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Le festival de Copenhague en 1938

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La présentation des programmes officiels des premiers festivals de musique nordique constitue une belle occasion d’écrire, à grands traits, une série de pages s’inscrivant dans la grande histoire de la musique scandinave puis nordique trop peu connue du reste de l’Europe. Pour accéder au dossier complet : Festival de musique nordique

 

copenhague_3Ce dernier Festival nordique avant la Deuxième Guerre mondiale fut précédé au XXe siècle par ceux de Copenhague en 1919, d’Helsinki en 1921, de Stockholm en 1927, d’Helsinki en 1932 et d’Oslo en 1934. Les suivants se dérouleront après la fin de la guerre, en 1947 à Stockholm et en 1948 à Oslo. Les manifestations organisées dans la capitale danoise en 1938 témoignent de la richesse époustouflante de la création musicale des pays nordiques.

Au cours de l’année 1938, le monde se déstabilise et marche inexorablement vers la guerre. En Allemagne, Hitler est devenu chef suprême des forces armées en février et le pays est mobilisé en août. En septembre, il exerce une forte pression sur la Tchécoslovaquie pour s’approprier les Sudètes aboutissant aux Accords de Munich. En mars de la même année, l’Autriche est annexée par le Troisième Reich. La France mobilise le 26 septembre. De leur côté, les États scandinaves, gouvernés par des partis socialistes modérés positionnés dans la tradition démocratique, restent fidèles à leur politique de neutralité affichée.

Dans sa parution datée du 7 octobre 1938, Le Ménestrel (1), sous la plume d’Herbert Rosenberg (2), rend compte des manifestations proposées au public de Copenhague un mois auparavant : « Copenhague. Le Huitième Festival des Pays Scandinaves a eu lieu du 3 au 9 septembre. Y ont participé : le Danemark, la Finlande, l’Islande – pour la première fois -, la Norvège et la Suède. Les chefs des divers pays, parmi eux Odd Grüner-Hegge (Oslo), Georg Hoeberg et Erik Tuxen (Copenhague), Tor Mann (Göteborg) ont dirigé cinq concerts avec l’orchestre de la radio danoise. De plus ont eu lieu deux matinées de musique de chambre et deux concerts d’église, dont un consacré à la musique ancienne. Le Festival a donné une vue d’ensemble de la musique contemporaine de la Scandinavie.

Excepté Sinding et Sibelius, les compositeurs figurant aux programmes appartenaient à la jeune génération. Le style de presque toutes les compositions était étranger à toute influence au folklore, sauf la seule exception des  œuvres des Norvégiens Geirr Tveit (fragments des Songes de Baldur) et Eivind Groven (deuxième mouvement de l’œuvre symphonique Le Fiancé). Mais même ces deux compositeurs, en dépit de leur origine nationale, ont un style moins limité et se servent d’une technique inspirée par Bartók et Stravinski. L’œuvre la plus remarquable des Norvégiens fut celle du jeune Harald Sæverud, avec sa Suite pour orchestre Lucrecia (orchestration raffinée et limpide, musique d’un caractère descriptif et psychologique).

Le programme finlandais ne semble pas d’un intérêt spécial. La Suède nous avait envoyé une Sinfonia espressiva n° 2 de Gösta Nystroem, qui remporta un succès éclatant et bien mérité (style très moderne avec expression pathétique et grave). Une spirituelle et amusante ouverture d’un opéra bouffe de Hilding Rosenberg fit très bonne impression. L’œuvre la plus importante du programme danois, jouée en première audition, était une composition pour orchestre, chœur et solistes, Les cinq cygnes de Finn Høffding (simplicité combinée avec chaleur et élaborée avec une technique moderne remarquable). La Sinfonia moltobreve de Ebbe Hamerik et un Concertino pour flûte et orchestre de Sv. E. Tarp ont un relief marquant.

