Le Lac des Cygnes à Bastille : une première de la nouvelle génération

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Bastille. 16-II-2019. Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) : Le Lac des Cygnes, ballet en trois actes. Chorégraphie et mise en scène : Rudolf Noureev, d’après Marius Petipa et Lev Ivanov. Décors : Ezio Frigerio ; Costumes : Franca Squarciapino. Lumières : Vinicio Cheli. Avec : Léonore Baulac, Odette/Odile ; Germain Louvet, Siegfried ; François Alu, Wolfgang/Rothbart ; Paul Marque, Hannah O’Neill, Sae Eun Park, Pas de Trois ; et le Corps de Ballet de l’Opéra national de Paris. Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Valery Ovsyanikov

Du Mercredi 11 Mars 2015 au Jeudi 09 Avril 2015

À regarder les saisons de l’Opéra National de Paris, l’on sait désormais que le classique « tutu pointes » sera rare et composé de productions reprises de Noureev. Dans un Lac des Cygnes où l’on avait pu éprouver plus de plaisir par le passé, seules les nouvelles têtes dans les rôles principaux attireront une certaine attention, issues d’une génération où la direction de la danse est peu audacieuse.

En effet, repérés et mis en avant par le précédent directeur de la compagnie Benjamin Millepied, Léonore Baulac désormais Étoile, ainsi que sont devenus le couple censé représenter ce qu’est la vision de l’école française au niveau de la danse internationale, en étant distribués sur la première de ce ballet. (qui, lors de la dernière reprise était Première Danseuse), a plutôt bien étudié le rôle et l’on retrouve des poses photogéniques assez savantes. Le cygne noir est la plus intéressante vision du rôle qu’elle propose, alors que le cygne blanc manque de hiératisme, étant comme une accumulation d’idées sur ce que devrait être ce personnage sans être profondément fouillé. Néanmoins, pour une prise de rôle et sur une première représentation de la série entière, il faut avouer que la charge sur les épaules de la jeune Étoile est lourde et qu’elle s’en tire plutôt très correctement.

De la même façon, on aurait du mal à dire quelle déception peut causer dans le rôle de Siegfried. On sait maintenant qu’il est solide, finira absolument toutes ses variations magnifiquement, accompagnera gentiment sa partenaire, mais l’on sait combien il peut être aussi peu torturé et donc aussi ennuyeux. Ce n’est pas la perfection qui est attendue dans le rôle du Prince, mais bien un emploi psychologique à multiples lectures, dont aucune n’est invalide, mais qu’il faut juste défendre, ce qui est manqué. Certainement que l’écart de génération qui se creuse avec Noureev (certains des  danseurs de la compagnie n’étaient même pas nés quand Noureev n’existait déjà plus) a fait perdre la moelle de ce ballet qui nécessite un peu d’esprit.

En revanche, est un acteur incomparable avant que d’être le danseur virevoltant que l’on connaît bien. Les regards, le travail autour des mains et les sourires sont bien évocateurs de la duplicité du personnage qu’il construit et sa danse déliée, jouant avec la musique, rend justice à la chorégraphie si fouillée qu’avait réservé Noureev pour ce rôle d’Étoile. Le pas de trois est également superbe ; composé du très talentueux , on espère que les représentations à venir lui porteront chance tant la compagnie a besoin de danseurs dans la fleur de l’âge et si brillants. Il est accompagné de Hannah O’Neill et de : les deux Premières Danseuses occupent leur rang de façon admirable, chacune avec ses caractéristiques propres et avec une très grande précision technique.

Le corps de ballet est plutôt bien travaillé, surtout en ce qui concerne les dames. Les lignes sont tracées au cordeau sur  l’immensité de la scène de l’Opéra Bastille où il ne semble guère évident de toujours s’y retrouver, mais les piliers du corps de ballet permettent aux plus jeunes artistes d’être correctement soutenues.

On continuera évidemment à aller voir cette œuvre, stupéfiante pour son humanité, qu’est le Lac des Cygnes, d’autant plus que la version Noureev a ses admirateurs. Mais enfermée dans une répétition désincarnée, le risque est qu’elle connaisse le même sort que les rôles dont elle est composée.

Crédit photographique :  © Ann Ray/ Opéra National de Paris

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