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Gardiner magistral dans Berlioz à la Philharmonie de Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 22-X-2018. Hector Berlioz (1803-1869) : Ouverture du Corsaire op. 21 ; La Mort de Cléopâtre, Chasse royale et Orage, Monologue « Ah ! je vais mourir » et air de Didon « Adieu, fière cité » extraits des Troyens ; Symphonie fantastique op. 14. Lucile Richardot, mezzo-soprano. Orchestre Révolutionnaire et Romantique, direction : Sir John Eliot Gardiner

Sir-John-Eliot-Gardiner_0_729_486Dans ce concert totalement dédié à , Sir , à la tête de son , surprend par sa lecture originale de la Symphonie fantastique, tandis que bouleverse en Cléopâtre et Didon.

Déjà donné la veille à l’Opéra de Versailles par les mêmes acteurs, ce programme cohérent, consacré aux héroïnes de Berlioz, s’appuie sur des partitions riches en effets orchestraux qui mettent tout particulièrement en valeur les talents d’orchestrateur d’.

Cela commence par l’Ouverture du Corsaire. Très théâtrale, jouée par des musiciens debout, Gardiner y impose une dynamique pleine d’allant et de contrastes où se succèdent et s’entremêlent les éclats de cuivres, le vrombissement des cordes et les stridences des bois, dans un véritable maelström sonore où le chef britannique fait valoir d’emblée la lisibilité et l’engagement de sa direction.

Après cette bourrasque retentissante, La Mort de Cléopâtre apporte un moment d’apaisement et d’émotion intense. La mezzo-soprano , déjà entraperçue à Aix cet été dans Didon et Enée de Purcell, y déploie toutes les couleurs de sa superbe voix (projection, tessiture étendue, subtilité des passages) soutenue par une diction irréprochable, dans le chant comme dans la déclamation, où elle se révèle une actrice bouleversante. L’accompagnement orchestral sait se montrer à la hauteur du drame par un phrasé tendu et descriptif où Gardiner fait montre de tout son savoir faire dans le domaine lyrique, renforçant la dramaturgie par un subtil mélange de passion douloureuse et de violence exacerbée. Il confectionne ainsi un superbe écrin à cette confession déchirante « Il n’est plus pour moi que l’éternelle nuit » où se distinguent les cordes convulsives de l’introduction, la petite harmonie, et notamment la belle clarinette de Fiona Mitchell dans le dialogue entre vents et cordes, les violoncelles élégiaques et lugubres de la méditation de Cléopâtre qui précède l’agonie finale scandée par les véhémentes contrebasses, avant que la voix de Lucile Richardot ne s’éteigne dans un silence lourd de menaces qui laisse la Philharmonie sous le choc.

Le Monologue et l’air de Didon : « Adieu, fière cité » confirme la remarquable prestation vocale de Lucile Richardot, dont la voix est cette fois portée par un majestueux pupitre d’altos et une petite harmonie, là encore, de haute volée. La Chasse royale et l’Orage, également extraits des Troyens donne une nouvelle fois l’occasion à l’orchestre de faire valoir l’excellence de ses pupitres dirigés par un Gardiner au mieux de sa forme, très théâtral, favorisant dynamique, clarté, et spatialisation sonore en faisant jouer les cornets simultanément sur scène et en coulisses (Neil Brough, Robert Vanryne, Michael Harrison et Paul Sharp).

La seconde partie de concert est toute entière consacrée à la Symphonie fantastique dont Gardiner donne une lecture particulièrement pertinente qui réserve toutefois quelques surprises… Figure de proue de l’interprétation historique sur instruments d’époque, le chef britannique connaît son Berlioz sur le bout des doigts et tout particulièrement la Symphonie fantastique qu’il a déjà enregistrée pour Philips en 1992 avec ce même orchestre.

Le premier mouvement, Rêveries – Passions séduit immédiatement par la variété des timbres utilisés dans l’orchestration foisonnante de Berlioz. Une richesse que Gardiner met en lumière en modifiant, encore une fois, la répartition spatiale des instruments, comme les harpes placées sur le devant de la scène pour un effet d’opposition au tutti. Un Bal surprend également, non pas par son phrasé merveilleusement dansant, mais par la présence de la trompette solo de Neil Brough qui joue seul debout à l’écart de son pupitre, ajoutant encore à l’éclat de la lecture. La Scène aux champs prend, ici, beaucoup de relief par l’utilisation des instruments d’époque aux timbres inhabituels, comme le serpent ou le cornet à bouquin. La Marche au supplice fait frémir d’effroi devant la progression implacable des timbales, des cuivres et des bassons, avant que le Songe d’une nuit du sabbat ne parachève le concert dans une orgie sonore.

Crédit photographique : Sir © Chris Christodoulou

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  • Michel LONCIN

    Dommage que Gardiner n’ait pas enchaîné avec « Lélio ou le retour à la vie », « suite » de la Symphonie fantastique » … TROP RAREMENT présenté …

    • HELENE ADAM

      C’est le choix qu’il avait fait pour le concert du 15 octobre à Carnegie hall….

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