À Paris, Ivan le Terrible par Tugan Sokhiev et les forces du Bolchoï

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Philharmonie, Grande salle Pierre Boulez. 16-III-2019. Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Ivan le Terrible (La Pskovitaine), opéra en trois actes sur un livret du compositeur d’après le drame de Léon Mey. Version de concert. Avec : Stanislas Trofimov (Ivan) ; Denis Makarov (Tokmakov) ; Oleg Dolgov (Toutcha) ; Dinara Alieva (Olga) ; Ivan Maximeyko (Matouta) ; Nikolaï Kazansky (Le Courrier) ; Aleksander Borodin (Bromelius) ; Anna Bondaresskaya (Stepanida) ; Elena Manistina (La nourrice Vlassievna) ; Svetlana Shilova (Perfilievna). Chœur et Orchestre du Théâtre Bolchoï de Russie, direction : Tugan Sokhiev

SOKHIEV-582-594-Tugan-Sokhiev-credit-Marc-BrennerDeux ans après une mémorable Pucelle d’Orléans de Tchaïkovski, revient à la Philharmonie de Paris, à la tête de ses troupes du Bolchoï, pour Ivan le Terrible de Rimski-Korsakov en version de concert.  

Premier des quinze opéras de Rimski-Korsakov, plusieurs fois révisé (1868-1895) par le compositeur, censuré par les autorités, mal aimé et volontiers ignoré du grand public, cette Pskovitaine, rebaptisée Ivan le Terrible en 1909, lors de sa création parisienne par Diaghilev pour en faire le pendant de Boris Godounov de Moussorgski, ne manque pourtant pas de charme, mêlant avec un bonheur consommé la veine historico-épique et l’élégie slave. Un opéra qui nous conte les amours malheureuses d’Olga et de Toutcha, contrariées par la scélératesse de l’intrigant Matouta, sur fond historique de réunification de la Russie par Ivan le Terrible, d’opposition politique et de paternité retrouvée. Si Rimski-Korsakov prend volontiers quelques libertés avec l’Histoire, tant au niveau factuel qu’au niveau politique en faisant preuve d’une certaine mansuétude à l’égard des crimes liberticides d’Ivan, la composante psychologique est toutefois bien présente dans les rapports entre les personnages centraux du drame.

Après une Ouverture très colorée et très engagée où se succèdent le thème solennel du Tsar soutenu par des cuivres irréprochables, la douce cantilène de la clarinette figurant Olga et la fougueuse cavalcade du tutti évoquant le jeune Toutcha, c’est au Chœur du Bolchoï de rentrer en scène sur des accents wagnériens rappelant les filles du Rhin par ses ondulations. Un chœur qui impressionne par la subtilité de ses nuances, par la précision de ses attaques, par sa réactivité, et par sa qualité de timbre (sopranos éthérées et basses abyssales), toutes caractéristiques qui en font l’acteur principal du drame lors du Vétché ou de l’arrivée du Tsar. Face à la beauté de la masse chorale, l’orchestre moscovite n’est pas en reste, par la flamboyance de ses pupitres, par ses couleurs et par son expressivité dans l’urgence ou le drame. Le chef se plait à brasser la pâte sonore en sollicitant avec précision tous les pupitres dans une dynamique très soutenue, tendue et complice, respectant parfaitement l’équilibre entre pupitres et chanteurs.

La distribution vocale bénéficie de l’homogénéité et de la force d’une troupe (tous les chanteurs sont issus de la troupe du Bolchoï) reprenant pour partie la distribution de La Pucelle d’Orléans, à commencer par le rôle-titre incarné par qui séduit par la profondeur de sa basse et son charisme scénique. Face à lui, (Olga) ne démérite pas en faisant valoir tout son charme dans le duo d’amour avec Toutcha, même si le timbre reste un peu nasal et le vibrato délétère à la pureté de la ligne. manque un peu de puissance, plus lyrique qu’héroïque ; son beau timbre sied mieux à l’amoureux transi qu’au guerrier rebelle. (basse) campe un Tokmakov convaincant vocalement et scéniquement, de même qu’Ivan Maximeyko (ténor) en Matouta intrigant à souhait. Les voix secondaires féminines sont parfaitement appariées dans les ensembles, avec une mention particulière pour la bienveillante nourrice d’ (Vlassievna).

Un concert éclatant qui confirme l’excellence d’une troupe et celle de son directeur musical qui arrive prochainement au terme de son mandat au Capitole de Toulouse… et qui ne déparerait pas à la direction musicale d’un certain orchestre parisien.

Crédit photographique : Tugan Sokhiev © Marc Brenner

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