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Danses d’auteurs au Festival Montpellier Danse

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Danse. 25/VI/16. Montpellier. Opéra Comédie. Christian Rizzo : Le syndrome Ian. Chorégraphie : Christian Rizzo. Création lumière : Caty Olive. Assistante artistique : Sophie Laly. Direction technique : Thierry Cabrera. Avec : Miguel Garcia Llorens, Pep Garrigues, Kerem Gelebek, Julie Guibert, Hanna Hedman, Filipe Lourenco, Maya Masse, Antoine Roux-Briffaud, Vania Vaneau.
Danse. 26/VI/16. Montpellier. Théâtre de l’Agora. Emanuel Gat Dance : Sunny. Chorégraphie, lumières et costumes : Emanuel Gat. Musique créée et interprétée par : Awir Leon. Créée en collaboration avec et interprétée par : Annie Hanauer, Anastasia Ivanova, Pansun Kim, Michael Löhr, Genevieve Osborne, Milena Twiehaus, Tom Weinberger, Sara Wilhelmsson, Ashley Wright, Daniela Zaghini.
Danse. 26/VI/16. Montpellier. Hth / Grammont. Maguy Marin, Ulises Alvarez, Florence Girardon, Cécile Laloy, Pierre Pontvianne, Ennio Sammarco, David Mambouch, Philippe Vincent et Eric Pellet : Passion(s). Avec, sur scène : Ulises Alvarez, Charlie Aubry, Anne Ferret, Laura Frigato, Florence Girardon, Cécile Laloy, Gilles Laval, David Mambouch, Maguy Marin, Louise Mariotte, Marie-Lise Naud, Cathy Polo, Pierre Pontvianne, Agnès Potié, Ennio Sammarco, Pierre Treille, Marie Urvoy, Joan Vercoutere, Philippe Vincent, Charles Wattara. Avec à l’écran : Bana Banana, Anna Carlier, Anne-Sophie Gabert, Anne-Laure Sanchez, Thi Lien Truong. Images : Éric Pellet, Cécile Laloy, Pierre Grange. Collaborateurs artistiques et techniques : Alexandre Beneteaud, Albin Chavignon, Valérie Colas, Nelly Geyres, Pierre Grange, Benjamin Lebreton, Cathy Ray.

à l’Opéra Comédie, au Théâtre de l’Agora et à Grammont ont réservé leurs nouvelles créations à Montpellier Danse. Des danses d’auteur sous le soleil !

Désormais directeur du Centre chorégraphique national de Montpellier, poursuit avec le syndrome ian son cycle sur les danses populaires initié avec d’après une histoire vraie (sur les danses orientales masculines) et poursuivi avec le duo ad noctum (sur les danses de couple). Il explore ici les danses de club, en remontant le fil du temps.

Si Cécilia Bengolea et François Chaigneaud se sont intéressés à des pratiques marginales du clubbing, comme le Grab, le Dub ou le Voguing, et Thomas Lebrun à une image plus mélancolique de la danse à deux, Christian Rizzo puise plus largement dans la gestuelle des danses ordinaires, des night clubs des années 70 aux parties d’aujourd’hui. Son écriture souple, gestuelle furtive faite d’amortis et de glissements, presque toujours dos au public, associe dans des combinaisons savantes des danses qui ne le sont pas. On croirait par instant voir Christine and the Queens ou Stromae surgir du plateau, jeux de jambes virtuoses et bras lancés cadencés.

La musique électronique pulsatile, comme étouffée, fait écho à la scénographie plasticienne conçue par le chorégraphe : trois grandes roues de lumière blanche, qui évoquent le travail sur les lieux d’enfermement de l’artiste Laure Tixier. Un dispositif scénique horizontal et frontal qui aurait eu besoin pour s’épanouir de la proximité et de l’intimité d’une boîte noire, dans un rapport scène-salle plus immersif que celui proposé à l’Opéra Comédie de Montpellier pour cette création.

D’abord esthétisante – subtil contre-jour de silhouettes unisexes – la pièce devient politique quand la mort surgit à jardin, sous la forme d’une silhouette sombre aux allures de yéti. Face à cette menace, on pense immédiatement aux jeunes spectateurs tombés au Bataclan, ou plus récemment à ceux du Pulse à Orlando, mais aussi aux clubbeurs fauchés par la drogue et le Sida dans les années 80 et 90. Les danseurs, d’abord tétanisés, mettent en scène des gestes qui secourent, qui apaisent ou lèvent des poings rageurs.

Le surgissement fatal ne signifie pourtant pas une extinction, puisque des couples se forment à nouveau, retrouvant dans leurs bras les passes naturelles de la danse à deux. La dernière image du spectacle est celle de la liberté et de l’espoir : une fille qui danse seule, pour elle même, devant l’une de ces machines à fumée créées pour le spectacle. Une forme de jubilation égoïste, renaissance éternelle de la danse.

