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Shakespeare, fragments nocturnes par l’Académie de l’Opéra de Paris

La Scène, Opéra, Opéras, Spectacles divers

Paris. Amphithéâtre de l’Opéra Bastille. 10-X-2018. Airs extraits d’œuvres de Bellini, Gounod, Britten, Rossini, Richard Strauss, Ambroise Thomas, Henry Purcell et Aribert Reimann. Mise en scène : Maëlle Dequiedt ; scénographie, Heidi Folliet ; Costumes, Heidi Folliet ; assistante costumes, Caroline Trossevin ; Lumières, Laurence Magnée ; Graphisme, Lou Reichling ; Dramaturgie, Simon Hatab. Angélique Boudeville, soprano ; Marianne Croux, soprano ; Farrah El Dibany, mezzo-soprano ; Liubov Medvdeva, soprano ; Jeanne Ireland, soprano ; Sarah Shine, soprano ; Alexander York, baryton ; Maciej Kwasnikowski, ténor ; Danylo Matviienko ; baryton ; Vladimir Kapshuk, Baryton. Piano : Philip Richardson, Benjamin Laurent et Federico Tibone.

Studio_J_Adore_Ce_Que_Vous_Faites__-Shakespeare--Fragments-nocturnes--c--Studio-j-adore-ce-que-voyus-faites-----OnP--1-web2Après avoir fait l’objet d’un atelier, le spectacle « Shakespeare, fragments nocturnes » de débarque à l’amphithéâtre de l’Opéra Bastille pour mettre en scène et en valeur les jeunes talents de l’Académie de l’Opéra de Paris. Un ambitieux travail qui touche au but sans éviter certains errements dus à la difficulté de l’exercice.

Pour les aguerrir au métier d’artiste lyrique, il est difficile, voire impossible, de monter un opéra qui puisse réunir l’ensemble des jeunes chanteurs de l’Académie. Alors, l’Opéra de Paris leur concocte des spectacles sur mesure. A travers son « Shakespeare, fragments nocturnes », la metteure en scène , qui fut elle-même en résidence à l’Opéra de Paris, a convoqué de nombreux compositeurs, de tous styles et de toutes époques, en une juxtaposition de scènes et lieder autour du thème de la nuit, cher au dramaturge anglais.

La dramaturgie élaborée par et la conception musicale, supervisée par les deux pianistes et permettent de voir s’entrecroiser les amants du Songe d’une nuit d’été (Britten), Hamlet (Ambroise Thomas) et Ophélie (lieder de Richard Strauss), Lear (Reimann) ou Desdémone (Rossini) et même une Juliette dédoublée dans un jeu de miroir particulièrement réussi (Gounod et Bellini). C’est à souligner car tout n’est pas également réussi dans ce spectacle ambitieux qui, à trop vouloir faire le grand écart des univers (une forêt suggérée qui doit intégrer une baignoire, un transat et une table de maquillage), devient parfois un peu abscons. Toutefois, sa grande force est de parvenir à bien mettre en valeur les talents personnels des chanteurs de l’Académie et de juxtaposer tous les répertoires, ce qui apporte une grande richesse à la démarche.

Tout commence avec Le Songe d’une nuit d’été adapté par Britten dont l’ouverture, aux sonorités extraordinairement complexes est assez bien rendue par le pianiste . Avouons-le d’emblée, le quatuor des amoureux est sans doute la partie la mieux réussie, utilisant la jeunesse et le sex-appeal de ces jeunes interprètes particulièrement à l’aise dans ce chassé-croisé amoureux d’une grande modernité. La mezzo impressionne en Hermia par sa simplicité d’approche et son autorité naturelle et le Lysander claironnant et puissant de semble particulièrement à l’aise dans ce répertoire. impose une Helena précieuse mais sa voix menue et ses belles nuances feront davantage merveille dans le Purcell final. Enfin, n’a aucun mal à imposer l’embarras et la colère de Demetrius par sa voix impressionnante et bien timbrée.

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Après la forêt, surgit Ophélie de sa baignoire. interprète les lieder de Richard Strauss avec une espièglerie mutine et la voix, pulpeuse et fruitée séduit immédiatement. L’Hamlet de n’est pas dans le plus style français et possède déjà de beaux accents dramatiques et son duo scénique avec Ophélie atteste d’une belle présence.

Dans une alternance malicieuse des airs de Bellini et Gounod, la scène des deux Juliette (l’une dépressive, l’autre ayant envie de faire la fête) marche très bien. Le « Je veux vivre dans le rêve » d’ expose une voix étonnamment corsée et puissante pour ce rôle mais pas encore suffisamment ductile pour exécuter proprement les vocalises. En revanche, , si elle n’a pas la même présence que certains de ses collègues, est parfaitement à sa place dans le « O quante volte », déployant une voix bien timbrée et un très beau legato. A l’inverse , semble peu adaptée à Rossini et à sa langue mais séduit par un timbre sombre et une présence assez magnétique.

Lear d’ exige du tempérament et il est peu dire que en a à revendre ! Grâce à une intensité et une force stupéfiante dans une si jeune carrière, il réussit à tenir la salle en exprimant toute la douleur du père meurtri et endeuillé.

Enfin, à l’issue de ce parcours quasiment initiatique, tout s’achève et se parachève en une communion finale autour du magnifique chœur « No stars again shall hurt » extrait de The Tempest (Purcell).

Crédit photographique : © J’Adore ce que vous faites

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