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Liederabend de haute tenue avec Samuel Hasselhorn et Joseph Middleton

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Basse-Wavre. basilique Notre-Dame. 4-X-2018. Franz Schubert (1797-1828) : Sehnsucht D.879, Im Frühling D.882, Das Heimweh D. 456, Totengräbers Heimweh D.842, Erlkönig D.328, Litanei D.343, Nachtstück D. 672. Johannes Brahms (1833-1897) : Schwesterlein, In stiller Nacht, Wach auf du Herzensschöne, Mein Mädel hat einen Rosenmund, extraits des Volkslieder. Robert Schumann (1810-1856) : Heine-Lieder : Tragödie op. 64 n° 3, Du bist wie eine Blume op. 25 n° 24, Mein Wagen rollet langsam op. posth.142 n° 4, Abends am Strand op. 45 n° 3, Die beiden Grenadiere op. 49 n° 1, Belsatzar op. 57. Hugo Wolf (1860-1903) : Eichendorff-Lieder : Heimweh, Nachtzauber, Die Nacht, Der Freund, Seemanns Abschied. Samuel Hasselhorn, baryton ; Joseph Middleton, piano

samuel hasselhornC’est un grand bonheur que de retrouver , dernier et récent premier lauréat du Concours Reine Elisabeth de Belgique de chant, et son partenaire rencontré à cette occasion , pour une liederabend au festival de Wallonie, aussi riche et variée que nuancée.

La soirée commence plutôt mal. Comment le prestigieux festival musical du Brabant wallon et ses partenaires peuvent-il se contenter d’une présentation de concert aussi indigente, réduite à une simple feuille volante, avec les titres des mélodies flanqués non de leur référence au catalogue, mais de leur minutage (!), et juste de courtes notices biographiques des interprètes ? Les œuvres, les compositeurs, le contexte culturel et le genre si importants sont tout simplement ignorés, de petits changements de programme non signalés. Quant à la brochure sommaire et méchamment agrafée regroupant les textes et traductions des lieder, elle est rapidement épuisée et indisponible, vu le succès de la manifestation.

Heureusement il reste l’essentiel et par une connivence de tous les instants les interprètes rapidement nous entraînent vers d’autres sphères. , lauréat de nombreux concours de chant axés principalement sur la mélodie, a été un peu vite et superficiellement présenté après sa victoire au Concours Reine Elisabeth de Belgique comme le digne héritier de Dietrich Fischer-Dieskau. Cela nous semble assez infondé sur les plans de la tessiture et du timbre, notre interprète du jour tirant plus vers le registre d’un pur baryton-basse, avec une certaine fragilité dans l’extrême-aigu, où la justesse d’intonation est parfois plus hasardeuse dans la nuance sottovoce. De plus, son approche textuelle relève d’une expression plus directe, plus charnelle et moins sophistiquée ou purement intellectuelle que celle de son illustre devancier.

Ce programme est conçu comme un itinéraire chronologique, thématique (la nuit et son inquiétante étrangeté, la Nature éternelle) et psychologique (la Sehnsucht si typiquement germanique, l’amitié virile, l’omniprésence lugubre de la mort), au fil d’un petit siècle de création, avec ces cristallisations sublimes d’un univers poétique et musical, consubstantielles au romantisme allemand. Le jeune baryton varie à l’envi les climats par son approche ductile de l’univers de , fin diseur dans Im Frühling ou Litanei, glaçant de dramatisme dans le Totengräbers Heimweh, épique et théâtral, individualisant idéalement chaque personnage au fil d’un haletant Erlkönig. Après ce périple schubertien sans concession, les quatre « simples » Volkslieder de Brahms apportent une détente bienvenue, avant un court entracte salutaire.

La seconde partie du récital associe chaque compositeur à un de ses poètes inspirateurs élus : Heine pour , Eichendorff pour . Pour les premiers, on admire la vaillance vocale dans les trois courtes pages du mini-cycle Tragödie, l’engagement épique au fil des Beiden Grenadiere, ou la morgue glaçante puis la terreur s’emparant de Belsatzar. L’univers nocturne et étrange de la nuit selon les seconds nous valent une Nachtzauber fantomatique, ou une Die Nacht éplorée, sans oublier un héroïsme idoine dans Der Freund ou une ironie mordante dans le Seemanns Abschied.

Il serait injuste de ne pas associer à cette réussite le travail et l’attention de tous les instants du pianiste . Bien plus qu’un simple accompagnateur, il catalyse toute l’énergie de son partenaire (Die beiden Grenadiere), relance sans cesse le discours (Erlkönig), précède ses intentions (Nachtzauber) ou dans les intenses digressions encadrant certain Schumann (Mein Wagen rollet langsam) reprend le fil du discours avec une discrète, exquise et exemplaire musicalité. À un tel point qu’au cours de la Chanson triste d’ offerte en bis, donnée par Samuel Hasselhorn dans un français plutôt approximatif, nous nous surprenons à écouter surtout… le pianiste, pour une conclusion musicale assez inattendue après un tel parcours voué à la poésie et à la mélodie allemandes !

Crédit photograahique : Samuel Hasselhorn © Nikolaj Lund

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