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Christophe Rousset défend le baroque français à Berlin

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Berlin. Staatsoper unter den Linden, Apollosaal. 30-XI-2018. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Suite en mi mineur du 2e livre de pièces de clavecin ; Suite en sol majeur du 3e livre de pièces de clavecin ; Suite de pièces de clavecin d’après Les Indes galantes. Christophe Rousset, clavecin
2-XII-2018. Jean-Philippe Rameau : cantate Le Berger fidèle ; Jean-Marie Leclair (1697-1764) : Première et Deuxième récréation de musique op. 6 et 8 ; Michel Pignolet de Montéclair (1667-1737) : Cantate La morte di Lucretia. Ambroisine Bré, mezzo ; Les Talens Lyriques : Gilone Gaubert-Jacques, Stéphan Dudermel, violon ; Emmanuel Jacques, violoncelle ; Christophe Rousset, clavecin et direction

Christophe Rousset, claveciniste, chef d'orchestre, direction musicale de l'ensemble Les Talens Lyriques, juin 2012.En solo comme en musique de chambre, Rousset est le grand atout de la programmation berlinoise autour de Rameau.

connaît comme personne le répertoire du clavecin français, ce trésor incomparable du patrimoine musical national pourtant si loin d’occuper dans notre vie musicale la place qu’il mérite. Il était tout naturel que le Staatsoper fasse appel à lui pour faire briller l’œuvre pour clavecin de Rameau. Cette musique, après tout, est faite pour cela, pour briller, et Rousset, comme Rameau l’y invite, sait mieux que quiconque « cacher l’art par l’art même ».

Si complexe que soit l’entrelacement des voix, si virtuose la vélocité, Rousset ne laisse voir que la richesse de l’écriture alliée à la clarté du discours. On pourra toujours observer que La Poule, à force d’accélération du tempo, finit par passer un peu à côté de ce bijou d’humour musical, mais c’est un bien mince reproche face à la radieuse évidence du jeu de Rousset. Une apothéose du style baroque français, avec légèreté mais sans superficialité.

Deux jours plus tard, Rousset est rejoint par trois instrumentistes des Talens Lyriques et par la jeune mezzo pour un concert autour du répertoire de chambre de la même période. Musique domestique donc, accessible aux amateurs, et qui dès son époque suscitait les réserves, voire la raillerie. Dans La nouvelle Héloïse, Rousseau fait dire à son héros qui vient de découvrir les charmes de la musique italienne : « rassemble avec soin tes opéras, tes cantates, ta musique française, fais un grand feu bien ardent, jettes-y tout ce fatras, et l’attise avec soin, afin que tant de glace puisse y brûler et donner de la chaleur au moins une fois ». La damnation est radicale (et intéressée), mais il faut bien avouer que cette musique, à force de chercher l’agréable et d’éviter les aspérités, manque souvent de saveur.

Certes, tout le programme est conçu autour du regard que ces musiciens français jettent sur l’Italie de leur temps, mais aucune des quatre œuvres ne réussit à dissiper tout à fait l’impression de tiédeur. Peut-être, du reste, les deux violons des Talens Lyriques,  et , auraient-ils pu se montrer plus audacieux, plus véritablement solistes, pour éviter cette impression. , elle, est convaincante, par sa musicalité et par sa diction ; on attendra donc avec intérêt de la découvrir dans les opéras que ces cantates ne font que promettre d’un peu trop loin.

Crédit photographique : © Eric Larrayadieu.

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