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Les éclatantes Dissonances de David Grimal à la Philharmonie de Paris

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Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 14-I-2019. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : L’Amour des trois oranges op. 33 bis, suite d’orchestre ; Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35 ; Igor Stravinski (1882-1971) : L’Oiseau de feu, suite de ballet pour orchestre. Les Dissonances, violon et direction : David Grimal

707Une fois de plus, enthousiasment le public parisien dans un programme haut en couleur associant Prokofiev, Korngold et Stravinski.

Qui aurait pu prédire le fabuleux destin des Dissonances, en 2004, lors de sa création, alors que certains regardaient naître cette aventure d’un œil amusé ? Un collectif de musiciens du plus haut niveau, appartenant aux plus grandes phalanges internationales, regroupés autour du violoniste , décidé à faire de la musique autrement, c’est-à-dire dans un autre esprit, en dehors des circuits de la musique-business, jouant sans chef un répertoire très large allant de la musique baroque à la musique d’aujourd’hui. Une posture très originale, une soif de liberté un peu iconoclaste, quand on sait qu’il est généralement admis que la musique symphonique et concertante, à partir de Beethoven, nécessite impérativement un chef d’orchestre ! Assertion totalement battue en brèche, et avec quelle éloquence, par cet ensemble de musiciens à géométrie variable, capable de jouer excellemment tous les répertoires. Un ensemble en train de conquérir de haute lutte une notoriété et une légitimité parfaitement justifiées qui lui ouvrent grandes, aujourd’hui, les portes de la Philharmonie de Paris.

fixent habituellement leur choix de programme sur des partitions très colorées et fortement rythmées (on se souvient du Sacre du printemps en 2017…), afin probablement de faciliter la mise en place et la coordination des différents pupitres (on compte, on se regarde, on s’écoute…). La suite d’orchestre tirée de l’opéra L’Amour des trois oranges de ne fait pas exception à la règle avec ses éléments motoristes répétitifs, scandés par de fougueux coups d’archet et des timbales véhémentes, interrompus par le très lyrique duo d’amour entre la clarinette et l’alto. Si les performances individuelles de haut niveau sont bien présentes, si les couleurs sont riches, si l’orchestration est parfaitement mise en avant, si le plaisir de jouer est évident, c’est peut-être dans un certain déséquilibre des pupitres, avec des cuivres trop présents, qu’il faut trouver la faille de cette interprétation, par ailleurs magnifique et jubilatoire.

Dans un registre bien différent, cette soirée vaut également par l’interprétation que , en soliste, donne du Concerto pour violon d’, compositeur longtemps méconnu, faisant partie de ces « voix étouffées » condamnées à l’exil par la barbarie nazie. Musicien prodige, il fut reconnu dès l’âge de neuf ans par Gustav Mahler qui le confia à Alexander von Zemlinsky pour approfondir sa formation. Il entama une brillante carrière de compositeur en Europe parallèlement à ses fonctions de professeur à l’Académie musicale de Vienne, avant d’émigrer à Hollywood où il se consacra avec bonheur à la musique de film. Son Concerto pour violon (1945), dédié à , est une de ses œuvres maîtresses, reprenant plusieurs thèmes tirés de ses musiques de film. Le premier mouvement Moderato se développe comme une longue péroraison très émouvante portée par le superbe legato du violon, évoquant par instant les grands espaces dvorakiens et dont les thèmes principaux sont tirés des films Another dawn et Juarez. Le deuxième mouvement Romance reprend le leitmotiv d’Anthony Adverse ; David Grimal en donne une lecture véritablement habitée chargée d’une poésie mélancolique d’une grande profondeur face à un orchestre diaphane et complice d’où émergent alto, célesta et harpe, avant que le Final virtuose, construit sur un thème emprunté à The Prince and the Pauper, ne redonne enfin ses droits à la virtuosité éblouissante du violoniste français. En bis, en duo avec au piano, David Grimal interprète un très sensuel Estrellita de dans un arrangement de , créateur du concerto de Korngold.

La suite de ballet pour orchestre de L’Oiseau de feu de Stravinski, dans sa version à l’effectif allégé de 1945, conclut cette belle soirée sur une interprétation magnifique de couleurs, de rythme, d’allant et de transparence orchestrale d’où émergent les timbres scintillants supportés par un phrasé très narratif, riche en effets sonores où se distinguent tout particulièrement la petite harmonie, le cor, la harpe, les cordes graves, les percussions et des cuivres rutilants.

Crédit photographique : David Grimal et Les Dissonances @ Bernard Martinez

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Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 14-I-2019. Sergueï Prokofiev (1891-1953) : L’Amour des trois oranges op. 33 bis, suite d’orchestre ; Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35 ; Igor Stravinski (1882-1971) : L’Oiseau de feu, suite de ballet pour orchestre. Les Dissonances, violon et direction : David Grimal

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