Parmi la musique de chambre, citons les Variazioni interrotti op. 12 pour clarinette, basson, violon et violoncelle de Jörgen Bentzon, inspirée par le style allemand de l’époque 1925, mais néanmoins avec des traits personnels, et un Quintette pour flûte, clarinette, ainsi qu’un Trio de violons de Franz Syberg. Enfin Trois Motets pour chœur a cappella composés dans le style de Palestrina et répandant une fraîcheur inattendue de la part d’un pastiche. »

3 septembre 1938, première manifestation avec un concert orchestral de musique islandaise

Le compositeur le moins méconnu du monde islandais était Jón Leifs, né en 1899,  qui devait effectuer une grande partie de sa carrière en Allemagne d’où il réussira à s’enfuir en direction de la Suède en 1943, seulement avec sa femme d’origine juive et ses deux filles. On interpréta sa Petite trilogie pour orchestre (Trilogia piccola) op. 1 et la Musique pour la pièce de Johann Sigurjönsson. La première œuvre écrite entre 1919 et 1924 fut donnée à Karlsbad en novembre 1925 et lors de ce festival, cette fois sous sa propre direction. L’œuvre s’apparente à un poème symphonique et fait montre de souffle et de rigueur soutenue par une poésie psychologiquement implacable, future marque de fabrication de sa création. Il se décompose en trois mouvements : Praeludium (Lento), Intermezzo (Adagio) et Finale Allegro spirituoso. La seconde pièce programmée, Musique pour Galdra-Loftr op. 6, donnée intégralement en création sous la direction de Leifs, reposait sur un texte de l’écrivain islandais Johann Sigurjönsson (1880-1919), auteur  souvent inspiré par les sagas et le folklore islandais.

De Sigurdur Thórdarson (1895-1968), diplômé d’une école de commerce  de Reykjavik ayant affiné sa formation musicale en Allemagne au Conservatoire de Leipzig en 1916-1918 et fondateur du Chœur d’hommes de la capitale islandaise, on interpréta une Ouverture en style classique op. 9.

Les quatre compositeurs suivants, sans démériter, n’ont pas réussi à percer au plan international. Thorarínn Jønsson (1900-1974) avec Smalavisa (texte de Th. Jønsson). Elève de Isólfsson, il enseigna la théorie de la musique aux membres de l’orchestre philharmonique de Berlin entre 1927 et 1929. Il ne retournera au pays qu’en 1950. Une grande partie de sa musique sera détruite à Berlin au cours du conflit mondial. Markus Kristjánsson (1902-1931), compositeur islandais, professeur de chant, chef d’orchestre  et organiste fut représenté par Gott er sjukum ad sofa (texte de David Stefansson). Deux œuvres de Sigfús Einarsson (1877-1939), élève d’August Enna à Copenhague, organiste à Reykjavik en  1911, furent proposées : Gigjan (texte de Benedikt Grönda) pour voix et instruments et Mélodie populaire islandaise dans une version orchestrale de Sv. Chr. Felumb. Trompettiste, pédagogue  et compositeur, Karl Otto Runólfsson (1900-1970) étudia à Copenhague en 1926-1927 figura avec ses Trois mélodies populaires islandaises pour orchestre.

A la différence des précédents, Páll Isólfsson (1893-1974), compositeur solide, organiste réputé, pianiste, chef d’orchestre et chanteur, se positionne comme l’un des grands maîtres de la musique islandaise du XXe siècle. Élève de Sigfús Isólfsson, il poursuivit sa formation à Leipzig et Paris. Il apparaît dans ce festival avec son Introduction et Passacaille pour grand orchestre dont il existe une version pour orgue antérieure. L’Orchestre symphonique de la Radio danoise et le Chœur de la Radio furent dirigés par Jón Leifs et Páll Isólfsson. La participation de Svend Methling comme récitant et Maria Markan comme chanteuse fut retenue.

