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Au Festival d’Ambronay, la musique est son univers

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Ambronay. Abbatiale. 22-IX-2018. Œuvres diverses autour de Copernic. Capella Reial de Catalunya, Hespèrion XXI, direction : Jordi Savall

Lyon. Théâtre de la Croix-Rousse. 4-X-2018. Songs, musiques anglaises du XVIIe siècle. Lucile Richardot, mezzo-soprano. Ensemble Correspondances, direction : Sébastien Daucé

Ambronay. Abbatiale. 5-X-2018. André Cardinal Destouches (1672-1749) : Semiramis. Avec Judith van Wanroij, Emmanuelle de Negri, Mathias Vidal, João Fernandes. Les Ombres, chœur du Concert Spirituel. Margaux Blanchard & Sylvain Sartre, direction

Ambronay. Abbatiale. 6-X-2018. Œuvres de Dowland, Byrd, Holborne. Hopkinson Smith, luth
Ambronay. Abbatiale. 6-X-2018. Œuvres de Telemann, Bruhns, Monteverdi, Hammerschmidt. Le Concert Étranger, direction : Itay Jedlin

Ambronay. Salle Monteverdi. 7-X-2018. Œuvres de Hofmann, JC et CPE Bach. Ensemble Il Quadro Animato
Ambronay. Chapiteau. 7-X-2018. Œuvres diverses. Olivier Briand, violon. Marie-Suzanne de Loye, viole de gambe. Compagnie Beaux-Champs

DSC_0206_Les_Ombres_M_Blanchard_S_Sartre_Semiramis_Fest_Amb_05102018_©_Bertrand_PICHENE-CCR_Ambronay.UneLors de ces derniers jours de festival, Ambronay continue sa course aux étoiles pour sa trente-neuvième édition baroque.

Le programme du Festival emmène les spectateurs très loin, à l’origine de l’univers, avec l’astrophysicien Hubert Reeves : Du cosmos à la musique.

Quand la Catalogne rencontre la Pologne dans une Armonia Universalis

a conçu un programme autour de l’astronome polonais Nicolas Copernic, célèbre pour sa théorie de l’héliocentrisme. Comme pour nombre de ses projets, le tout aussi célèbre Catalan a parcouru les évènements du monde de l’époque en les illustrant de musiques diverses, toujours mises en valeur par ses fidèles musiciens d’, dont une absence notoire, cependant, celle du percussionniste Pedro Estevan. Et alors qu’une marche turque ottomane fait entendre un kanun, un instrument de la famille des cithares, les fanfares des Sforza célèbrent l’an 1500 et l’arrivée de Copernic à Rome. Le vrai son de se fait entendre dans un Alleluia de Sebastian z Felsztyna, compositeur polonais contemporain de Copernic. Voilà une soirée riche de découvertes de petites œuvres musicales peu connues, un voyage dans l’Histoire au temps de l’astronome qui fut aussi chanoine, mathématicien et médecin.

Quand le public du Festival assiste à une résurrection

Elle n’avait pas été donnée depuis 1718 : trois cents ans après, Nicolas Sceaux et réalisent la tragédie en musique d’. Le livret de Pierre-Charles Roy s’inspire d’un personnage légendaire, Semiramis, bâtisseuse de Babylone et de ses jardins, criminelle, incestueuse, avide de pouvoirs qui finira tuée par son propre fils. Il faut cinq actes pour raconter cette légende, inspirée de deux personnages historiques : la reine assyrienne Sammuramat et Naqi’a/Zakutu, épouse araméenne de Sennachérib.

Au fil de l’histoire de cette grande reine, l’émotion se diffuse grâce à (Amestris) et son « Mes yeux, mes tristes yeux, laissez couler vos larmes ». La dramaturgie, la détresse et la violence du personnage d’Arsane sont exprimées, par la voix puissante de  qui y ajoute une présence scénique incroyable. Si la Semiramis de est trop opératique, pas assez simplement « française », campe un Zoroastre fascinant. Quant au chœur du Concert Spirituel, il est sans reproche, très homogène, puissant quand il le faut et toujours réactif.

