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Un Bach nouveau par Olivier Latry à Notre-Dame de Paris

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Ricercare à 6 voix BWV 1079 ; Fugue en sol mineur BWV 578 ; Toccata et Fugue en ré mineur BWV 565 ; Choral « Erbarm’ dich mein, o Herre Gott » BWV 721 ; Fantaisie et Fugue en sol mineur BWV 542 ; Choral « In dir ist freude » BWV 617 ; Choral « Herzlich tut mich verlangen » BWV 727 ; Pièce d’orgue en sol majeur BWV 572 ; Passacaille et Fugue en ut mineur BWV 582. Olivier Latry au grand orgue de la cathédrale Notre-Dame de Paris. 1 CD La dolce volta. Enregistré à Notre-Dame de Paris en janvier 2019. Durée : 77:37

 

bach_latry_dolcevoltaCe disque est un événement dans l’évolution de l’orgue en ce premier quart du XXIe siècle. présente l’orgue de Notre-Dame de Paris de manière inédite au travers d’œuvres de , de quoi remettre à plat quelques préjugés ou idées reçues.

Depuis cette tribune prestigieuse, plusieurs illustres prédécesseurs d’, Louis Vierne et Pierre Cochereau en particulier, se sont livrés à l’expérience de jouer Bach dans cette grande nef de Notre-Dame, remplie par la puissance d’un instrument gigantesque reconstruit au XIXe siècle par Aristide Cavaillé-Coll. Chacun à son époque et en fonction de ce que lui proposait l’orgue de Notre-Dame à un moment donné, a su tirer parti de cette masse sonore en perpétuelle évolution. Pour savourer le présent enregistrement, il faudra laisser de côté tous préjugés ou comparaisons par rapport au passé.

C’est donc avec une oreille neuve que l’on aborde la première pièce, le Ricercare à 6 voix, extrait de l’Offrande musicale. Un simple jeu de Montre pour énoncer le thème auquel répond une flûte harmonique… Viendra ensuite une petite anche de style hautbois et ainsi de suite par petites touches de lumières jusqu’à l’assise profonde de la sixième voix à la pédale. Par un jeu de crescendo subtil, l’orgue s’épanouit sous nos yeux tel sans doute que le rêvait Cavaillé-Coll lui même, persuadé de construire ses orgues pour magnifier la musique de Bach. L’orgue devait, disait-il, passer du plus petit jeu doux au tutti sans que l’auditeur ne se rende vraiment compte à quel moment allait rentrer chaque jeu. Orgue de crescendo donc, signe de romantisme, voilà bien l’une de ses qualités, qui convient finalement bien à l’écriture de Bach, lui-même libéré du carcan dynamique de la musique baroque, habituellement étagé par plans figés. Olivier Latry nous le montre dans sa musique à maintes reprises, comme dans le chœur final de la Messe en si mineur où il rajoute des instruments (comme des jeux d’orgue) au fur et à mesure de l’avancement de la pièce.

La suite du programme nous enseigne sur les intentions d’Olivier Latry, ses choix, notamment au niveau des tempi qui sont calculés au millimètre afin d’apporter une lisibilité suffisante, soutenue par une prise de son mêlant la proximité et le recul, par un savant mixage. L’orgue est ici enregistré comme un orchestre, de manière assez analytique, sans essayer de copier l’impression auditive lointaine d’un spectateur perdu dans la nef. Les chamades et la contre-bombarde 32, habituellement en avant, sont ici agréablement intégrées à l’ensemble sonore. La « petite » Fugue en sol mineur, dissertée sur de simples jeux de fonds, est délicate et présente, telle qu’un orgue baroque pourrait nous la restituer.

Olivier Latry alterne les climats avec de grands diptyques dont la carrure convient au lieu : la Toccata en ré mineur, légèrement modifiée par quelques effets symphoniques tels que les anglo-saxons raffolent. Les impressions symphoniques du chef Léopold Stokowsky ne sont pas bien lointaines, ce que nous confie Olivier Latry dans son interview de présentation. Il en va de même, pour la Fantaisie et fugue en sol mineur, jouée ici dans une version revue par Franz Liszt et destinée au piano. Quelques chorals alternent en géniaux plans de coupe : « Erbarm’ dich » et « Herzlich tut mich« , deux chorals pour le temps de Pâques. Le second fait entendre le grand fond d’orgue de Cavaillé-Coll, une sonorité unique et reconnaissable entre toutes, véritable signature de ce facteur d’orgue. En un siècle et demi, l’orgue de Notre-Dame s’est transformé, mais cette partie Cavaillé-Coll reste l’épine dorsale, le précieux noyaux dur de tout l’ensemble. Un autre choral nous permet d’entendre le jeu de cloches récemment installé, tel que certains orgues baroques allemands pouvaient en posséder, sous forme de zimbelstern (étoile tournante).

Dans la Pièce d’orgue BWV 572, après le Vitement initial, ici plutôt modéré pour l’acoustique, le Grave à 5 voix débute sur un grand plein-jeu qui peu à peu va s’enrichir insensiblement pour nous submerger tel une marée montante, dans un saisissant tutti, suivi d’un silence retentissant dans lequel s’éteint l’acoustique, longue de sept secondes. Le Lentement termine la pièce dans l’apaisement retrouvé, en diminuendo avec fermeture de la boite expressive, dans un souffle imperceptible. Le programme s’achève avec la Passacaille, elle aussi traitée en une immense arche sonore, utilisant toutes les possibilités dynamiques de l’instrument.

Par ce disque, Olivier Latry, titulaire de cet orgue prestigieux, a voulu montrer l’intemporalité de la musique de Bach, et par la même occasion celle de l’orgue de Notre-Dame. Le pari est tenu, cet enregistrement opère un peu comme une drogue, avec une inlassable envie de l’écouter en boucle, grâce à la rencontre au sommet d’un auteur, d’un orgue et d’un interprète. C’est le signe d’un défi réussi.

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Ricercare à 6 voix BWV 1079 ; Fugue en sol mineur BWV 578 ; Toccata et Fugue en ré mineur BWV 565 ; Choral « Erbarm’ dich mein, o Herre Gott » BWV 721 ; Fantaisie et Fugue en sol mineur BWV 542 ; Choral « In dir ist freude » BWV 617 ; Choral « Herzlich tut mich verlangen » BWV 727 ; Pièce d’orgue en sol majeur BWV 572 ; Passacaille et Fugue en ut mineur BWV 582. Olivier Latry au grand orgue de la cathédrale Notre-Dame de Paris. 1 CD La dolce volta. Enregistré à Notre-Dame de Paris en janvier 2019. Durée : 77:37

 
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  • Alain Huc de Vaubert

    Avec le terrible incendie qui ravage ce lundi soir Notre-Dame de Paris, il est à craindre que cet orgue insigne ne subisse lui aussi d’importants dégâts.

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