Un Italien à Londres avec Giuliano Carmignola

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Toulouse. Auditorium de l’église Saint-Pierre des cuisines. 9-I-2019. Johann Christian Bach (1735-1782) : symphonie n° 6 en sol mineur. Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788 ): symphonie n° 3 en do majeur ; Concerto en ré mineur pour violon, cordes et basse continue. Felice Giardini (1716-1796) : Concerto n° 2 en ré majeur pour violon et orchestre ; Concerto n° 3 en do majeur pour violon et orchestre. Carl Friedrich Abel (1723-1787) : Ouverture n° 4 en do majeur pour orchestre et basse continue. Accademia dell’Annunciata. Giuliano Carmignola, violon. Riccardo Doni, clavecin et direction

Les Arts Renaissants.Carmignola.09.01.19-9L’Accademia dell’Annunciata s’est lancé dans l’ambitieux projet d’associer un orchestre de jeunes musiciens en fin de formation à des solistes aguerris. C’est ainsi que le public toulousain a pu découvrir le violoniste entouré par un ensemble d’une réjouissante fraîcheur dans un programme de la fin du XVIIIe siècle, à l’invitation des Arts Renaissants.

À partir des années 1750, Londres attire de nombreux musiciens étrangers, parmi lesquels des Allemands et des Italiens. C’est le cas de trois des musiciens entendus dans ce programme : l’Italien et les Allemands et . Ce dernier était le plus jeune fils de Johann Sebastian Bach, et la postérité lui a donné le surnom de « Bach de Londres ». Dans cette ville, il retrouva son ami Abel, le dernier grand virtuose de la viole, qui s’était installé là en 1758 ; ensemble, ils fondèrent les Bach-Abel concerts, équivalent londonien du Concert Spirituel parisien. Dans son Histoire de la musique, Charles Burney parle d’une « complète révolution du goût » à l’arrivée de ces musiciens. On assiste à l’émergence d’un nouveau style, sous la double influence de l’Empfindsamkeit et du Sturm und Drang, introduit par l’aîné des fils de Bach, Carl Philipp Emanuel, surnommé le « Bach de Berlin ». C’est le passage du baroque au classicisme et la naissance du style galant.

C’est le plus jeune des fils Bach qui ouvre le programme, avec une symphonie qui met en évidence les grandes qualités musicales de l’orchestre. Sous la direction du claveciniste , encadrés par un premier violon et un premier violoncelle d’expérience, les jeunes musiciens font preuve d’une belle maturité musicale dans cette symphonie qui joue sur les contrastes. Les pianissimi des cordes sont somptueux. C’est ensuite au tour de l’aîné des Bach d’être mis à l’honneur, avec une symphonie composée dans sa période hambourgeoise. Quelle inventivité dans cette écriture ! Contrastes saisissants, modulations inattendues, silences éloquents, tout est fait pour toucher l’auditeur, et l’orchestre est parfait d’expressivité. Arrive enfin le violon solo, pour un premier concerto de l’Italien Giardini. Un Italiano a Londra, c’est le titre du CD où l’Accademia et Carmignola ont enregistré des concertos pour violon de Giardini. Reconnu comme le « plus grand violoniste d’Europe » à son époque, ce compositeur porte haut l’école italienne des cordes dont il maîtrise parfaitement les ressources techniques et musicales. C’est aussi le cas de l’interprète, dont l’archet inspiré s’envole dans des cadences exubérantes et qui fait merveille dans l’expressivité intime des mouvements lents. Toutefois, la gestuelle très théâtrale de Giugliano Carmignola nuit un peu à l’expression musicale, surtout lorsque son pied frappe le sol de façon inopportune.

Les Arts Renaissants.Carmignola.09.01.19-13

Après une ouverture d’Abel mettant en valeur l’alliance des cordes et des vents, la deuxième partie du concert propose deux autres concertos pour violon. Dans celui de Carl Philipp Emmanuel Bach, transcrit à partir d’un concerto pour clavecin, on retrouve les surprenants contrastes propres à l’écriture du compositeur et une cadence éblouissante de virtuosité. Le programme s’achève sur un dernier concerto de Giardini qui offre un parfait équilibre entre le violon solo et l’orchestre. Là encore, les mouvements lents sont somptueux d’expressivité. Le public demandait un bis. Mais a consulté sa montre… Dommage !

Crédits photographiques : © Catherine Ulmet

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