Un week-end à la découverte de l’Univers

Deux heures auparavant, le luth de Hopkinson Smith a offert au jeune public une fantaisie céleste pleine de délicatesse avec des œuvres du temps d’Elisabeth I (1558-1603). Rarement joyeuse, cette musique est propice à la méditation au prix d’une écoute sereine et attentive, le tout dans un silence d’abbaye impressionnant. Le jeu d’Hopkinson Smith est une vraie dentelle musicale. Voir les doigts du septuagénaire caresser, plutôt que pincer, les cordes, est une émotion magique qui s’ajoute à celle de l’écoute.

Retour au cosmos dans une Conversation avec le Ciel, avec Le Concert Étranger. Un programme autour de compositions du XVIIe siècle qui parlent toutes de Dieu ou à Dieu, reflets de la Réforme dont l’esprit était de revenir à une relation directe entre l’Homme et son Dieu. Scheidt, Schein, Rosenmüller mais aussi Monteverdi… avec , un compositeur bohémien, surnommé l »‘Orphée de Zittau », élève de Schütz, célèbre en son temps, beaucoup moins aujourd’hui. Et pourtant… De ses six pièces entendues, on retiendra particulièrement le Psaume 51 : Erbarm dich mein, o Herre Gott. Les voix du petit chœur permettent une agréable lisibilité de l’œuvre. Le ténor Jeffrey Thomson excelle dans la pièce Ach Gott, warum hast dumein vergessen « Dieu, pourquoi m’as-tu oublié ? ». Timbre, articulation, expressivité : tout est là pour magnifier la musique d’Hammerschmidt. Le concert se termine avec une pièce de qui nous fait sortir de la tristesse et entrer dans l’espérance de la Résurrection.

DSC_2100_Cie_Beaux_Champs_Louis_XIV_Fest_Amb_07102018_©_Bertrand_PICHENE-CCR_Ambronay.1De petites étoiles, de nouvelles lumières

L’ensemble Il Quadro Animato, issu d’Eeemerging, le programme européen d’accompagnement de jeunes ensembles d’Ambronay, manifeste un bel esprit de groupe. Il se produit dans un programme du XVIIIe siècle avec des œuvres de Johann Christian et Carl Philipp Emanuel Bach mais aussi des pièces de compositeurs moins connus comme Ignaz Holzbauer et Leopold Hoffman.

Les regards échangés pendant une heure reflètent une complicité amicale et musicale évidente. Le traverso de Lorenzo Gabriele est à l’honneur au fil du concert mais les cinq musiciens offrent une variété de sons qui renforce le discours musical.

Avec la , la musique s’associe à la danse dans un programme très créatif autour de Louis XIV et ses arts. Violon et viole de gambe montrent la voie musicale aux deux danseurs, Adeline Lerme et Bruno Benne, qui, telles des étoiles filantes, éclairent l’Architecture, la Médecine, la Navigation et l’Astronomie. La chorégraphie est inventive, suggestive et moderne. Ce programme comportait des extraits de ballets de Charpentier à Lully, bien sûr, mais il met aussi à l’honneur Campra et Marais. Le tout interprété en… duo ! Ce spectacle, suggéré aux enfants, a séduit les nombreuses familles du public.

Quand la Musique devient un personnage de théâtre

Pour le théâtre musical Songs, Sébastien Daucé s’est associé au metteur en scène Samuel Achache autour d’une femme qui, le jour de son mariage, se sent perdue. La musique est un personnage, les musiciens de Correspondances sont acteurs. est la mère de la mariée. La voix que l’on connaît est tout à fait dans l’esprit du personnage. Que dire du jeu entre les deux comédiennes, Margot Alexandre et Sarah Le Picard ? Attractif, passant du mélodrame à l’humour, il diffuse au public le plaisir du jeu des actrices. Les musiciens de l’ sont très à l’aise dans un désordre théâtral auquel ils ne sont pas habitués. Les songs de à ponctuent la pièce même si le concept du théâtre prend le dessus.

Crédits photographiques : Songs © Bertrand Pichène ; Hopkinson Smith © Bertrand Pichène ; Semiramis © Bertrand Pichène

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