5 septembre 1938, deuxième journée avec un premier concert d’église

La musique d’église bénéficiait d’un grand intérêt et suscitait depuis des années de nombreux débats, notamment au Danemark. Carl Nielsen y participa en son temps, en ce qui concerne l’orientation que devait privilégier ce registre entre strict respect de la tradition et une certaine modernité.

Organiste et compositeur, membre de l’Association des organistes danois, Otto Sandberg Nielsen (1900-1941) fut représenté par son œuvre pour orgue seul de 1937 : Preludium-Trio-Ciacona pour orgue, op. 11, tout comme Emilius Bangert (1883-1962), assureur, élève puis ami de Carl Nielsen entre 1902 et 1907 qui était aussi organiste et critique musical. Ses Trois Chants spirituels furent retenus : Jesus, Døden Overvinder (texte de N.F.S. Grundtvig), Den klare Sol gaar ned (texte de Thomas Kingo), I Kriste, ruster eder ! (texte de Falkner/Brorson). Il y eut aussi Niels Otto Raasted (1888-1966) avec sa Sonate pour violon et orgue, op. 45, composée en 1925. Il devint organiste de la cathédrale de Copenhague à partir de 1924 et fonda et dirigea l’Association Bach du Danemark (1925-1945). Influencé par Bach, Max Reger, dont il fut l’élève à Leipzig, et la musique de la Renaissance.

Du grand érudit et musicologue de renommée mondiale Knud Jeppesen (1892-1974), élève de Carl Nielsen, entre autres, et grand connaisseur de la musique polyphonique de la Renaissance, apparurent Quatre motets pour chœur mixte : Gud, vend Øren, til min Bøn ; Een Ting har jeg begaeret af Herren ; Herre, hvor er mine Fjender mange ! ; Jeg sletted son Taage. On interpréta également le Concerto pour orgue, piano et orchestre à cordes, op. 49, composé en 1921, de Jens Laursøn Emborg (1876-1957). Inspiré par Reger, souvent joué à Copenhague dans les années 1920, Emborg avait étudié en Allemagne en 1912. Les interprètes étaient le Chœur de l’église de Holmen (dir. Knud Jeppesen), l’Orchestre de chambre de la Société pour la musique nouvelle (dir. Niels  Otto Raasted), et les solistes Haakon Elmer (orgue), Ingeborg Steffensen (chant), Emilius Bangert (orgue), Else Marie Brun (violon), Niels Otto Raasted (orgue), Haakon Elmer (orgue) et Paul Nicolet (piano).

5 septembre 1938, deuxième journée avec aussi un concert orchestral de musique finlandaise

Les compositeurs retenus ne manquaient pas de talent, loin de là, mais la gloire de Sibelius éclipsa leurs belles qualités puis l’irruption d’une nouvelle modernité acheva de les marginaliser durablement. Eino Linnala (1896-1973), élève de son compatriote Erkki Melartin,  auteur de deux symphonies  récentes (1927, 1935) influencées par Bruckner, fut représenté par son Ouverture d’orchestre écrite cinq ans auparavant (1933). La programmation n’oublia pas la magnifique Symphonie n° 3 en do majeur op. 52 de Jean Sibelius créée à Helsinki sous sa baguette en septembre 1907. On donna le Concerto pour violon, violoncelle et orchestre de Väiniö Raitio (1891-1945), alors âgé de 45 ans, lequel proclamait que « la musique est  couleur ». Postromantique marqué aussi par Scriabine et plus tard par les avancées modernistes d’un Stravinski, le concerto joué à Copenhague ce jour-là datait de 1936. Il y eut aussi Uuno Klami avec Kalevalasvit. Cette Suite Kalevala de Klami (1900-1961), ancien élève de Melartin, de Ravel (à Paris en 1924-25), de Willner à Vienne (1928-29), remontait à 1932, une révision sera opérée  en 1943. Certaines de ses œuvres furent influencées par les traditions caréliennes, par Sibelius et par la musique impressionniste. La représentation revenait à l’Orchestre symphonique de la Radio  danoise placé sous la baguette de Toivo Haapanen. Les deux solistes avaient pour nom Erik Cronvall (violon) et Yrjö Selin (violoncelle).

