une bonne humeur communicative.

Composées par , les suites pour orchestre du Tricorne ont été créées en 1919 pour Serge Diaghilev et les Ballets russes (les décors et les costumes sont signés Picasso lors de la Première). L’histoire se passe dans un village du sud de l’Espagne, vers la fin du XVIIIe siècle et tient plutôt de la farce truculente, avec sa coquine meunière jouant les séductrices au nez et à la barbe de son mari. Les danses espagnoles se succèdent avec faste et variété, menées par l’énergique chef. L’Andalousie semble tout près et on imagine aisément les protagonistes, cette foule composée de voisins, d’officiels, de paysans et de mendiants. Une dimension festive prend vie dans ce folklore exacerbé. Les qualités instrumentales des solistes sont décidément au premier plan. Dans la deuxième suite, des senteurs au parfum enivrant laissent place à des parties très rythmées. La jota finale ne manque pas de soulever l’enthousiasme du public, séduit par la version généreuse d’un orchestre en pleine possession de ses moyens.

Crédits photographiques : © Luc Jennepin

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