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Tosca mise en scène par Paul-Émile Fourny à Metz

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 1-II-2019. Giacomo Puccini (1858-1924) : Tosca, opéra en trois actes. Livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, d’après la pièce de Victorien Sardou. Mise en scène : Paul-Émile Fourny. Décors : Paul-Émile Fourny et Patrick Méeüs. Costumes : Giovanna Fiorentini. Lumières : Patrick Méeüs. Conception vidéo : Virgile Koering. Avec : Francesca Tiburzi, Floria Tosca ; Florian Laconi, Mario Cavaradossi ; Michele Govi, Le Baron Scarpia ; Jean-Fernand Setti, Cesare Angelotti ; Julien Belle, Le Sacristain ; Scott Emerson, Spoletta ; Thomas Roediger, Sciarrone ; Andrey Zemskov, Le Geôlier ; Déborah Salazar, Le Pâtre. Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole (chef de chœur : Nathalie Marmeuse). Chœur d’Enfants Spécialisé du Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz-Métropole (chef de chœur : Annick Hoerner). Orchestre national de Metz, direction : José Miguel Pérez-Sierra.

Dans une esthétique à la fois angoissante et envoûtante, Paul-Émile Fourny redessine le destin des quatre protagonistes du chef d’œuvre de Puccini. Une fois de plus, le spectacle marque le succès du professionnalisme et de l’esprit d’équipe.

De toute évidence, l’univers de Puccini sied à Paul-Émile Fourny. Nous avions déjà dit dans nos colonnes toute notre admiration pour sa mise en scène de La Bohème, et encore plus du Trittico donné dans les mêmes murs il y a quelques saisons. C’est en effet une esthétique assez semblable qui relie ces trois productions, notamment dans le choix de vifs contrastes de couleurs, dominés par l’emploi de gris-blancs, de noirs et de rouges étincelants. On retrouve également, d’une proposition à l’autre, le recours à des silhouettes fantasmagoriques visiblement inspirées de l’univers de Tim Burton (remarquables costumes début dix-neuvième siècle de Giovanna Fiorentini), qui créent un climat d’angoisse à la limite du soutenable. En témoignent les allées et venues haletantes de Spoletta et Sciarrone, au moment de l’annonce de la victoire de Bonaparte.

Aux magnifiques éclairages de , se joignent de splendides montages vidéo, évoquant soit des colonnades néo-classiques, comme pour le premier acte, soit des vues de la Ville éternelle au troisième. La dissolution du rideau sur lequel sont projetés les célèbres dômes de la capitale compte parmi les grands moments de la soirée. La vidéo donne également tout son sens à l’arrêt sur image que constitue la prière de Tosca au deuxième acte, où l’on voit le tableau de la Madeleine progressivement entravé par les lierres qui, sans doute, auront raison un jour des ruines de notre civilisation. La vidéo, utilisée pour suggérer une sorte de trou noir à la fin du premier acte, permet également de figurer, en un tourbillon vertigineux, la chute finale de Tosca. Ce régal pour l’œil, auquel le public de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole a fait une ovation, s’accompagne d’une direction d’acteurs tirée au cordeau, qui permet de faire vivre avec intensité chaque instant du drame de Puccini. On n’oubliera pas de sitôt le fou rire hystérique de Tosca au moment de l’exécution de Mario… On aura cependant été moins convaincu par la présence, sur le plateau, des « anges » voulus par Fourny, quatre figurants censés doubler les personnages condamnés à mourir au cours de la terrible journée : Floria, Mario, Scarpia et Angelotti. Sans doute était-ce parce que leur jeu ne nous a paru que redondant, à l’exception du moment où l’ange gardien de Floria se substitue à la jeune femme, après que cette dernière a quitté la scène, pour la fameuse mise en scène funèbre de la fin du deuxième acte.

Comme souvent à Metz, le plateau brille par son homogénéité plutôt que par la présence de très fortes personnalités vocales. On commencera donc par louer l’excellente tenue des rôles dit « secondaires », qui évidemment dans un tel contexte retrouvent toute l’importance qui est la leur. Très belles prestations, donc, de , , , , Andrey Zemskov et Déborah Salazar, qui méritent tous d’être cités. manque sans doute de la puissance vocale et de l’insinuation fielleuse dans la diction qui feraient de lui un très grand Scarpia, mais son jeu et son allure compensent largement ces relatives faiblesses. En Mario, continue à faire valoir des aigus puissants et rayonnants, et il livre au troisième acte de très belles demi-teintes dans « Dolci mani » et « Dolci baci ». Il est dommage que son vibrato ne soit pas toujours contrôlé et que le chanteur soit de temps à autres fâché avec la justesse.

Quoique dotée d’un timbre quelque peu ingrat dans le médium de la voix, est dans l’ensemble une belle et fière Tosca, arborant un vaillant registre supérieur qui lui permet de rendre justice aux difficultés du rôle. Son chant est globalement stylé, même s’il ne brille pas toujours par sa subtilité. L’engagement dramatique est quant à lui de la plus grande sincérité. Très belle prestation aussi du chœur de la maison, sans oublier le Chœur d’Enfants Spécialisé du Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz-Métropole. À la tête de la phalange désormais nommée , le chef d’orchestre propose une lecture analytique de la partition de Puccini, faisant valoir davantage la modernité de l’œuvre que la sentimentalité dont on l’a souvent affligé. Ce « dégraissage » bienvenu accompagne idéalement la vision du metteur en scène, soucieux comme souvent d’allier tradition et modernité.

Crédit photographique : et (photo 1) ; , Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole et Chœur d’Enfants Spécialisé du Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz-Métropole (photo 2) © Luc Bertau – Opéra-Théâtre de Metz Métropole

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