6 septembre 1938, premier concert de musique de chambre

On proposa des compositions de créateurs encore vivants venant de tous les pays nordiques. Le Finlandais Yrjö Kilpinen (1892-1959), connu surtout pour ses mélodies (plus de 600 !), de style classique inspiré par le Lied allemand, fut retenu avec une musique de chambre, la Sonate pour violoncelle et piano en fa majeur op. 90 composée en 1936. Otto Mortensen (1907-1986), organiste et pianiste danois, gagna une belle réputation pour ses chansons et pour ses très beaux et nombreux arrangements pour chœur. On chanta Vaarve (texte de L.C. Nielsen) de 1933 et Den nye Sprøjte (texte de H.C. Andersen).

Trois compositeurs danois, ayant connu et souvent fréquenté assez intimement Carl Nielsen, figuraient au programme de ce concert de musique de chambre. Ils appartenaient  au groupe des meilleurs créateurs du XXe siècle même si leur réputation ne dépassa guère les frontières du petit royaume scandinave. Poul Schierbeck (1888-1949), élève de Carl Nielsen et de Thomas Laub, enseigna à l’Académie royale de musique danoise à partir de 1931. On se souvient de lui comme l’auteur de la musique du film de Carl Th. Dreyer, Jour de colère. Dans son beau corpus vocal on choisit Gammel Kjaerlighjed (texte de Jeppe Aakjaer) et Blomsterbrudd (texte de Thor Lange). Le très populaire violoniste danois Fini Henriques (1867-1940), ami de Carl Nielsen, avait élaboré en 1930 la chanson Det døende Barn (texte de H.C. Andersen). Sans lien de parenté avec Carl, Ludolf Nielsen (1876-1939) composa de très belles partitions, notamment orchestrales. Ce chant, Sommerregn (texte d’Aage Lind) date de l’année 1908.

Trois Norvégiens suivirent : Bjarne Brustad (1895-1978) avec Kinderspiele pour piano composé en 1934 ; Sverre Jordan : (1889-1972) avec Aftenstemnig op. 29 n° 2 et Groteske op. 3 n° 2 pour piano seul ; et Gunnar Gjerstrøm (1891-1951) avec Tema con Variazioni pour piano également. La programmation revenait ensuite à cinq  musiciens islandais : Arni Thorsteinsson (1870-1962), compositeur et photographe à Reykyavik  avec Kirkjuhvoll (texte  Gudm. Gudmundsson) créé en 1922 ; Sigvaldi Kaldalons (1881-1946), compositeur et médecin avec Eg lit i anda lidna tid (texte de Halla Eyolfsdottir) pour voix et piano ; Páll Isólfsson (1893-1974) avec Saud thid hana systur mina ? (texte de  Jonas Hallgrimsson) ; Sigurdur Thórdarsson  (1895-1968) avec Vogguljold (Berceuse, texte de Benedikt Gröndal) pour voix et piano ; et Björgvin Gudmundsson (1891-1961) avec I rökkurró, pour piano (1932).

Le Danois Franz Syberg (1904-1955), organiste et compositeur, s’installa à Leipzig en 1922 et retourna à Copenhague en 1928. Son Quintette pour flûte, clarinette, violon, alto et violoncelle remontait à 1931. Enfin,  des chants magnifiquement travaillés de ce maître de la voix suédois  qu’était Ture Rangström (1884-1947) complétaient  la sélection : Orfevs (Bo Bergman) ; Syrsorna (Gunnar Mascoll Silferstolpe) ; Serenad (Bo Bergman) ; Der fløj en Fugl över Sti (Holger Drachmann) ; Den vilde Jagt (J.P. Jacobsen) ; Højsang (Harald Bergstedt). A l’affiche figuraient les solistes suivants : Yrjö Delin (violoncelle), Margaret Kilipinen (piano), Else Jena (chant), Folmer Jensen (piano), Ingebjörg Gresvik (piano), Stefano Islandi (chant),  Haraldur Sigúrdsson (piano), Johan Bentzon (flûte), Poul Allen Erichsen (clarinette),  Gerhard Rafn (violon), Niels Borre (alto), Alberto Medici (violoncelle), Kerstin Thorborg (chant), et Ingemar Liljefors (piano).

