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Morts insolites de quelques compositeurs

Aller + loin, Dossiers

En tant que médecin et musicologue, Jean-Luc Caron propose aux lecteurs de ResMusica un dossier original sur les pathologies et la mort des plus grands musiciens. Pour accéder au dossier complet : Pathologies et mort de musiciens

 

Dossier Mort compositeursLa longue liste des pathologies et des morts de compositeurs célèbres, oubliés ou de tous temps méconnus, regroupe, bien évidemment, les nombreuses pathologies traditionnelles dont chaque individu risque d’être la victime au cours de son existence ou au seuil de la mort.

Dans ce registre, comme dans tant d’autres, le risque d’être confronté à des situations rares, inédites ou anecdotiques est loin d’être négligeable. Les quelques exemples concrets suivants, présentés à grands traits, en offrent la démonstration.

Conversion mortelle

, compositeur, théoricien et éditeur français, né à Besançon vers 1510, effectua ses études à Paris et édita des chansons avant de s’installer à Metz entre 1557 et 1568. Il composa de la musique catholique mais en  se convertissant  au protestantisme à Metz, il signa en quelque sorte sa condamnation à mort. C’est à Lyon qu’il trouva une fin brutale. Il périt lors du massacre de la Saint-Barthélemy qui décima la communauté protestante de France, le 27 août 1572.

Champignons funestes

Le compositeur allemand , né en 1735, s’installa à Paris autour de 1760 et entra au service du duc de Conti comme maître de musique et claveciniste de chambre. Il composa essentiellement de la musique instrumentale avec clavier. Le tout jeune Mozart le rencontra à Paris à deux reprises (en 1763 et 1766) et apprécia hautement ce musicien inventif qui jouit d’une certaine réputation. À l’âge de 32 ans, Schobert et presque toute sa famille trouvèrent la mort après avoir ingéré par erreur des champignons vénéneux ramassés en forêt de Saint-Germain.

Danger sous la Terreur

Alsacien né à Strasbourg en 1749, Jean-Frédéric (né Johann Friedrich) Edelmann devint claveciniste, pianiste et compositeur. Il s’installa à Paris vers 1774. Sa musique dans le style italien et son enseignement lui valurent une belle renommée. Méhul figurait parmi ses élèves de piano. De retour à Strasbourg en 1789, il entra en politique et divers conflits le conduisirent sur l’échafaud. Il fut guillotiné à Paris, en même temps que son frère, également musicien, le 17 juillet 1794.

Vengeances meurtrières

L’histoire de la musique n’est pas exempte de violences et de drames. On rappellera simplement que , organiste et compositeur français, né à Paris en 1628 et mort à Londres début 1677, chaleureusement accueilli à la cour du roi Charles II, mourut mystérieusement sans doute en mars 1677. Le suicide fut d’abord évoqué mais certains ont assuré qu’il avait été empoisonné par l’un de ses serviteurs. On a même accusé Lully de complicité dans le décès de son collègue. Nombre de ses partitions sont perdues mais il mit en place les fondements de l’opéra français.

Évoquons le cas de Frantíšek Koczwara (1730-1791), compositeur bohémien, violiste et contrebassiste virtuose, surnommé en Allemagne « Franz Kotzawa », qui voyagea à travers l’Europe et joua au sein de divers orchestres tout en composant des quatuors à cordes, des sérénades et des trios pour cordes. Dans la capitale anglaise, le 2 septembre 1791, il aborda une prostituée nommée Susannah Hill, Vine Street. Il augmenta les tarifs pratiqués en échange de coupures au niveau des testicules, mais elle refusa de s’exécuter ! Il accrocha alors une corde à une poignée de porte et autour de son cou, provoquant des strangulations répétées, manière très personnelle de parvenir à pratiquer un rapport sexuel. Une fois l’affaire terminée, il mourut. Ainsi figure-t-il au triste palmarès d’être une des premières victimes enregistrées d’asphyxie érotique. Bien que sévèrement inquiétée Susannah Hill fut finalement acquittée.

Compositeur très influent de son époque, au moins autant que Corelli et Vivaldi, l’italien (1643-1682), concepteur du concerto grosso, composa aussi des opéras, des cantates et des oratorios, sans oublier une trentaine de partitions instrumentales. Sa vie dissolue à Rome en 1667 fut marquée d’abord par la découverte d’une tentative d’escroquerie à l’encontre de l’Église catholique, l’obligeant à prendre la fuite mais ne modifiant en rien ses nombreux écarts vis-à-vis des mœurs. En 1677, un noble de Venise l’engagea comme maître de musique pour sa maîtresse. Très vite, il dut s’enfuir lorsque sa liaison avec son élève fut mise au jour. L’homme cocufié engagea des sbires qui le retrouvèrent avec mission de le tuer. Par chance, Stradella se sauva et gagna Gênes… où ses aventures féminines continuèrent. Mais il fut retrouvé mort sur une place de la ville, assassiné à coups de poignards portés par un tueur à gages. Cette histoire vraie ou fausse aurait inspiré un roman (M. Crawford) et deux opéras (Niedermeyer, 1846 et Flotow, 1844).

