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À Vienne, Manuel Legris redonne vie à Sylvia

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Vienne. Staatsoper. 10-XI-2018. Sylvia, ballet en trois actes. Chorégraphie : Manuel Legris, d’après Louis Mérante. Dramaturgie et livret : Manuel Legris et Jean-François Vazelle, d’après Jules Barbier et Jacques de Reinach. Musique : Léo Delibes. Décor et costumes : Luisa Spinatelli. Avec Nikisha Fogo : Sylvia ; Denys Cherevychko : Aminta ; Davide Dato : Orion ; Michail Sosnovschi : Eros. Avec les danseurs du Ballet de l’Opéra de Vienne et l’Orchestre de l’Opéra de Vienne sous la direction de Kevin Rhodes

Après Le Corsaire, choisit de remonter Sylvia pour le ballet de l’Opéra de Vienne. Grâce à une chorégraphie brillante interprétée par un trio de solistes de haut vol (dont la désormais étoile ) il donne un coup de jeune à un ballet délicieusement désuet.

Difficile pari que de remonter un ballet né en 1876 sous le signe d’un échec fracassant ! Lorsque présente à l’Opéra Garnier Sylvia ou la Nymphe de Diane, d’après un argument tiré d’un poème du Tasse et une partition de , la critique est unanime : le ballet est fade et ennuyeux. Seule la musique, admirée par Tchaïkovski lui-même, sauve le spectacle.

Ces tristes auspices ne sont pas de nature à décourager qui plonge aux racines de l’histoire et en crée une version d’une grande cohérence, expurgée de toute fioriture. Pour les décors et les costumes, il renouvelle sa collaboration avec , costumière qui a travaillé avec les plus grands, notamment un certain Roland Petit.

Sa Sylvia, Manuel Legris l’a voulue une véritable nymphe de Diane mais aussi une femme de caractère. Consacrée à la déesse chasseresse, Sylvia a fait vœu de chasteté. Et pourtant, l’amour, incarné par le dieu Éros en personne, va s’introduire dans cet univers féminin et fera succomber Sylvia au charme du berger Aminta… à l’instar de Diane dont la rigueur s’émousse à la vue du tendre Endymion. Le personnage de Sylvia est aussi celui d’une femme forte, capable, par amour, de s’opposer à la déesse Diane et de ruser avec habileté pour s’extraire des griffes d’Orion.

, soliste du ballet de Vienne depuis 2016, campe une Sylvia éclatante, à la technique brillante. Elle forme un duo harmonieux avec , délicieux berger Aminta, léger et bondissant. L’Italien apporte une touche plus sombre à l’intrigue en cherchant à contrecarrer les amours de Sylvia et Aminta. Ce danseur charismatique présente une technique à la fois élégante, précise et puissante et dégage une aura qui sied à merveille à des rôles de « mauvais garçons ». Enfin, le tableau ne serait pas complet sans Éros, qui tire les ficelles de l’intrigue. Le corps presque nu recouvert de poussière dorée, apparaît, sculptural et le port altier, derrière les portes dorées de l’Olympe.

Manuel Legris a conçu sa chorégraphie comme un feu d’artifice dont le bouquet final se situe au milieu de l’acte III, qui réunit les deux amants après la fête de Bacchus. Au milieu des faunes bondissants, Nikisha Fogo et exécutent une série époustouflante de fouettés et de pirouettes.

À l’instar de Rudolph Noureev, son mentor dont l’héritage est omniprésent, Manuel Legris a su trouver le bon équilibre entre les parties des solistes, brillants et d’une technicité exigeante, les rôles de caractère (apparition d’un sorcier qui pourrait être le pendant bénéfique du Rothbart du Lac des cygnes) et les ensembles du corps de ballet, qui incarnent tour à tour les nymphes chasseresses, les malicieux faunes ou encore les joyeux paysans. L’impact visuel est renforcé par les décors grandioses imaginés par . Si l’esthétique reste à dessein un peu datée, elle participe de la rêverie suscitée par ce ballet, qui n’est autre qu’une joyeuse fantaisie. La musique brillante et colorée de est magistralement interprétée par l’Orchestre de l’Opéra de Vienne, sous la conduite de .

Très démonstratif durant tout le spectacle, le public réserve une standing ovation aux danseurs et à Manuel Legris. Dans une tradition qui emprunte à celle de l’Opéra de Paris, le directeur de l’Opéra de Vienne, annonce, aux côtés de Manuel Legris, la nomination de Nikisha Fogo comme danseuse étoile. Amplement méritée au vu de la prestation de la danseuse dans le rôle-titre, cette nomination consacre une danseuse qui brille par sa personnalité lumineuse et communique au public sa joie visible d’être en scène.

Manuel Legris porte haut les couleurs de la danse classique et l’on ne peut que souhaiter qu’il continue à exprimer son talent sous d’autres cieux à l’issue de son second mandat, qui prend fin en 2020, concomitamment à celui de .

Crédits photographiques : © Wiener Staatsballett/Ashley Taylor

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