6 septembre 1938, un autre concert d’orchestre comprenant uniquement de la musique suédoise contemporaine

Gösta Nystroem. Né en 1890 (il décèdera en 1966), il travailla la composition avec Andreas Hallén et poursuivit sa formation, entre autres, à Paris en 1920. Critique musical à Göteborg (1932-1947), il s’imposa comme compositeur au langage personnel. Sa Symphonie n° 2, « Sinfonia espressiva », composée en 1932-35 avait reçu sa création quelques mois plus tôt à Göteborg, le 18 février 1937.

Hilding Rosenberg (1892-1985). Il est le grand moderniste de la musique suédoise et le compositeur le plus marquant de son époque en Suède. Marionetter, op. 73, son opéra composé en 1938 sera donné à Stockholm l’année suivante tandis que seule l’Ouverture fut jouée lors du Festival 1938.

Gunnar de Frumerie (1908-1987). Après une solide formation (il travailla notamment le piano avec Alfred Cortot à Paris), concertiste et pédagogue, laissa un catalogue redevable de la tradition romantique scandinave. Sa Partita pour orchestre à cordes op. 21 est contemporaine de l’exécution du 6 septembre 1938.

La Rhapsodie pour piano et orchestre d’Ingemar Liljefors (1906-1981), pianiste et compositeur influencé par la musique traditionnelle de son pays fut conçue en 1936.

Lars-Erik Larsson (1908-1986), créateur doué et mélodiste incomparable aura exploité tout un panel de styles au cours de sa fructueuse carrière. Sa Passacaglia est extraite de son opéra Princessan av Cypern (La Princesse de Chypre) composé entre 1930 et 1936 et présenté à Stockholm en avril 1937. Les chefs renommés Tor Man et Nils Grevillius dirigeaient l’Orchestre symphonique de la radio.

8 septembre 1938, deuxième concert d’église avec de l’ancienne musique sacrée danoise

De nombreux musiciens furent invités à rejoindre la cour danoise. L’ensemble de ces créateurs, tous d’origine germanique en dehors du Danois  Pedersøn,  jouissaient d’une excellente renommée au temps de leurs activités et seul, de nos jours, Buxtehude bénéficie d’une large notoriété auprès du grand public international. En voici la programmation : Melchior Schildt (1592-1667) avec Preludium en sol majeur pour orgue ; Mogens Pedersøn (v. 1583- 1623) avec Körsatser : Forleen os Freden naadelig, Fader vor udi Himmerig, Sanctus ; Diderich Buxtehude (1637-1707) avec Kyrkokantat, Eders hele Vaerk, i Gerning elle i Tale,  Preludium och fuga en fiss-moll pour orgue ; Johann Adolf Scheibe (1708-1776) avec Motetto con Epicedio ; Friedrich Ludwig  Aemilius Kunzen (1761-1817) avec la Symphonie en sol mineur ; et Christian Ernst Friedrich Weyse (1774-1842) avec Miserere. Les interprètes étaient le soliste Georg Fjelrad, le chœur de garçons de Copenhague et le Det unge Tonekunstnerselskabs orkester sous la direction Mogens Wöldicke.