Plus connu, le cas de (Lyon, 1697- Paris, 1764), violoniste virtuose, danseur et compositeur, un des plus grands musiciens français du XVIIIe siècle qui réalisa une belle carrière et entre autres fonctions, entra au service de roi Louis XV en 1734. Séparé de sa seconde épouse, il acheta en 1758 une petite maison rue du Carême-Prenant, située dans le quartier très mal famé du Temple à Paris. Il y trouva la mort dans la nuit du 22 au 23 octobre 1764, touché par trois coups de couteau. Les circonstances du drame ne furent pas élucidées. Trois personnes furent suspectées : son jardinier, son épouse et son neveu ! Peut-être s’agissait-il aussi d’un rival jaloux ?

Seul contre tous

Compositeur français majeur, parfois qualifié de « Bruckner français », , né en 1865, mériterait une plus large renommée. Son magnifique catalogue renferme quatre puissantes symphonies, des œuvres lyriques inspirées, de la musique de chambre délicate ainsi que des mélodies agréables. Le 3 septembre 1914, alors âgé de 49 ans, il tenta seul de repousser des militaires allemands approchant de son manoir de Baron, dans l’Oise, en tirant avec son revolver d’ordonnance, tuant un soldat et en blessant un autre. Acte désespéré qui le condamna et conduisit à la destruction de son domaine des Fontaines où il périt. Son corps ne fut pas formellement identifié et plusieurs de ses partitions brûlèrent également. Mort pour la France, il est enterré au cimetière de Passy.

Balade fatale

Élève de Massenet et de César Franck, (1855-1899), compositeur très renommé, en dépit de fortes influences wagnériennes il élabora un style personnel où domine le chromatisme et une grande richesse mélodique, néanmoins son style est dit français de par son élégance et sa clarté. Son aisance financière explique peut-être la minceur relative de son catalogue de grande qualité. Il disparut curieusement à Limay, près de Mantes, le 10 juin 1899, à l’âge de 44 ans, en chutant de son vélo lors d’une promenade avec sa fille. La tempe fracassée il décéda sur le coup. Le célèbre auteur du Poème pour violon et orchestre (1896) travaillait alors au troisième mouvement de son Quatuor à cordes.

Des trois membres fondateurs de la Seconde École de Vienne, seul Arnold Schoenberg (1874-1951), inventeur du dodécaphonisme, mourut d’une crise cardiaque à son domicile de Los Angeles en 1951, contrairement à ses deux principaux élèves, (1885- 1935) et (1883-1945). Le premier, voix extrêmement originale de son siècle, connut un destin tragique. Qualifié d’artiste « entartete » (« dégénéré ») par les nazis, il laisse quelques œuvres majeures du XXe siècle (Concerto pour violon, deux opéras Wozzeck et Lulu, inachevé…). Peu après la création viennoise de la Lulu-Symphonie, le 11 décembre 1935, il travailla sur la réduction violon-piano du Concerto pour violon. Il se plaignit d’une douleur des membres inférieurs qui fit ensuite penser à un empoisonnement ; il se fit hospitaliser le 16 et reçut une transfusion, perdit conscience le 22 et décéda le 24 décembre 1935. Le point de départ aura été une banale piqûre d’insecte au niveau du dos provoquant un abcès que son épouse maltraita avec un couteau peu ou pas stérilisé. Berg ne résista pas à l’apparition d’une septicémie aiguë.

Le second, dont l’œuvre allait revêtir une importance immense dans la seconde moitié du XXe siècle, pas foncièrement opposé au nazisme, en 1945, à la fin de la guerre, quitta Vienne bombardée et ravagée pour trouver refuge à Mittersill, non loin de Salzbourg. Immédiatement après la victoire des Alliés, alors qu’il fumait une cigarette devant la maison de sa fille, après l’heure du couvre-feu, un soldat américain en état d’ébriété le tua de trois coups de revolver. Pensait-il avoir à faire au beau-fils de Webern, nazi impliqué dans le marché noir ? Toujours est-il que la sentinelle sombra ensuite dans un profond déséquilibre psychique.

Image libre de droit : Vanité de Simon Renard de Saint André (1650)

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  • Michel LONCIN

    Correction urgente : c’est une sentinelle américaine, Raymond Norwood Bell, qui abattit WEBERN. Cuisinier de l’armée américaine qui se livrait au marché noir et craignait d’être espionné, il ne fut condamné qu’à dix jours d’arrêts et renvoyé aux États-Unis. A cette époque de « Allemagne, année zéro », abattre un Allemand, même civil, ne coûtait quasi rien … D’aucuns ont assuré que c’est pour protéger son gendre, sympathisant nazi, qui se serait livré lui-même au marché noir qu’il trouva ainsi une mort « absurde » …

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