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Michel Dalberto, le legs Erato inachevé et pourtant parfait

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

“Michel Dalberto The making of a musician”, oeuvres de Bach, Mozart, Beethoven, Schubert, Schumann, Liszt, Brahms, Saint-Saëns, Fauré, Chausson, Satie, Gounod, Bizet, Duparc, Massenet, Chabrier, Bachelet, Delibes, 17 CD Erato 0190295612085. Enregistrements entre 1979 et 2010.bNotice trilingue français-anglais-allemand. Durée totale : 19:51:00

 

Michel Dalberto the making of a musicianRetour sur les premiers sillons d’un interprète majeur du grand répertoire, .

Sous ses airs de joli garçon, le jeune cachait un prodige : vous lui mettiez la partition d’orchestre sous les yeux et il vous la transcrivait au piano dans l’instant, sans perdre une note d’Octavian ou de la Feldmarshallin ! Avec cela une mémoire prodigieuse, les doigts du bon Dieu que Vlado Perlmemuter mit dans le droit chemin, confirmant que ce musicien serait chez lui d’abord chez les romantiques, dans le grand répertoire germanique, et non pas comme tant de ses confrères sortant de la rue de Madrid chez Ravel ou Debussy. Justement ils venaient tous voir pour recueillir les secrets que lui avait dits Maurice Ravel, mais en présence de Michel Dalberto, savait pouvoir être lui-même et lui parler piano, Mozart, Beethoven, Schubert. A qui donc ce jeune homme déjà si musicien aurait-il pu prendre cette sonorité limpide, ce toucher évident, cette absence d’ostentation, ce classicisme subtil, « avec ombres », qui devaient logiquement le guider vers un premier disque .

Les deux mouvements de la Reliquie, une parfaite grande Sonate en ré majeur, l’album fit sensation d’autant qu’en 1979 les pianistes français ne s’illustraient guère dans Schubert et que Dalberto évoquait par la rectitude de son jeu, la perfection de la forme, la poésie des timbres, l’essence même de l’art des Schubertiens historiques, Kempff, Schnabel, Wührer, passant par delà les relectures de Brendel . Un second album Schubert suivra trois ans plus tard pour les micros de Yolanta Skura, tout aussi évident, et l’on sait que Schubert sera son grand œuvre : il ferait beau voir qu’enfin l’intégrale Denon reparût !

Entre temps une Humoreske de Robert Schumann aura révélé d’autres affinités, et souligné avec quelle intelligence le jeune-homme savait transcrire les émotions complexes d’une musique qui ne veut aucun soulignement, mais la simplicité. Comment ne pas penser ici à une évidente fraternité avec Catherine Collard : si leur vision diverge – intériorisée pour Dalberto, à fleur de clavier pour Catherine Collard – ils trouvent tout deux d’évidence la vérité de Schumann. Mais ce sera chez que cet art découvrira, autant qu’en Schubert, ses affinités électives. Avec et ses Lausannois deux Concertos (18 et 25) joués pour la chambre par l’esprit car le chef et le pianiste s’y accordent phrasés par phrasés, mais entendus par ceux qui les écouteront attentivement tels des opéras : en 1980 cela aurait pu être l’amorce d’une intégrale idéale, hélas il n’en fut rien, et bien des années plus tard un second album pour BMG avec les 20 et 22e Concertos avivent encore nos regrets, mais il n’est peut-être pas trop tard…

Autre merveille, les trois premiers opus des Sonates de , jouées à plein clavier, avec une élégance folle, qui culmine dans les 4e et 7e où s’impose une dimension orchestrale. Puis retour à Schumann pour un doublé Kreisleriana et Fantaisie la raison l’emportant sur la passion : les textes sonnent avec une clarté quasi aveuglante, et quel accompagnement il suggère pour l’album de Lieder avec  ! Je n’oublie pas plus l’élégance de son clavier se mariant aux opulences de pour quelques mélodies de impérissables de pure nostalgie avec au sommet la Chanson perpétuelle respirée large. Quelques Concertos de Bach à plusieurs claviers en compagnie des amis , Jacques Gauthier, , deux poétiques Trios de Brahms avec vents, pastorales d’automne où clarinette et cor lui inspirent des couleurs, des suspensions, un sfumato de clavier, puis tout un album piano solo à pleurer de nudité, de pureté, d’élégance douloureuse, le chapitre Erato était clos alors qu’il n’aurait jamais dû se refermer. L’éditeur ajoute les gravures pour EMI, musique de chambre de Fauré, mélodies avec (écoutez la harpe éolienne de L’Invitation au voyage !), Carnaval des animaux, des utilités sinon l’album des Sonates de Brahms avec , une splendeur, toujours sous-distribué, et le Concerto en ré mineur de Bach qui aurait dû rappeler à Eric Macleod l’urgence de lui confier des projets à la mesure de son art. Mais non. Rien, ostracisme impardonnable dont se dédouane Warner en publiant ce coffret disparate et y ajoutant un inédit – les Etudes de Liszt – qui aurait pu rester dans les tiroirs. Mais le legs Erato est là et la Clef est pour lui, ensemble inachevé et pourtant parfait où rayonne l’art d’un de nos plus beaux pianistes.

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