8 septembre 1938, deuxième concert de la journée consacré à la musique orchestrale norvégienne

Cinq des créateurs les plus notables de Norvège représentaient leur pays en cette année 1938. Leur réputation s’amenuisa sensiblement après la guerre et leurs œuvres ne parviendront pas à intéresser les autres nations musicales. Ludvig Irgens Jensen (1894-1969), autodidacte en matière de composition, suivit les grandes lignes du romantisme allemand. Tema con variazioni en sol mineur fut élaboré en 1925. Eiven Groven (1901-1977) a collecté de nombreux airs traditionnels norvégiens (environ 1800 !). Son œuvre Brudgommen (La Fiancée), épopée symphonique pour soliste, chœur et orchestre fut écrite entre 1928 et 1931 : Jonsok-kveld og Pestvarsel (deuxième mouvement). Harald Saeverud (1897-1992) avec Lucretia-Svit pour orchestre op. 10 de 1936 d’après la musique de scène pour la pièce de Shakespeare Le Rapt de Lucrèce fut écrite en 1935. Sa musique est imprégnée de romantisme scandinave et de néoclassicisme. Compositeur majeur dont une grande partie du catalogue a disparu dans un incendie, Geirr Tveitt (1908-1981) fit entendre des fragments de Baldurs Draumar (Les Rêves de Baldur), chorégraphie en trois actes créée à Berlin en 1935. Christian Sinding (1856-1941), un des héritiers d’Edvard Grieg, fut marqué par le romantisme germanique (Schumann et Liszt). Il réalisa une grande partie de sa carrière en Allemagne. Rondo infinito date de 1886 avec une révision de 1897. Il est âgé de 82 ans lors du Festival. Les interprètes étaient le soliste Erling Krogh au chant, l’Orchestre symphonique de la radio et le Chœur de la radio sous la direction de Odd Grüner-Egge et Geirr Tveitt.

9 septembre 1938, cinquième journée

Deux concerts furent proposés pour la cinquième journée. Il s’agissait d’abord du deuxième concert de musique de chambre remarquable par sa généreuse liste de musiques originaires de tous les pays du Nord, puis : Erland von Koch (1910 – 2009, Suédois) avec sa Sonate pour violon et piano op. 12 de 1937 ; Arne Eggen (1881-1955, Norvégien) avec Som vind på (A. Seippel ), Til Øyde-marki vil mitt hjarte trå (A. Seippel), So skal gjenta hava det (A.O. Vinje), Og det var litin små fugl (Hulda Garborg), Skjoldmø-song (Lavrans Rui) ; Ernst Linko (1889-1960, Finlandais) avec sa Sonatine pour piano op. 23 n° 1 en si majeur de 1935 ; Sulho Ranta (1901-1960, Finlandais) avec sa Toccata, adagio, fuga pour piano op. 50, composée probablement en 1935-1936 ; Jørgen Bentzon (1897-1951, Danois) avec Variazioni interrotti pour clarinette, basson, violon, alto et violoncelle op. 12 ; Sveinbjörn Sveinbjörnsson (1847-1927, Islandais) avec Vetur (Steingrimur Thorsteinsson) pour voix et piano, en do mineur de 1899 ; Thorarinn Jónsson (1900-1974, Islandais) avec Fjólan pour ténor et piano (Páll Jonsson) ; Arni Thorsteinsson (1870-1962, Islandais) avec Rosin (Gudmundur Gudmundsson), 1907 ; Páll Isólfsson (1893-1974, Islandais) avec I dag skein sol (David Stefansson) ; Sigfús Einarsson (1872-1939, Islandais) avec Draumlandid (Gudmundur Magnusson) ; Hallgrímur Helgason (1914-1994, Islandais) avec sa Sonate pour piano en la mineur op. 1, 1936 ; Marius Moaritz Ulfrstad (1890-1968, Norvégien) avec Eg lever dag (Anders Hovden), Blaalikken (Theodor Caspari), In Schmerz sing’ich (Anastasius Grün), Mein Herz und Ich (Waldtraut Berlepsch) ; Fartein Valen (1887-1952, Norvégien) avec Sakontala op. 6 n° 1 (Johann W. von Goethe) pour soprano et piano, 1927 ; Fridtjof Backer-Grøndahl  (1885-1959, Norvégien), fils de la fameuse pianiste Agathe Backer-Grøndahl, avec Morgenstern ; The Brook (Alfred Tennyson) ; Dag Wirén  (1905-1986, Suédois), créateur très intéressant, apparut avec son Quatuor à cordes n° 2, op. 9 de 1935.

