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Brûlantes Vêpres de Monteverdi à Versailles par Raphaël Pichon

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Versailles. Chapelle Royale. 9-II-2019. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Vespro della Beata Vergine. Lumières : Bertrand Couderc. Avec : Lea Desandre, Eva Zaïcik, sopranos ; Lucile Richardot, alto ; Olivier Coiffet, Emiliano Gonzalez Toro, Zachary Wilder, ténors ; Nicolas Brooymans, Renaud, Bres, Geoffroy Buffière, basses. Chœur et Orchestre Pygmalion, direction : Raphaël Pichon

_1090133_DxOPygmalion investit la Chapelle Royale pour faire entendre sa version du chef-d’œuvre. Intense.

On rapporte qu’auréolé du succès de son Orfeo de 1610 (dont la Sinfonia introductive magnifie le chœur d’entrée des Vêpres), et curieux de voir au-delà des remparts de Mantoue, Monteverdi composa les deux heures de ce Vespro della Beata Vergine afin de séduire le Pape Paul V. Plutôt que de Rome, c’est de Venise que le somptueux corpus lui fit prendre la direction, le compositeur devenant, dès 1613, Maître de Chapelle à San Marco.

De San Marco à la Chapelle Royale de Versailles, l’histoire de cette somme musicale s’est écrite en lettres de gloire avec des versions de plus en plus adaptées à la personnalité des chefs qui s’en emparent. L’on loua fort dans ces colonnes la toute nouvelle vision de Simon-Pierre Bestion à La Côte-Saint-André, à la tête de son ensemble La Tempête, si novatrice (Le Laetatus sum en popsong façon Arpeggiata), et c’est encore habité par elle que l’on se rend à Versailles.

Annoncée d’une durée de une heure quarante, la version Pichon avoisine finalement les deux heures. Les rajouts (principalement des bourdons destinés à maintenir le recueillement auditif, lors des déplacements des chanteurs, et même du chef, bien décidés à spatialiser les différents lieux de la Chapelle) sont moins conséquents que ceux de la version Bestion, qui étiraient les Vêpres jusqu’à deux heures et demi.

La soirée, commencée et achevée dans le noir, est mise en lumière, invitant à lever les yeux et tourner les têtes vers les beautés du lieu mythique. L’éclatant Responsorium d’ouverture jaillit après que le chant d’un officiant invisible s’est fait entendre sur un lit de basses profondes. L’abord du geste nerveux et magnétique de impressionne. Possédé par une véritable rythmique interne semblant donner à voir la complexité des entrelacs polyphoniques de la partition, le fondateur de Pygmalion emmène très loin en terme de virtuosité un chœur ahurissant de précision, un orchestre brillant et spectaculaire où violes de gambe, théorbes, cornets et trombones vont par trois.

Cette direction, comme électrisée de l’intérieur, s’apaise face aux numéros contemplatifs au cours desquels trouve à s’épanouir la vocalité de chacun des solistes. Même si celle de et , de au timbre ténébreux, des excellents , , et sont source de bien des émerveillements, et brillent tout particulièrement. Le premier colore sa voix de graves ombreux sur un Nigra sum d’une profonde intériorité, bien loin de la Platée strasbourgeoise qui nous l’a révélé. Le second, aussi émouvant, chante le plus souvent sans partition, les yeux embrumés, comme émerveillé par sa propre voix. Le dialogue des deux hommes, culminant en face à face de la hauteur des deux balcons de la Chapelle, est un des sommets d’une soirée dont la constante concentration musicale ne sera hélas contredite que par la dispensable annonce faite entre deux numéros non pas à Marie mais aux tousseurs qui n’avaient pas entendu que le concert était enregistré.

Même si, après Pygmalion, notre inclination continue de pencher vers La Tempête, l’on ne peut que tomber d’accord sur la hauteur à laquelle les meilleurs ensembles actuels conduisent ce Vespro della Beata vergine, quatre fois centenaire.

Crédit photographique : © Pascal Le Mée

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