Vanitas de Sciarrino à Munich ou la fragilité humaine

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Munich. Reithalle. 19-VII-2018. Salvatore Sciarrino (né en 1947) : Vanitas, nature morte en un acte pour voix, violoncelle et piano. Mise en espace : Giulia Giammona. Décor : Linda Sollacher. Marzia Marzo, mezzo-soprano. Yves Savary, violoncelle. Jean-Pierre Collot, piano

VanitasMagnifiquement écrite pour la voix, l’œuvre de , Vanitas, est servie par des interprètes idéaux et efficacement traduite en scène.

Dans le cadre de son festival annuel, l’Opéra de Bavière propose depuis longtemps, sous des titres divers, une programmation de théâtre musical contemporain, qui comprend cette année notamment deux exécutions d’une des œuvres majeures de , Vanitas, composée en 1981. À première vue, rien dans ces cinquante minutes de musique ne paraît la prédestiner à la scène : conçu comme une vaste anamorphose d’un standard de jazz des années 20, Stardust, à vrai dire presque indiscernable, Vanitas est construit sur des textes d’origine et de langue diverses, sans évolution discernable, sans construction dramatique. Le spectacle selon l’approche de Giulia Giammona, assistante de mise en scène à l’Opéra, a pourtant une force évocatrice et une intelligence théâtrale qui légitiment d’emblée l’entreprise.

Le titre de l’œuvre le dit : la fragilité de la vie humaine en est le thème central, et la mezzo , toute maquillée d’un blanc fantomatique, entre sur scène appuyée sur deux longues béquilles, soutiens mais aussi tiges qui font d’elle une marionnette que manipulent trois figurantes – Parques, marionnettistes, danseuses dont les mouvements font penser à différentes formes du théâtre japonais. Le Japon comme les marionnettes (celles de sa Sicile natale) ont une place importante dans l’œuvre abondant de Sciarrino, et cette lenteur, cette mise à distance du corps, cette tension entre l’humain et l’inanimé vont parfaitement à cette musique où la vie palpite même au travers des plages d’immobilité. Ce spectacle d’une délicate émotion est la très bonne surprise de ce qui aurait pu être un simple concert qui aurait suffi, par sa qualité interprétative, au bonheur des spectateurs. , membre de la troupe de l’Opéra de Wurtzbourg, après avoir passé deux ans au sein du studio lyrique de l’Opéra de Bavière, a des qualités instrumentales éminentes, et une capacité à donner naturel et chaleur aux ornements si particuliers de l’écriture vocale de Sciarrino, qui sait écrire pour la voix comme peu de compositeurs d’aujourd’hui.

Elle est accompagnée par le violoncelliste , soliste au sein de l’orchestre de l’Opéra de Bavière, et par le pianiste , l’un en une sorte d’écho à ce que dit la voix, l’autre créant autour de ces figures de la fragilité une structure temporelle en quelque sorte vivante, qui ne se laisse pas saisir par le temps mesuré. Une œuvre singulière, des interprètes engagés et compétents, un spectacle qui sait faire voir les enjeux de l’œuvre : une courte mais grande soirée.

Crédits photographiques : © Wilfried Hösl

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