Les interprètes étaient le Quatuor Barkel (Charles Barkel, Sven Karpe, Einar Grönwall, Folke Bramme) et les solistes Charles Barkel  (violon), Erland von Koch (piano), Signe Amundsen (chant), Arne Eggen (piano), Ernst Linko (piano), Aage Oxenwald (clarinette), C.R. Espersen (basson),  Gerhard Rafn (violon), Axel Jørgensen (alto), Paulus Backe (violoncelle), Elsa Sigfuss (chant), Valborg Einarsson (piano), Haraldur Sigurdsson (piano), et Waldemar Alme (piano).

9 septembre 1938, deuxième concert  de la journée exclusivement danois

L’oubli relatif des compositeurs programmés lors de ce concert orchestral ne doit pas masquer qu’ils représentaient à l’époque une modernité active et brillante en exercice au cours des dernières années de la vie de Carl Nielsen. Élève de Svendsen puis président de la Société des compositeurs danoise entre 1924 et 1949, Hakon Børresen (1876-1954) composa une musique solide et postromantique, Normannerne (Les Normands), ouverture op. 16, date de 1912 et a été révisée en 1935. Svend Erik Tarp (1908-1994), élève de Jeppesen, pédagogue, occupa divers postes administratifs. Il laisse entre autres 7 symphonies. Son Concertino pour flûte et orchestre, op. 30  datait de 1937. Chef d’orchestre (il travailla avec le célèbre Arthur Nikisch) et compositeur, Peder Gram (1881-1956) devint chef de la Société des compositeurs danoise entre 1918 et 1931 et de l’Orchestre de la Radio danoise de 1937 à  1951.  Sa Symphonie n° 2 en do majeur op. 25, créée le 5 octobre 1926, réclame la participation d’une mezzo-soprano (texte : Erik Stokkebye). Ebbe Hamerik (1898-1951), chef d’orchestre et compositeur, élabora 5 symphonies sous-titrées Ur Cantus firmus dont la première, Sinfonia moltobreve, date de 1937. Knudåge Riisager (1897-1974), élève de Peder Gram, Peder Møller et Otto Malling, travailla aussi à Paris avec Albert Roussel et Paul Le Flem (1921-1923). Il écrivit deux très belles suites orchestrales pour Sfaraffenland (Au pays de cocagne, 1936 et 1940) dont fut tirée une musique de ballet en 1940. Compositeur doué et prolixe, Finn Høffding (1899- 1997) enseigna à l’Académie royale de musique de Copenhague de 1931 à 1969. Influencé par Carl Nielsen. Fem Svaner (Les Cinq cygnes) pour solistes, chœur et orchestre (Hartig Seedorff Pedersen), fut créé lors de ce festival nordique.

Les interprètes étaient l’Orchestre symphonique et le chœur de la Radio dirigés par Georg Høeberg et Launy Grøndahl. Les solistes étaient Holger Gilbert (flûte) et Edith Oldrup Pedersen (chant).

