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À Annecy, le festival Impérial Classic’all renouvelle son affiche

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital, Spectacles divers

Annecy. Hôtel Impérial. Festival Imperial classic’all
22-VIII-2018. Œuvres de Meyerbeer, Ravel, Debussy, Poulenc, Rossini, Mozart… Catherine Trottmann, mezzo-soprano ; Karolos Zouganelis, piano

23-VIII-2018. Œuvres de Bodin de Boismortier, Fauré, Bizet, Folmer, Rodrigo, Collins, Rota… Quintet Trombamania : Clément Saunier, Emmanuel Colombert, Charly Villoteau, Fabien Bollich et Luca Lipari-Meyer

IMG_0981Filant la thématique de « l’invitation au voyage », l’édition 2018 de l’Imperial Classic’all, emmenée par son nouveau directeur , mise sur la diversité des sources et la perméabilité des genres : de la musique écrite à l’improvisation, du domaine vocal aux formations instrumentales les plus atypiques (nonet de saxophones, quintette de trompettes) sont donnés à entendre dans les espaces bien sonnants de l’Impérial Palace d’Annecy.

Les réjouissances se passent en terrasse tout d’abord, à partir de 18h, avec des concerts gratuits et cosy au Hip Bar, où la vue sur le lac est imprenable. C’est le Swing Valse Trio qui tient la scène (Mathilde Febrer au violon, Christine Fonlupt au piano et Grégoire Dubruel à la contrebasse), dans un répertoire allant du jazz manouche de au swing musette de Tony Murena, via le métissage des styles et la fusion des genres.

Dans la grande salle de L’Europe, à 21 heures cette fois, la mezzo-soprano et son pianiste ont concocté un programme en deux temps, musique française et mélodies pour la première partie, répertoire opératique pour la seconde. Pour autant c’est avec un air des Huguenots de , « Nobles Seigneurs, salut! », que la mezzo entre en scène, dévoilant d’emblée l’ampleur de son registre et l’agilité d’une voix qui sait se faire légère dans les vocalises. est tout aussi à l’aise dans la mélodie. La diction est claire et le timbre flexible dans les Cinq mélodies populaires grecques de . Debussy est aussi à l’affiche, centenaire oblige, avec deux mélodies superbement interprétées : sensualité et subtilité dans C’est l’extase (Ariettes oubliées), lyrisme généreux dans Nuit d’étoiles (Théodore de Banville), première des mélodies de Debussy éditées, qui fleure bon la romance. On retrouve dans Chanson perpétuelle de Chausson l’art de la ligne et l’envergure dramatique de la Mezzo alors que l’élégance mondaine et la touche de mélancolie séduisent dans Les Chemins de l’amour de Poulenc, mélodie qui ponctue cette première partie.
Après la pause, les deux Lieder de Mozart, Das Veilchen et Als Luise, sont chantés dans un allemand impeccable. Rappelons que l’artiste a fait partie de la troupe du Staatsoper de Vienne durant plusieurs années. Si l’air de Cherubino, Voi che sapete, manque un rien d’ingénuité dans le ton, celui, non moins célèbre, de Rosine dans Le Barbier de Séville de Rossini (Una voce poco fa) éprouve la vaillance d’une voix souvent sollicitée dans le registre du soprano. Du même Rossini, le cycle Regata Veneziana, moins périlleux vocalement, séduit par sa touche populaire et le vent de fraicheur qu’y fait souffler la chanteuse, dûment secondée par l’accompagnement de Karolos Zougamelis. En bis, la chanson d’ J’ai deux amants (paroles de ), interprétée avec toute la grâce et la finesse de notre chanteuse, entraîne un deuxième rappel de la part d’un public conquis. C’est La danza de Rossini et son rythme effréné de tarentelle qui couronnent la soirée.

Caja negra (Boîte noire) est à la fois le titre d’un album gravé par Pierre Bertrand, compositeur et saxophoniste émérite, et le nom donné à sa compagnie, pratiquant un jazz mâtiné de flamenco. Ils sont en quatuor (saxophone, piano, batterie et contrebasse) pour le quatrième rendez-vous de 18h au Hip Bar et nous font vivre une heure de musique à haute tension, traversée par les très beaux thèmes originaux de Pierre Bertrand, défendus avec ferveur par les trois jazzmen.

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Cinq trompettistes tout terrain

Une vingtaine de cuivres rutilants (petites et grandes trompettes, cornets à pistons, bugles…) tous de la même famille sauf le tuba alto, occupent le plateau de la salle de l’Europe pour le concert de 21 heures, celui du . La formation est unique, tournant depuis vingt ans avec les mêmes partenaires dans un répertoire mêlant pièces originales et transcriptions tous azimuts. En témoigne le Concerto pour cinq flûtes (1727) de (transcription d’) donné en ouverture de concert : une musique énergétique et solaire qui déploie l’insolente virtuosité de nos cinq cuivres semblant ignorer les exigences de l’écriture et autres astreintes physiques de leur instrument. À l’aise également avec son micro, , soliste de l’Intercontemporain rappelons-le, assure la présentation des œuvres et des instruments, avec une verve inimitable.

Si la Sicilienne de Fauré, plus délicate dans le rendu des textures, et l’air de Nadir des Pêcheurs de perles, convainquent un peu moins, Buleria de Trombamania, une pièce originale écrite pour le quintette par Nicolas Folmer, impressionne par l’énergie qu’elle libère. Plus qu’une transcription, c’est une superbe paraphrase du mouvement lent du Concerto d’Aranjuez qu’a réalisée , exploitant les couleurs et les registres des instruments. En relai avec ses partenaires, il exécute les circonvolutions périlleuses de la ligne mélodique ornementale avec un brillant et une légèreté qui sidèrent. Très réussie également est sa transcription des thèmes du Parrain (musique originale de ) recherchant la qualité sensuelle du timbre soliste (Luca Lipari-Meyer) et ses nuances sous l’action des différentes sourdines. Clément Saunier assure quant à lui l’accompagnement « mandoline », un jeu très fin en trémolo dont il a le secret. The murder, seule pièce de la soirée pour les cinq trompettes si bémol, n’est pas une musique de film mais une pièce pour marimba, transcrite sur mesure par l’Américain Phil Collins pour les virtuoses de Trombamania. Le jeu sec et itératif des cuivres évoque ici la percussion des baguettes sur les lames de bois. Le programme s’achève sur un diptyque populaire, issu du folklore irlandais. La virtuosité y est toujours convoquée, à travers des variations de plus en plus rapides sur un thème qui tourne en rond. C’est l’occasion d’une joute endiablée entre les deux solistes soutenus par leurs partenaires. Sans le nommer, Clément Saunier annonce un bis « light »… Rien moins que la Toccata et fugue en ré mineur de Bach, le « cheval de bataille » du quintette, assurément, qu’il joue avec une ardeur et un sens du défi qui galvanisent.

Crédits photographiques : © Michèle Tosi

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