Hypertechnicité des danseurs d’

Musique électronique encore, mais live cette fois, dans Sunny d’Emanuel Gat et Awir Leon, qui joue, mixe et chante sur scène. Cet ancien danseur collabore pour la première fois avec le chorégraphe israélien, installé à Istres depuis 2007. Pour interpréter cette nouvelle pièce, le régional de l’étape a fait appel à des danseurs rencontrés ici ou là, au Ballet de Lyon, de Genève ou à la . Ce sont des personnalités singulières imprégnées de technique classique et d’un goût pour la danse performative et spectaculaire. Chacun se regarde danser ou regarde les autres danser, sans véritable dessein collectif.

Cet exercice sexy, mais un peu vain, n’est pas exempt de gimmicks agaçants : la lumière qui s’éteint brusquement pour laisser place à d’autres projecteurs, la musique prétentieuse (n’est pas Moby qui veut) et un manque d’écoute entre les danseurs et le musicien. La gestuelle proposée par le chorégraphe est assez répétitive, juxtaposant les corps plutôt que les unissant, formant parfois des figures complexes à deux, trois ou quatre danseurs. Dans leurs bodys de lingerie trop grands, ou en tenue de sport, les danseurs semblent flotter dans une hyper technicité désincarnée. Malgré leur virtuosité, ils peinent à transmettre une émotion…

Un patchwork autour de la Passion selon Saint-Mathieu

Le projet Passion(s) a été initié par Florence Girardon, une chorégraphe de Saint-Etienne que a accueillie et soutenue par le passé, et qu’elle accueille aujourd’hui avec ses compagnons de RAMDAM, son centre d’art de Sainte-Foy-lès-Lyon ; un spectacle pluriel, kaléidoscope d’expressions musicales, chorégraphiques et visuelles autour d’un fil conducteur : la Passion selon Saint-Mathieu de Bach. Le spectacle est un peu comme un magazine ou un recueil de nouvelles dont on tournerait les pages, alternativement curieux, intéressé, agacé ou fasciné. Les pièces les plus fortes de ce rassemblement inégal d’artistes semblent être signées Maguy Marin. Elle danse par ailleurs dans un ballet d’avant-bras captés dans la lumière. Seule certaines scènes particulièrement fortes, comme le remake d’un passage de Fellini Roma, plein de bruit et de fureur, témoignent de la puissance artistique du spectacle et laisse des images marquantes. Le reste des contributions se contente de remplir l’espace, plutôt réussies quand elles s’appuient sur l’évocation de la partition de Bach, presque toujours contestables quand elles s’attachent uniquement à l’imagerie de la Passion : couronne d’épines transformée en couronne de fleurs, corps supplicié du Christ moqué et vilipendé. Les vidéos qui s’intercalent dans la succession de scènes n’apportent rien au déroulement du spectacle. Intermèdes gratuits entre deux changements de décor à vue, elles ne frappent ni par leur beauté plasticienne, ni par leur force conceptuelle.

Pour (éventuellement) tourner, ce spectacle généreux devra opérer un choix des scènes les plus marquantes, resserrées autour des propositions de Maguy Marin et structurées dans une dramaturgie cohérente. On en est encore loin, malgré la sincérité des artistes et des interprètes engagés dans cette aventure.

Photo : © Marc Coudrais, MG

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Danse. 25/VI/16. Montpellier. Opéra Comédie. Christian Rizzo : Le syndrome Ian. Chorégraphie : Christian Rizzo. Création lumière : Caty Olive. Assistante artistique : Sophie Laly. Direction technique : Thierry Cabrera. Avec : Miguel Garcia Llorens, Pep Garrigues, Kerem Gelebek, Julie Guibert, Hanna Hedman, Filipe Lourenco, Maya Masse, Antoine Roux-Briffaud, Vania Vaneau.
Danse. 26/VI/16. Montpellier. Théâtre de l’Agora. Emanuel Gat Dance : Sunny. Chorégraphie, lumières et costumes : Emanuel Gat. Musique créée et interprétée par : Awir Leon. Créée en collaboration avec et interprétée par : Annie Hanauer, Anastasia Ivanova, Pansun Kim, Michael Löhr, Genevieve Osborne, Milena Twiehaus, Tom Weinberger, Sara Wilhelmsson, Ashley Wright, Daniela Zaghini.
Danse. 26/VI/16. Montpellier. Hth / Grammont. Maguy Marin, Ulises Alvarez, Florence Girardon, Cécile Laloy, Pierre Pontvianne, Ennio Sammarco, David Mambouch, Philippe Vincent et Eric Pellet : Passion(s). Avec, sur scène : Ulises Alvarez, Charlie Aubry, Anne Ferret, Laura Frigato, Florence Girardon, Cécile Laloy, Gilles Laval, David Mambouch, Maguy Marin, Louise Mariotte, Marie-Lise Naud, Cathy Polo, Pierre Pontvianne, Agnès Potié, Ennio Sammarco, Pierre Treille, Marie Urvoy, Joan Vercoutere, Philippe Vincent, Charles Wattara. Avec à l’écran : Bana Banana, Anna Carlier, Anne-Sophie Gabert, Anne-Laure Sanchez, Thi Lien Truong. Images : Éric Pellet, Cécile Laloy, Pierre Grange. Collaborateurs artistiques et techniques : Alexandre Beneteaud, Albin Chavignon, Valérie Colas, Nelly Geyres, Pierre Grange, Benjamin Lebreton, Cathy Ray.

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