10 septembre 1938, concert de fête

Pour clôturer ce riche festival eut lieu dans la salle de concert de Tivoli, le 10 septembre, un concert de fête avec un programme encore une fois exclusivement nordique. Le plus brillant des chefs d’orchestre, jadis responsable des progrès remarquables de l’Orchestre royal de Copenhague, le Norvégien Johan Svendsen  (1840-1911), ne fut pas oublié car on donna avec sa Festpolonaes (Polonaise de fête) op. 12, une partition très  bien orchestrée mais non inoubliable, écrite en 1873. Protégé du précédent, Carl Nielsen, mort en 1931, compositeur majeur de son temps, figura avec une de ses dernières pièces écrite en 1927 Fantaisie Faroe selon le programme du concert mais dont le titre complet est Un voyage-fantaisie aux îles Féroe. Jean Sibelius,  alors âgé de 73 ans, vivait en solitaire dans sa propriété d’Aïnola, près d’Helsinki et ne composait plus depuis plusieurs années. On interpréta sa fameuse musique, un poème symphonique extrêmement populaire, soutien du nationalisme finnois, intitulée Finlandia (1899) qui des décennies durant porta haut les ambitions d’indépendance de la Finlande en lutte pour la reconnaissance de sa liberté obtenue avec la proclamation de la République de Finlande en 1917. Une création intensément  symbolique de la fière petite nation en quête d’autonomie.

Sigfús Einarsson (1877-1939), figure centrale de la vie musicale islandaise, élève du Danois August Enna à Copenhague, organiste de la cathédrale de Reykjavik (en 1911), chef de chœur renommé, surtout connu pour ses chansons, fut le fondateur et le chef de l’Orchestre de la ville de Reykjavik en 1925. On donna sa Berceuse (Vögguvísa) pour 4 voix (SATB) a cappella. Il devait décéder l’année suivante. S’il est une musique du Suédois Hugo Alfvén (1872-1960) jouée et connue dans le monde entier, c’est bien naturellement Midsommarvaka (La veillée de la Saint Jean), sa première Rhapsodie suédoise op. 19 élaborée en 1903 à Skagen (Danemark) et créée à Stockholm l’année suivante sous la baguette du compositeur. Frederik Kuhlau, allemand émigré au Danemark en 1810, s’intégra rapidement à la culture de son pays d’adoption. Une de ses œuvres les plus célèbres, l’Ouverture de Elverhøj (La montagne des elfes) devint rapidement un incontournable de la vie musicale danoise dès la création de la musique de scène pour cette pièce de J.L. Heiberg en 1828.

L’Orchestre symphonique de la Radio était  dirigé par  Sv. CHr. Felumb et Thomas Jensen. Les manifestations se déroulèrent dans les lieux des concerts (hormis le concert de fermeture) suivants : Odd-Fellow Palaets (grande et petite salles) et les églises de Copenhague (Domkirke et Christiansborgs slotskirke).

Les sélections opérées pour ce riche et curieux Festival de musique nordique de 1938 donnèrent la rare occasion à un large public septentrional d’entrer en contact avec de nombreuses compositions anciennes et récentes en provenance des cinq pays nordiques. Elles permettent également de se rendre compte du succès relativement éphémère de la majorité des créations retenues. Seule une très petite minorité est encore connue de nos jours. C’est dommage car les œuvres oubliées mériteraient, pour le plus grand nombre, de venir flatter notre écoute en ce début de XXIe siècle.

Notes : (1) Compte rendu publié dans le numéro daté du 7 octobre 1938, p. 211. (2) Le Ménestrel. Prestigieuse Revue musicale française (Paris)  hebdomadaire,  publiée entre 1833 et 1940. Elle cessera définitivement le 24 mai 1940 lors de l’Occupation allemande. (3) Herbert Rosenberg (né à Francfort Am Main en 1904 et décédé à Copenhague en 1984) est  un musicologue et pédagogue. Son sujet de thèse à Berlin concernait la chanson allemande au XVe siècle. Il enseigne à Berlin, à Copenhague (1935-1943), au conservatoire de Stockholm (1943-1946). Directeur de la branche danoise d’EMI à Copenhague entre 1946 et 1964. Chef des archives sonores au Musée national du Danemark (1964-1973). Enseigne à Malmö et à Lund en Suède.

Image libre de droit : Affiche « Denmark Copenhagen Fish Market » de 1936 par Thor Bogelund Jensen

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