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Coup double berliozien avec La Damnation de Faust à Strasbourg

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Strasbourg. Palais de la Musique et des Congrès, Salle Erasme. 25-IV-2019. Hector Berlioz (1803-1869) : La Damnation de Faust, légende dramatique en quatre parties sur un texte d’Almire Gandonnière et Hector Berlioz, d’après le Faust de Goethe. Avec : Joyce DiDonato, Marguerite ; Michael Spyres, Faust ; Nicolas Courjal, Méphistophélès ; Alexandre Duhamel, Brander. Coro Gulbenkian (chef de chœur : Jorge Matta), Les Petits Chanteurs de Strasbourg (chef de chœur : Luciano Bibiloni), Orchestre philharmonique de Strasbourg, direction : John Nelson

_DSC1218bisEn reprenant les ingrédients qui ont conduit Les Troyens il y a tout juste deux ans au succès public et critique (avec de multiples récompenses discographiques), l’ tentait un doublé avec La Damnation de Faust.

C’est donc à nouveau , infatigable défenseur de Berlioz, qui prend la direction de l’, dont il a confié apprécier la couleur typiquement française et la discipline toute germanique. Sous sa baguette et en grande formation (huit contrebasses et six harpes notamment), l’orchestre offre son meilleur en termes de concentration et d’engagement. Basses grondantes et cordes aiguës rondes aux pizzicati délicats, bois volubiles et vigueur des vents, percussions virtuoses, il en est presque métamorphosé au regard de ce qu’on en connaît dans la fosse de l’Opéra du Rhin, à l’acoustique certes bien moins favorable. La netteté rythmique et la cohésion ne sont jamais mises en défaut, malgré les tempi vivement contrastés dont use . Attentif à tout et à tous, celui-ci s’applique à vivifier le discours musical, exalte les colorations instrumentales, soigne les gradations dynamiques. On peut lui reprocher une certaine discontinuité du propos, abordé comme une succession de scènes (nécessité de l’enregistrement discographique concomitant ?), une introduction de « D’amour, l’ardente flamme » trop lente et hachée par des silences trop appuyés, mais il assure magnifiquement l’homogénéité des multiples forces en présence, la subtilité de l’orchestration comme l’impressionnante énergie des ensembles.

Extrêmement concentré, inspiré, reprend le rôle de Faust qu’il connaît parfaitement, qu’il chante sans le soutien de la partition et qu’il habite avec un vécu et une intensité constants. L’exceptionnelle égalité des registres, la suavité des aigus en voix mixte, la qualité de la prononciation « à l’ancienne », le soin permanent de la ligne vocale nous valent une première partie de rêve. Après l’entracte, il se montre moins décisif, handicapé par une fatigue perceptible. L’aigu en devient plus incertain, le contraignant parfois à passer en force comme face à l’orchestration fournie de « Nature immense ». Enchaîner avec la répétition générale trois soirées de suite était de fait un peu présomptueux…

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Comme à Baden-Baden en 2015, incarne une somptueuse Marguerite, plus intérieure peut-être, plus rêveuse, plus mélancolique (« La Ballade du Roi de Thulé ») mais toujours aussi incandescente et engagée (le duo avec Faust ou « D’amour, l’ardente flamme »). Le fin vibratello confère à ses aigus un supplément d’âme et de ferveur. Le portrait qu’elle dresse de Marguerite pourra paraître moins approfondi, moins varié que celui de Didon dans Les Troyens, mais le rôle est plus court et en offre moins l’occasion.

De Méphistophélès qu’il a aussi beaucoup pratiqué, possède la noirceur du timbre et le caractère grinçant et ironique. Très réactif au texte, il privilégie l’expressivité, varie à l’infini couleurs et intonations mais parfois au détriment du chant pur dont il brutalise la ligne et peine dans les aigus (« La Chanson de la Puce »). En parfait contraste de timbre, marque le court rôle de Brander par la rondeur de la voix, la puissance de la projection et l’assurance du registre grave.

Le de Lisbonne parachève la réussite musicale par son intensité, sa netteté et son homogénéité. En dépit de quelques accents méditerranéens, où transparaît son origine portugaise, il embrase les tutti mais sait faire preuve de subtilité et même d’humour avec une fugue des étudiants sur « Amen » aux voix nasillardes et moqueuses. Spatialisés dans la salle, les Petits Chanteurs de Strasbourg complètent de leur douceur angélique l’envolée finale.

Pour 2020, cette même « dream team » annonce Roméo et Juliette, toujours de Berlioz bien sûr.

Crédit photographique : (Marguerite), John Nelson (direction) / (Faust), (Méphistophélès) © Gregory Massat

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Strasbourg. Palais de la Musique et des Congrès, Salle Erasme. 25-IV-2019. Hector Berlioz (1803-1869) : La Damnation de Faust, légende dramatique en quatre parties sur un texte d’Almire Gandonnière et Hector Berlioz, d’après le Faust de Goethe. Avec : Joyce DiDonato, Marguerite ; Michael Spyres, Faust ; Nicolas Courjal, Méphistophélès ; Alexandre Duhamel, Brander. Coro Gulbenkian (chef de chœur : Jorge Matta), Les Petits Chanteurs de Strasbourg (chef de chœur : Luciano Bibiloni), Orchestre philharmonique de Strasbourg, direction : John Nelson

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