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Musique et politique en Allemagne, années 1933-1949

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Musique et politique en Allemagne, du IIIᵉ Reich à l’aube de la guerre froide. Élise Petit. Presses de l’université Paris-Sorbonne, collection Mondes contemporains. 394 p. 25 €. Avril 2018

 

capture_decran_2018-03-22_a_15.01.28C’est le second ouvrage, plus ample, plus dense aussi, que la musicologue consacre au rapport entre musique et pouvoir en Allemagne sous le régime nazi.

On avait lu avec intérêt Entartete Musik (Bleu Nuit 2015) qu’elle co-signait avec Bruno Giner. De la même autorité de plume, elle réinvestit la période qui suit l’arrivée d’Hitler au pouvoir, en prolongeant cette fois son étude jusqu’en 1949, année marquant la division de l’Allemagne en deux blocs ennemis.

Concernant les années 1933-1945, le propos gravite autour du concept de dégénérescence dans l’art, souvent associé à celui de « Bolchévisme artistique ». Parmi les œuvres « dégradantes pour l’âme allemande » selon la politique du Reich, sont visés la neue Musik (et sa destruction de la tonalité) mais aussi le jazz, taxé de « création juive ». L’exposition Entartete Kunst à Munich en 1933, placée sous la responsabilité de Joseph Goebbels, stigmatise les artistes des années Weimar : « Les œuvres choisies mettant en avant la déformation des corps […] doivent convaincre le visiteur qu’elles ont été conçues par des esprits malades et malsains » lit-on sous la plume de la musicologue. Les artistes « dégénérés » cèdent la place aux « maîtres de la tradition germanique », Beethoven, Mozart, Schubert, Schumann, Bruckner et Wagner, dont la musique avait eu l’avantage d’envoûter Hitler. On n’hésite pas à réviser les textes de certaines œuvres vocales au nom de la « pureté aryenne ». Ainsi sont « nazifiés » certains opéras non conformes, tout comme le jazz, épuré de ses extravagances « nègres » et le cabaret, deux genres populaires instrumentalisés par Goebbels. « Peuple, musique et asservissement » titre dans un chapitre essentiel traitant de l’idéologie « völkisch » (populaire) prônée par l’extrémiste Alfred Rosenberg, à laquelle doit répondre toute la création musicale (Volksmusik, Volkslieder, etc.). Cette ligne de conduite ne va d’ailleurs pas sans paradoxe (tel celui de « La ligue culturelle des Juifs allemands » créée officiellement dès 1933) ni difficulté à instaurer une véritable unité stylistique, eu égard aux dissensions au sein même de la classe dirigeante.

Plus problématique qu’on ne le conçoit généralement est la « purification » ou « dénazification » de l’Allemagne à la sortie de la guerre, l’utopie de l’ « Heure Zéro » où les Alliés tentent d’unir leurs forces pour le renouveau démocratique de l’Allemagne. Avec la même pertinence et une solide documentation, Élise Petit analyse, dans la seconde partie de son livre (1945-1949), la complexité d’une situation où l’idéologie soviétique (le réalisme-socialiste) s’oppose rapidement à l’urgence d’un renouveau prôné à l’Ouest : « On ne peut tout de même pas effacer les douze dernières années et recommencer où l’on s’était arrêté en 1933 » écrit Heinrich Strobel dans la revue Melos créée en 1946. Le 20 septembre de cette même année, le critique musical et le compositeur , pourtant compromis avec le régime nazi dès l’arrivée d’Hitler, fondent, grâce au financement américain, les Cours d’été de Darmstadt pour l’émergence d’une esthétique nouvelle. Triste ironie de l’Histoire, les compositeurs « dégénérés » et souvent exilés sous le régime national-socialiste, tels Eisler et Brecht, ou encore Dessau et Weill, sont taxés de « formalisme » par les communistes, dont les positions face à la « nouvelle musique » ne sont pas loin de rejoindre celles des dirigeants nazis.

Le « cas Wagner », ciblé par la caricature d’Arthur Szyk (en couverture), pourrait à lui seul témoigner de la problématique complexe visant la politique musicale de l’Allemagne pendant et après le IIIᵉ Reich, dont Élise Petit observe les moindres recoins sans jamais perdre le fil de son argumentation.

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Musique et politique en Allemagne, du IIIᵉ Reich à l’aube de la guerre froide. Élise Petit. Presses de l’université Paris-Sorbonne, collection Mondes contemporains. 394 p. 25 €. Avril 2018

 
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