Berlioz et Sibelius dans les valises du Philhar

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Auditorium de Radio-France. 2-V-2019. Jean Sibelius (1865-1957) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 47 ; Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie fantastique op. 14. Hilary Hahn, violon. Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction : Mikko Franck

47769_gDans une sorte de répétition générale, avant le départ pour une tournée de six concerts en Espagne du 4 au 10 mai, teste une dernière fois ses troupes, avec ce programme convoquant Berlioz et Sibelius, associé pour l’occasion à la violoniste, , artiste en résidence à Radio France.

Pilier du répertoire violonistique, le Concerto pour violon et orchestre de Sibelius, composé en 1905, exige à la fois virtuosité et retenue. Deux qualités reconnues à la violoniste dont la complicité avec s’est déjà affirmée lors de nombreux concerts. Beaucoup d’attente donc autour de cette interprétation, précédée de façon tout à fait inhabituelle par un avant concert où la violoniste donne en intégralité le concerto en solo ! Défi phénoménal s’il en est, suivi d’une interprétation qui ne l’est pas moins, portée par la superbe sonorité du violon, par une digitalité sans faille, par une sincérité exempte de tout pathos et par une direction d’orchestre très à l’écoute. Après une cantilène initiale d’une intense poésie s’élevant sur des tremolos de cordes, le discours se fait plus âpre et tendu avec ses deux cadences virtuoses, nimbées d’une lumineuse clarté, riches en nuances, sur un tempo assez lent. L’Adagio évite tout pathos excessif dans un équilibre parfait où le legato du violon répond à la douce clarinette de Jérôme Voisin. Le Final, très engagé, jubilatoire voit le violon merveilleusement chantant renouer avec la virtuosité dans une symbiose totale avec l’orchestre, où l’on regrettera toutefois que l’acoustique très sèche de l’Auditorium pénalise par instants les tutti cuivrés. En bis, la traditionnelle Sarabande de Bach conclut de belle manière cette première partie.

Ardent défenseur de Sibelius, et de manière plus générale de la musique venant du Nord, Mikko Franck sait aussi se faire le héraut de la musique française comme en témoignent nombre de ses interprétations remarquées, notamment dans Debussy ou Ravel. Ce soir, avec la Symphonie fantastique, hommage est rendu à dont on fête cette année (est-il encore nécessaire de le rappeler…) le 150e anniversaire de la disparition. L’oreille encore empreinte des superbes sonorités du dernier concert de la phalange parisienne, il faut bien avouer que cette « Fantastique » alterne le bon, mais aussi le moins bon. Le bon d’abord avec des individualités très remarquées comme, encore une fois, l’excellent Jérôme Voisin à la clarinette ou Christelle Chaizy au cor anglais, des pupitres irréprochables comme le quatuor ou la petite harmonie. Le moins bon aussi, avec des réserves qui tiennent surtout à une interprétation qui pâtit d’un tempo souvent trop lent et d’une lecture par trop analytique qui semble parfois se perdre dans la profusion de l’orchestration berliozienne. Si le premier mouvement Rêveries-passions bénéficie de contrastes pertinents et de nuances bien marquées, Un Bal séduit par son mouvement de valse élégante dont la clarté laisse la part belle aux scintillements de la harpe, en revanche, la Scène aux champs déçoit par son manque d’allant, et son phrasé quelque peu maniéré. La Marche au supplice par son rythme inexorable scandé par les timbales et Songe d’une nuit de sabbat par son climat mystérieux et menaçant, peuplé de visions hallucinatoires et saisissantes, justifient complètement le qualificatif de la symphonie, laissant, finalement, le public conquis et satisfait. Espérons qu’il en sera de même du public espagnol…

Crédit photographique : Hilary Hahn © Dana van Leeuwen  

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